Les évêques français planchent sur l’économie
Paris, 17octobre(APIC/Marie-Jo Hazard) Alors que commence en France une
semaine sociale difficile - grèves, manifestations... - la Commission sociale de l’épiscopat français vient de rendre public un texte intitulé:
"Face au défi du chômage: créer et partager". Il ne s’agit pas de proposer
des solutions techniques: cela n’entre pas dans la fonction des èvêques.
Mais l’Eglise, précise Mgr Didier-Léon Marchand, évêque de Valence et
président de la Commission, "ne peut rester insensible devant les problèmes
de la société". Le texte prend donc en compte l’économie pour elle-même, et
pas seulement dans ses aspects sociaux, et rappelle que celle-ci peut être
source d’humanisation ou de déshumanisation, de réussite ou d’échec pour
l’homme...et que "le chômage est le fruit amer d’une économie difficile".
Le texte comprend trois grandes séquences. D’abord un regard sur la situation et l’évolution de l’économie, y compris au niveau international. La
conséquence de cette évolution, fait remarquer Mgr Joseph Rozier, évêque de
Poitiers et membre de la Commission (dont il fut président), est "une marginalisation des défavorisés, accentuée par une démocratie qui fonctionne
au bénéfice des privilégiés".
Plus doctrinale, la deuxième partie met en valeur quatre points fondamentaux: l’activité économique est une participation au dessein du Créateur; l’activité humaine, dont fait partie l’économie, doit s’apprécier en
fonction de l’homme; la justice et la solidarité sont des valeurs essentielles de l’activité économique; enfin, l’économie doit prendre en compte
le droit de tout homme à l’initiative et à la responsabilité, à une existence décente, au travail...Bref, elle est un lieu d’exercice des Droits
de l’homme.
Enfin, les évêques se risquent à évoquer quelques enjeux et à exprimer
des propositions: rappel que la croissance doit être orientée dans un projet d’humanisation et affirmation que le travail est un moyen fondamental
d’insertion sociale; reconnaissance de l’entreprise comme cellule de la vie
économique et lieu d’exercice de la responsabilité personnelle et collective; appel, enfin, à rechercher et à promouvoir la solidarité au niveau national et européen aussi bien qu’à celui du tiers-monde, avec les engagements concrets que suppose cette solidarité (prix des matières premières,
impôts, soutien aux associations de solidarité...).
Pas question, avec ce texte, de prétendre donner des leçons: il s’agit,
disent les rédacteurs, d’une "bonne nouvelle" annoncée à l’homme créateur,
concernant la vie économique considérée comme un chemin qui mène à Dieu. Le
texte de la Commission sociale de l’épiscopat français se situe dans la
ligne de la réflexion menée depuis plusieurs années par les évêques de
France ("Pour de nouveaux modes de vie" en 1982, "Attention... Pauvreté!"
en 1984...). Sans doute les évêques français ont-ils été encouragés dans
leur entreprise par l’exemple de leurs collègues américains qui ont publié
en 1986 une lettre pastorale sur le thème "Justice économique pour tous",
et par la récente encyclique du pape Jean Paul II "Sollicitudo rei socialis". Longtemps restée à l’écart des questions économiques considérées comme trop techniques, et se cantonnant dans le social et le caritatif,
l’Eglise ose tenir sa place et dire une parole qui lui est propre dans un
dialogue qui concerne l’humanité. (apic/mjh/pr)