Festival de Cannes : (170588)
Cannes, 17mai(APIC/Yvan Stern) Le Festival de Cannes est à mi-course. Il
est déjà possible de porter un jugement sur la sélection des films
présentés à cette gigantesque foire aux images. Le cinéma étant marqué par
une crise de la production dans la plupart des pays européens et par les
incertitudes de la distribution ou la TV se taille de plus en plus un monopole, les sélectionneurs du 41ème Festival n’ont pas eu la tâche facile. On
a donc laissé une grande place aux jeunes qui doivent affronter, craintifs,
un public difficile.
Comme l’humour reste une garantie de succès, les comédies, certaines assaisonnés de gros sel, se succèdent sur les écrans de Cannes. Le résultat :
des films agréables à voir, qui font passer un bon moment et qui s’oublient
aussitôt. Parmi ceux qui signent leur premier film, certains osent faire
preuve d’une grande imagination, osant laisser récit et caméra délirer gentiment hors des sentiers battus. Dans "Le cas Harms", film yougoslave, arrive un ange qui ne sait plus s’il s’appelle Gabriel ou Michel... L’Italien
Luccheti nous fait battre la campagne avec deux joyeux brigands qui vivent
au siècle dernier, et de manière loufoque, l’invention de l’électricité et
l’arrivée de la République.
Sujets politiques bâclés
C’est aux Américains qu’on doit les films vraiment politiques de ce Festival. Robert Redford décrit, dans un western écolo brillamment réalisé,
les luttes d’un petit paysan avec des promoteurs qui en veulent à son champ
de haricots. Cela se passe dans un petit village du Sud des Etats-Unis, Milagro.
De son côté, Paul Schrader a mis en scène l’événement de Patricia
Hearst, la fille du magnat de la presse dans les années 70. L’aventure de
Patti Hearst avait défrayé la chronique parce que, une fois la rançon versée (des vivres pour les pauvres de Californie), elle s’était convertie aux
théories et aux pratiques du groupe terroriste auteur de son rapt. Après
quelques attaques de banques, elle est arrêtée et condamnée. Schrader fait
de cette histoire un charmant roman-photo sans aucun recul, sans un zeste
d’analyse. Autant dire que ces deux sujets, l’écologie et le terrorisme,
sont bâclés.
Une jeune cinéaste française, Claire Denis, s’est aussi attaquée à un
sujet intéressant : les colonies, le racisme. Son film, "Chocolat", une
première oeuvre, raconte son enfance dans le Nord du Cameroun, ou son papa
était commandant militaire quleques années après la guerre. Puis que c’est
autobiographique, le film est plein de notations exactes sur le racisme
larvé ou non des Blancs vivants sous les Tropiques. Des personnages très
typés, pour certains caricaturés, des beaux paysages (région très touristique) pour masquer les faiblesses du récit, mais la critique a déjà complêté
le titre de ce film par "Y a bon Chocolat". Il a beau être produit, en partie, par le Cameroun, il n’apporte rien de neuf à la connaissance de
l’Afrique. C’est plutôt, dans la compétition de Cannes, le film alibi.
(apic/ys/bd)