Festival de Cannes (150589)
une association de défense des cinéastes
Cannes, 15mai(APIC/Yvan Stern) A l’invitation de l’Association "FranceLibertés" que préside Mme Danièle Mitterrand et du Festival de Cannes, une
centaine de cinéastres de renom, représentant le gotha du cinéma mondial,
s’étaient donné rendez-vous le samedi 13 mai pour parler de leurs libertés
de créateurs.
Une journée d’échanges très riches, parfois vigoureux et qui ont soulevé
- c’était à prévoir - de nombreux problèmes restés sans solutions. Il y a
d’abord le pouvoir de l’argent, qui manquera toujours aux auteurs se risquant hors des chemins battus et encore plus à ceux qui font preuve d’esprit critique : les producteurs préfèrent des films à l’intérêt douteux. Il
y a aussi le problème de la diffusion, dominée dans le monde entier par les
produits américains et qui imposent une esthétique, un langage, des valeurs
uniformes. Ainsi, Bertolucci avouait avoir tourné, lui, cinéaste italien,
son "Dernier Empereur" en anglais en Chine, par stratégie commerciale.
Le cinéma doit être enraciné dans une culture, répond Angelopoulos qui a
contraint Mastroianni à parler grec dans l’"Apiculteur". Comme l’invasion
des produits américains ne faiblit pas, sur proposition d’Ettore Scola, une
demande concrète est faite aux ministres de la CEE et du Parlement de
Strasbourg : obliger les TV européennes à diffuser "européen" dans une proportion d’au moins 60 % de leurs programmes. "Risqué", commente Jack Lang,
Ministre français de la culture, qui sait qu’Anglais et Allemands refuseront toute idée de quotas. Et de proposer une aide sélective à la diffusion. L’idée du cinéaste africain Souleymane Cissé d’inclure un quota
"tiers-monde" est accueillie avec politesse : il ne faudrait pas trop rêver...
Plus grave que la prison, la destruction des films
Jiri Menzel (Tchécoslovaquie), Elem Klimov (URSS), Nouri Bouzid (Tunisie), Lino Brocka (Philippines), vinrent dire leurs difficultés à travailler librement dans leur pays. Témoignages émouvants des veuves des cinéastes Ylmaz Güney (Turquie) et Andrei Tarkovski (URSS). "Et le plus dur, ce
n’est pas, comme moi, de connaître la prison à cause d’un film et des idées
qu’il contient, ajoute Souleymane Cissé (Mali). Mais quand on vous dit que
votre film va être détruit". Et des films interdits, détruits, il y en a
eu, même en France, et ces dernières années encore, comme ceux tournés en
Algérie pendant la guerre, par René Vautier. C’est dire que même les pays
démocratiques ne sont pas à l’abri de tels abus de pouvoir.
Pour éviter l’irréparable, pour aider des cinéastes payant par des années de prison l’exercice de la liberté d’opinion, pour aider ceux qui,
comme Güney écrivant et réalisant "Yol" depuis une prison turque, les cinéastes ont décidé la création d’une nouvelle "Amnesty du cinéma" dotée par
la France des moyens d’action nécessaires. Ce cadeau, les cinéastes le doivent à l’anniversaire, célébré déjà avec faste à Cannes, de la Révolution
française.(apic/ys/be)