Famine au Mali: lier les programmes d’urgence au développement (020791)
Lucerne, 2juillet(APIC) La longue sécheresse qui sévit au Mali, pays qui
se situe dans la région du Sahel, ainsi que dans d’autres pays africains
provoque une famine qui prend des proportions inquiétantes. Alertée par
cette situation, Caritas Suisse apporte son soutien à un programme d’aide
d’urgence qui se concentre sur les couches les plus touchées de la population au nord et au centre du Mali: ce programme vise à un développement rural dont le but est d’assurer l’autosubsistance de la population locale et
prévoit des mesures visant à sauvergarder l’environnement par une agriculture écologiquement appropriée.
Le Mali, pays de l’Afrique occidentale qui a une superficie de 1,25 million de km2 - 30 fois la Suisse -, partage le sort de tous les Etats du Sahel: dans cette région, l’équilibre écologique entre l’homme, l’animal et
la nature est rompu. Ces dernières années, les averses se sont faites de
plus en plus rares et les grands fleuves indispensables à l’agriculture se
sont transformés en ruisselets. Le sol se dessèche et le désert avance à
une vitesse incroyable vers le sud.
Selon les déclarations de Hans Staubli, collaborateur de Caritas qui
vient de rentrer d’une mission au Mali, la récolte de l’année 1990, qui fut
meilleure que celle de 1989, est due à l’efficacité des actions de grande
envergure entreprises contre les sauterelles qui ravagent régulièrement le
pays; c’est le cas de l’action pour le déterrement des larves. Cependant,
le manque de pluie a provoqué de grandes pertes de récoltes, surtout dans
le nord et le centre du pays. "Les averses, déclare Hans Staubli, se sont
surtout avérées insuffisantes pendant les moissons en juin et au cours de
la maturation en septembre, suscitant ainsi le dessèchement d’une grande
partie du mil; De plus, l’étiage des fleuves Niger et Bani était au plus
bas et a entraîné une perte de 50% de la production de riz".
Aide d’urgence efficace
Pour prévenir le pire, le diocèse de Mopti, avec le concours de Caritas
Suisse, a élaboré un programme d’aide d’urgence destiné aux couches de la
population les plus démunies : la Caritas diocésaine a donné du mil aux malades, aux personnes âgées et aux chômeurs; elle a en outre distribué des
semences aux paysans les plus touchés par les pertes de récoltes afin d’assurer les moissons de cette année. Grâce à ces mesures, la population a
évité de justesse la catastrophe. Une analyse ne pourra être établie qu’en
octobre, lorsqu’il sera possible d’évaluer l’ampleur de la récolte.
Une politique agricole mal orientée
La famine qui sévit au Mali provient, outre de conditions météorologiques particulièrement défavorables, d’une politique agricole défectueuse
qui s’oriente vers des cultures d’exportation telles que le coton et la cacahuète, pour se procurer les devises nécessaires. Conséquence: la superficie de terre consacrée aux cultures vivrières s’amenuise. De plus, du fait
de l’abattage des arbres et des haies pour créer de nouveaux champs, le
sol, privé de pluie et de vent, s’ensable et favorise l’avance du désert.
Il en résulte une surexploitation des quelques terres encore labourables,
nécessaires pour assurer la subsistance d’une population qui ne cesse de
croître.
Mesures de lutte à long terme contre la famine
Devant cette situation, le diocèse de San, dans le sud du pays a lancé
en 1968 et 1972 un programme de développement comprenant deux centres de
formation et de consultation agricole. Un autre programme prévoit une lutte
contre l’érosion du sol et des campagnes de sensibilisation à une agriculture écologique orientée vers la production des aliments de base. C’est
ainsi que l’accent est désormais mis sur la culture des légumes et des
fruits: pommes de terres, haricots, tomates et citrons en plus du mil, qui
est l’aliment traditionnel, afin d’enrichir l’alimentation de la population. L’excédent est vendu aux populations voisines afin de trouver de quoi
acheter les semences nécessaires à l’amélioration de la production.
Par ailleurs, ces programmes de formation permettent à la population
d’adapter l’élevage et la culture à un environnement écologique fortement
menacé. Au lieu de laisser librement pâturer leur bétail au rythme des saisons, les paysans l’enferment durant quatre mois dans une enceinte et lui
font manger du foin pour ménager les champs. Afin de fertiliser leurs
champs et d’éviter l’apauvrissement du sol, ils ramassent la fumure qui
servira d’engrais et se livrent à des travaux de reboisement.
Les mesures d’aide d’urgence restent indispensables
Conscients du fait que la solution au problème de la famine doit d’abord
venir de la population autochtone, les promoteurs du programme de développement du diocèse de San soulignent cependant la nécessité de l’aide internationale pour surmonter les déséquilibres écologiques au Mali. (apic/comsjb)