la "Maison commune" plus habitable et plus solidaire
Bruxelles, 5juin(APIC) 25% de travailleurs qualifiés avec un emploi stable et une protection maximale; 25% de travailleurs peu qualifiés, avec un
statut précaire et mal protégés; 50% de laissés-pour-compte, d’exclus, de
sans emploi ou de travailleurs temporaires: c’est, selon le sociologue Léontief, le tableau de la population active dans les pays industrialisés aux
alentours de l’an 2’000. Des chiffres qui donnent froid dans le dos aux 54
millions de jeunes que compte l’Europe occidentale, qui s’interrogent sur
la place qui leur sera faite dans la société de demain.
C’est sur ces perspectives que se sont penchés 350 jeunes qui viennent
de participer à Oostmalle (Belgique) à un congrès de la Jeunesse Ouvrière
Chrétienne Européenne (JOC), le premier à rassembler des jeunes issus du
monde ouvrier et populaire d’Europe de l’Ouest (une dizaine de pays) et de
l’Est (Pologne, Hongrie, RDA, Yougoslavie), ainsi que d’autres continents.
Ils ne se sont pas contentés d’exprimer leurs craintes face à l’Europe de
1993, ils ont surtout, en partant de leurs expériences, mis en valeur les
actions menées dans le mouvement et fait des propositions concrètes. Attentifs à ne pas s’enfermer dans un "nombrilisme" stérile, les participants
ont élargi leur réflexion à l’évolution à l’Est et dans le monde en général.
Une Europe qui fait peur
En présentant à Bruxelles les conclusions du congrès, Giorgio Casula,
secrétaire général de la JOC européenne (JOCE), a dit les craintes que suscite la mise en place du Marché unique de 1993, dont "les conséquences négatives se font déjà ressentir très fortement". Pour la JOCE, c’est vrai
pour l’emploi: beaucoup de jeunes doivent aujourd’hui se contenter d’emplois atypiques (sous-statuts, temps partiels, travail intérimaire...); la
"flexibilité" se traduit par un travail plus tardif (ou le week-end); détérioration des conditions de travail due à l’introduction des nouvelles
technologies. C’est vrai pour le chômage, quand de nombreux jeunes, trompés
par les mensonges et les faux espoirs qu’ils entretenaient au sortir de
l’école, se suicident... Des jeunes à qui on tente de faire croire, alors
qu’il est acquis que la cause du chômage est structurelle, que ceux qui
veulent travailler le peuvent, et que l’Europe de 1993 permettra la création d’emplois pour tous. Le constat vaut encore pour l’enseignement, jugé
inadapté aux besoins des jeunes travailleurs, pour la situation des jeunes
femmes, des jeunes immigrés et des réfugiés politiques, pour l’organisation
des temps libres, estime la JOCE.
L’Europe de 1993 fait peur, ajoute Giorgio Casula, parce qu’elle donne
la priorité au progrès économique et que la dimension sociale est reléguée
au second plan. Elle fait peur à d’autres pays européens, par sa volonté de
puissance et son arrogance.
Pour une Europe "jeunes admis"
Pour la JOCE, on est loin encore de l’Europe sans frontières et de la
libre circulation. Les jeunes travailleurs ne se sentent pas vraiment chez
eux dans la "Maison commune européenne". Des barrières juridiques (visas,
permis, accords bilatéraux...) administratives, culturelles ou sociales empêchent certains parmi eux de circuler en toute liberté.
Les jocistes européens ont présenté au terme du congrès un Manifeste
présentant leur analyse, leurs actions et des propositions concrètes dans
sept domaines: l’emploi et le chômage, l’immigration et les réfugiés politiques, la situation des jeunes femmes, la vie quotidienne, l’enseignement,
la situation internationale et, enfin, "l’Europe que nous voulons".
L’Europe que veulent les jeunes travailleurs? Une Europe qui dépasse les
frontières de la Communauté et respecte chacune des identités en présence.
Une Europe interculturelle, qui tourne le dos au racisme et à la xénophobie. Une Europe sociale, capable de garantir le bien-être de chaque individu.
Sur ce dernier point, la JOCE voit dans la Charte sociale européenne
proposée par le Conseil de l’Europe une référence. Elle est par contre déçue par la Charte sur les droits sociaux adoptée par les ministres de la
CEE, dont le contenu, plus faible, n’a pas d’effet contraignant, explique
le mouvement. A propos du programme d’action de la Commission, la JOCE regrette qu’il ne propose que des mesures subsidiaires, la politique sociale
restant ainsi tributaire des politiques nationales. Réclamant un "nivellement par le haut", le Manifeste observe que "l’Europe sans frontières favorisera surtout les cadres et les personnes très qualifiées" et qu’il s’agit
donc de "prévoir les moyens pour que les moins qualifiés ne soient pas marginalisés davantage".
Un "certificat" européen
La JOCE se réjouit que la Commission des Communautés Européennes ait décidé de rencontrer régulièrement les représentants du Forum Jeunesse (dont
elle est membre), dans le cadre de la préparation du Conseil des ministres
de la Jeunesse fixé à novembre prochain. Cela rejoint sa revendication de
voir les organisations de jeunesse être pleinement associées à l’élaboration des politiques de jeunesse.
Les organisations de jeunesse se sont vu également reconnaître le droit
de participer et de s’exprimer (même si leur prise de parole sera limitée)
à la Conférence des ministres du Conseil de l’Europe chargés de la jeunesse. La JOCE espère y défendre une proposition du Bureau européen de Coordination des organisations de jeunesse, qui concerne l’élaboration d’un "certificat" européen garantissant et facilitant le libre déplacement des jeunes dans le cadre de tout échange organisé. Cela contribuerait, explique le
mouvement, à faire sauter toute une série de barrières qui empêchent les
jeunes travailleurs de "se sentir vraiment bien comme Européen". (apic/cippr)