les pots cassés de la "transition"
Le cri d’alarme du BICE
Genève, 22juin(APIC) Après l’euphorie qui avait saisi l’Europe avec la
fin du communisme, le réveil est dur à l’Est. En Russie, il aura suffi d’un
an de libéralisation des prix pour que le niveau de vie recule de 20 ans,
et les enfants sont parmi les premiers touchés: malnutrition, manque de médicaments, système scolaire délabré, progression de la mortalité infantile... Dans un numéro spécial de "L’Enfance dans le Monde", le BICE tire la
sonnette d’alarme. Les enfants paient les pots cassés de la "transition".
Le Bureau International Catholique de l’Enfance à Genève, plus connu
sous son sigle BICE, fait le point dans sa revue "L’Enfance dans le Monde"
sur le sort - peu enviable - réservé aux enfants dans une Europe centrale
et orientale en profonde mutation. Ce qui frappe, surtout chez les jeunes
de l’Est, note l’historien d’origine roumaine Matei Cazacu, "c’est la perte
de l’espoir dans l’avenir, leur retrait progressif dans un périmètre purement biologique; la hantise de la survie pure et simple a évacué toute morale, a brisé les liens de la sociabilité et laissé la place à une course
effrénée après l’argent..."
Beaucoup de ces jeunes en Hongrie, en Pologne, en Lettonie, en Russie ou
en Roumanie sombrent dans l’alcoolisme, la prostitution, le vagabondage et
la drogue. Les taux de suicide et de délinquance, notamment juvénile, atteignent la cote des pays du tiers-monde, tandis qu’une petite minorité
sans scrupule s’enrichit sans vergogne, profitant du vide législatif pour
prospérer au milieu de la pénurie.
Une double exclusion
Analysant cette situation, le BICE affirme que dans les anciens pays
communistes les enfants abandonnés ont subi une double exclusion: "A l’exclusion commune - si l’on peut dire -, abandon, rejet par la famille, vient
s’ajouter le rejet par l’idéologie de l’Etat communiste de tout ce qui
n’est pas conforme et par conséquent l’enfermement de milliers d’enfants,
déjà exclus une première fois de la société, dans des homes de la mort".
Aujourd’hui en Russie, note Hélène Yvert-Jalu, maître de conférences à
l’Université de Paris I, plus de 100’000 enfants - bébés délaissés dès leur
naissance par des mères alcooliques, mineures, non mariées, vivant dans le
dénuement, jeunes enfants de parents privés de leurs droits parentaux et
placés en internat, véritables orphelins - sont recueillis dans des établissements d’Etat. "Même dans la période d’après-guerre, les orphelinats
étaient moins surchargés qu’actuellement... La majorité de ces centres occupent des bâtiments insalubres et l’ambiance est celle de la pire des casernes; près de la moitié des pupilles en sortent affectés par de graves
troubles de comportement". Une dizaine de milliers d’enfants fuient chaque
année les orphelinats de Russie, écrit la professeur parisienne.
En Pologne, la situation n’est pas facile non plus pour les enfants handicapés, révèlent Krystina Mrugalska, présidente de l’Association polonaise
pour les personnes souffrant d’un handicap mental, et Piotr Wierzchoslawski, président de "Foi et Lumière" en Pologne. Auparavant, le régime communiste considérait négativement tout handicap, surtout mental, car cela ne
correspondait pas à l’image de l’"homme socialiste".
Les handicapés n’ont pas plus de place qu’avant...
Mais aujourd’hui encore en Pologne, affirment-ils, "beaucoup pensent
qu’un homme handicapé, surtout intellectuellment, n’est pas entièrement
homme, ou qu’il a une valeur moindre; cet être humain est donc particulièrement menacé: il y a une tendance à vouloir le supprimer avant sa naissance". Mais, déplorent-ils, dans la nouvelle idéologie capitaliste, autant
que dans l’ancienne idéologie, "il n’y a pas de place pour ces personnes".
Dans cette période de "transition", souligne le BICE, un peu partout les
enfants de la rue envahissent les abords des gares, les parcs, les maisons
abandonnées. Si les enfants sont victimes des immenses difficultés économiques actuelles, ils souffrent aussi du vide moral ambiant et du manque
d’espoir dans l’avenir. Les organisations non-gouvernementales (ONG) locales et internationales se mobilisent pour tenter d’apporter des réponses à
ce phénomène inquiétant qui prend de l’ampleur dans ces sociétés où certaines infrastructures et avantages sociaux, culturels, sportifs ou artistiques accessibles dans l’ancien régime n’ont plus cours dans cette "économie
de marché" qui s’installe souvent au détriment des plus faibles. (apic/be)
(La revue "L’Enfance dans le Monde" est disponible au numéro ou par abonnement auprès du Secrétariat général du BICE, 63 rue de Lausanne, 1202 Genève)