"C’est l’horreur intégrale"
Intervention militaire "sur des objectifs précis" pas exclue
Paris, 3janvier(APIC) "Il faut trouver le moyen de dire à la Serbie: ’ça
suffit!’", affirme le président de la Conférence des évêques de France, Mgr
Joseph Duval, en n’excluant pas une intervention militaire "sur des objectifs précis". De retour de l’ex-Yougoslavie, où il s’est rendu entre Noël
et le Jour de l’An avec une délégation composée d’évêques et de personnalités du Secours catholique français, l’archevêque de Rouen estime que
l’Eglise, chargée de la défense de la personne humaine, ne peut se taire
devant les atrocités commises en Bosnie.
La délégation épiscopale, composée de Mgr Duval, de Mgr Jacques David,
évêque de La Rochelle, de Mgr Joseph Rozier, évêque de Poitiers, et Mgr Albert Rouet, évêque auxiliaire de Paris, accompagnait notamment Pierre Boisard, président national du Secours catholique. Mercredi, les membres de la
mission donnaient conférence de presse. "Ce que j’ai vu, c’est l’horreur
intégrale", s’est écrié l’un des participants au voyage en Croatie. Propos
illustrés par le film tourné au cours de la mission. Maisons détruites, hôpitaux pillés, hommes exécutés, femmes et enfants torturés, témoignages des
victimes... corroborent la thèse dénonçant les visées expansionnistes de la
Serbie.
Les visées expansionnistes de la Serbie
"Ils ne s’arrêteront que lorsqu’ils auront réalisé la Grande Serbie,
comme ils se l’imaginent", a déclaré un réfugié. Face à cette volonté d’élimination systématique des populations non serbes, même s’il laisse aux
politiques le choix des décisions à prendre, Mgr Duval a envisagé l’éventualité de "répressions militaires sur des objectifs précis", car on ne
peut laisser cette guerre se poursuivre.
Puisque l’embargo est inopérant, parce que non appliqué par certains
pays, il faut trouver le moyen de dire à la Serbie : "ça suffit!", estime
Mgr Duval. Si l’Eglise se tait, on pourra un jour lui reprocher son silence, comme on lui a reproché celui de Pie XII au cours de la seconde guerre
mondiale, a-t-il encore souligné.
Bosnie: l’humiliation de tout en peuple
Violations des droits de l’homme les plus élémentaires dans les camps de
détenus, tel celui de Karlovac, situations dramatiques des femmes bosniaques - en grande majorité musulmanes - détenues dans des centres de prostitution forcée, font apparaître la Serbie comme l’agresseur, "même s’il y a
eu des excès de l’autre côté", a précisé l’archevêque de Rouen. Recevant la
délégation à Zagreb, le cardinal Franjo Kuharic, primat de Croatie, avait
mis en garde contre les appels à la paix en ex-Yougoslavie qui mettent sur
un même pied victimes et agresseurs, estimant qu’ils blessent la justice et
la dignité des victimes.
Mgr Jacques David, évêque de La Rochelle, a de son côté rapporté ces
paroles du Grand Imam de Zagreb: "Nous sommes une petite minorité, les
Bosniaques, de 2,5 millions de personnes. Si l’Europe veut que nous
disparaissions, qu’elle le dise. Que nous sachions à quoi nous en tenir!"
Pierre Boisard a pour sa part donné quelques chiffres concernant l’aide
apportée par son organisme, le Secours catholique: il a débloqué l’an
dernier (en 1992) quelque 20 millions de FF. Pour le seul mois de décembre
dernier, il a envoyé 30 camions en Bosnie et 80’000 colis familiaux ont été
distribués par la Caritas locale. Il a également commencé à financer la
reconstruction d’un certain nombre de maisons et fait circuler une pétition
parmi ses adhérents qui a récolté 50’000 signatures.
Une goutte d’eau dans un océan de détresse si, sans parler de la Bosnie,
l’on songe que 26 % du territoire de la Croatie est aujourd’hui "occupé",
que des milliers de maisons ont été détruites et des milliers de familles
ont tout perdu. "Mais il faut aussi penser à sauver l’homme, et pour cela,
il faut une mobilisation des consciences face à des images qui sont une
blessure", a conclu Mgr Duval. (apic/ecl/be)