Famine inquiétante au Soudan: 9 millions de personnes touchées (040891)
Lucerne, 4août(APIC) Selon les estimations de l’ONU, la famine atteint
actuellement huit à neuf millions de personnes au Soudan. D’après les spécialistes, la sécheresse mise à part, les conflits militaires qui durent
depuis des années constituent la cause principale de la famine qui atteint
la population civile sans défense. 1,2 million de tonnes d’aliments sont
nécessaires pour sauver cette population de la catasptrophe qui s’annonce.
Pour y parvenir, un consortium des oeuvres d’entraide des Eglises - dont
Caritas Suisse - a lancé un programme d’aide de 2,7 millions de dollars
destiné aux régions les plus touchées.
Depuis des années, la guerre ravage le sud du Soudan, causant de nombreuses victimes parmi la population civile sans défense: chaque année, ces
conflits armés causent la mort de milliers de personnes. La situation a
provoqué un flux de réfugiés vers le nord, dans les villes de Kharthoum et
d’Ondurman, qui ont accueilli à elles seules 1,5 million de réfugiés venus
du sud du pays. D’immenses bidonvilles se créent un peu partout. La situation est aggravée par le flux de réfugiés provenant de l’ouest du Soudan,
où l’eau manque, empêchant l’exploitation des terres.
Des organisations humanitaires, dont Caritas Suisse, s’efforcent de
fournir une aide d’urgence. L’alimentation et les conditions d’hygiène désastreuses favorisent le développement de la malaria, de la diarrhée, du
sida et de maladies pulmonaires. La saison des pluies rend l’aide d’urgence
des oeuvres d’entraide plus difficile: les fortes précipitations ont isolé
des régions entières à l’ouest et au sud du Soudan.
A cela s’ajoutent une économie au bord du gouffre dans laquelle la population a perdu tout pouvoir d’achat et la politique du gouvernement de
Karthoum qui menace de renvoyer 800’000 personnes dans le sud et entrave
les mesures de secours en donnant ordre aux militaires de s’attaquer aux
convois de marchandises. Le Parlement Européen a réagi: dans une résolution
votée le 16 mai dernier, il proteste sévèrement contre la politique du gouvernement soudanais qui tente d’utiliser la famine comme arme, qualifiant
cette attitude de "crime ignoble contre l’humanité".
Les gens se nourrissent d’herbe et de feuilles
Pour les 500’000 réfugiés vivant actuellement au sud-est du Soudan, la
situation est particulièrement grave. Nombre d’entre eux s’étaient réfugiés
en Ethiopie, pays qui soutenait le SPLA (Sudanese People’s Liberation Army,
Armée de libération du peuple soudanais). Après le changement de gouvernement intervenu à Addis-Abeba, ils ont dû retourner au Soudan.
Selon l’évêque soudanais Paride Taban, qui vient de visiter les camps de
réfugiés, "la situation est insupportable, autant pour les réfugiés que
pour la population locale. Les gens sont sans abris. Ils ont besoin des
tentes et de couvertures, car les nuits de la saison des pluies sont fraîches. Les réfugiés se nourrissent d’herbe sauvage et de feuilles, et cela
ne leur est même dorénavant plus possible". Les plus menacés sont les enfants entre huit et quinze ans, qui se comptent par milliers: "la plupart
d’entre eux sont orphelins ou ont perdu le contact avec leurs parents au
cours de la guerre".
Les oeuvres d’entraide des Eglises coordonnent l’aide d’urgence
En raison de l’aggravation dramatique de la situation au Soudan, un
grand nombre d’oeuvres d’entraide des Eglises appartenant au Conseil ecclésiastique mondial et à la Fédération luthérienne mondiale (FLM), ainsi que
Caritas se sont rencontrées à Copenhague à la fin du mois de juin. Par un
programme d’aide d’urgence de 2,7 millions de dollars, ils veulent soutenir
ou compléter les mesures de secours des organisations internationales et
des Eglises locales tout en concentrant leurs efforts sur les régions les
plus touchées, notamment sur les villes encerclées de Juba et de Wau ainsi
que sur les camps de réfugiés à la frontière avec l’Ethiopie.
En l’espace de trois mois, les secours devraient parvenir à 720’000 personnes affamées. La saison des pluies et les conflits armés obligent le
transport par avion. En négociant avec le gouvernement et le SPLA, les
oeuvres d’entraide espèrent pouvoir obtenir l’instauration d’un corridor de
transport autour de la ville de Juba. Elles pourraient ainsi livrer des
biens de secours en provenance de l’Ouganda (situé à 120 km) par la route.
Le consortium des oeuvres d’entraide voudrait arriver à ce que la population rurale puisse quitter la ville encerclée pour cultiver les champs,
afin d’éviter que la situation ne s’aggrave l’année prochaine. Il porte une
attention particulière à l’approvisionnement des enfants, qui souffrent déjà de lésions irréversibles dues à la faim. (apic/com/sjb)