Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    Face à la montée de l’islam

    Etre chrétiens aujourd’hui dans les pays du Maghreb (060790)

    Entretien avec Mgr Teissier, archevêque d’Alger

    Alger, 6juillet(APIC) "Notre mission, en pays d’islam, c’est d’être une

    Eglise à l’intérieur de la société musulmane, un signe de ce qu’est l’Eglise et aussi une possibilité pour l’Eglise universelle d’entendre les questions que pose la communauté musulmane", nous déclare Mgr Henri Teissier,

    archevêque d’Alger. Successeur du célèbre cardinal Léon-Etienne Duval connu pour ses positions courageuses durant la guerre d’Algérie -, comme

    lui homme d’ouverture, Mgr Teissier, citoyen algérien, a choisi de s’immerger comme chrétien dans cette communauté arabo-musulmane si souvent décriée

    et incomprise.

    Avec ses confrères de la Conférence Episcopale Régionale du Nord de

    l’Afrique (CERNA) - regroupant les épiscopats d’Algérie, du Maroc, de la

    Tunisie et de la Libye - il vient de publier une lettre pastorale, "L’appel

    que Dieu adresse à son Eglise au Maghreb", qui développe la signification

    de cette présence chrétienne ultraminoritaire. Le point de départ de cette

    méditation est une description du visage particulier de l’Eglise en Afrique

    du Nord. Au coeur du témoignage chrétien vécu de diverses façons se trouve

    la recherche d’une relation de réconciliation, de partenariat humain et

    spirituel entre croyants de traditions religieuses différentes.

    APIC:Qui sont les chrétiens d’Afrique du Nord, et de l’Algérie en particulier ? Peut-on être chrétien et Algérien ?

    MgrTeissier:C’est une réalité : les pays maghrébins rassemblés au sein de

    notre Conférence épiscopale sont quasiment musulmans à 100 %, sauf la présence juive qui subsiste au Maroc et en Tunisie. Le christianisme ici est

    formé de gens qui sont les volontaires d’une existence au sein d’une société musulmane, plus tous les coopérants européens ou autres qui passent un

    certain nombre d’années ici. Sans oublier les chrétiens arabes du MoyenOrient - des Syriens, des Libanais, des Palestiniens, des Coptes - qui

    n’aiment pas être traités en étrangers. Il y a même des chrétiens d’Afrique

    noire, en particulier des étudiants universitaires.

    Quant aux chrétiens de souche maghrébine, ils existent, mais ils sont

    très minoritaires. Les chrétiens d’origine algérienne n’étaient déjà pas

    nombreux avant l’indépendance et la plupart sont partis en Europe. Mais ils

    gardent leur famille ici, et certains reviennent. Nous avons également près

    de 20’000 Européennes d’origine chrétienne qui ont épousé des Algériens et

    qui le plus souvent sont restées chrétiennes. En principe, leurs enfants

    sont musulmans, mais quelquefois, les situations ne sont pas si claires.

    Dans mon cas, mon grand-père est arrivé en Algérie en 1832, alors si on

    est définitivement des étrangers... Ainsi, un certain nombre d’Européens

    sont là depuis longtemps et ne se considèrent pas comme étrangers quand ils

    ont la nationalité algérienne et ont travaillé comme les autres habitants

    pour le développement du pays. Certains ont participé à la lutte de libération nationale, ont même été emprisonnés. C’est vrai que la grande majorité

    des chrétiens d’Algérie (ils sont 50’000 dans les 4 diocèses du pays - Alger, Constantine, Oran et Laghouat, dans le Sahara - sur une population de

    25 millions d’habitants) sont de souche européenne. Mais ceux qui sont restés ici, ce sont ceux qui se sentaient à l’aise dans la situation nouvelle

    (l’Algérie indépendante), et qui l’avaient même parfois préparée.

    APIC:Quel est le sens d’une présence chrétienne si minoritaire ?

    MgrTeissier:Le sens de notre présence en Afrique du Nord ? Dans le document que nous venons de publier, nous citons une réflexion du pape Jean

    Paul II lors de notre dernière visite "ad limina" : "Au fond, vous cherchez

    à vivre ce que Vatican II a dit de l’Eglise comme signe, signe de salut et

    signe d’unité... On ne demande pas à un signe de faire nombre, mais on lui

    demande d’être vraiment un signe". C’est cela que nous aimerions faire.

    Dans la plupart des endroits, les chrétiens sont très très peu nombreux,

    et étant donné que la société a un caractère musulman très affirmé, on repère immédiatement une personne qui ne fait pas partie de la communauté musulmane. On la situe tout de suite, à partir de la qualité de son comportement. La plupart des gens avec qui nous avons des relations directes, ce

    sont des relations de collaboration. Ces derniers jours, c’était la Grande

    Fête, la Fête du Sacrifice; j’ai passé deux jours à visiter des familles

    amies musulmanes, pour leur présenter les voeux de la fête. Ainsi, nous

    avons des relations de personne à personne qui passent continuellement pardessus les communautés religieuses.

    Je sais très bien, cependant, même si je suis Algérien, que la tradition

    nationale est la tradition arabo-islamique, qu’aux yeux des gens, je suis

    considéré comme un Européen qui a pris la nationalité algérienne. De même

    si quelqu’un a un nom arabe en France, même s’il a la nationalité française

    depuis trente ou quarante ans, il sait que son nom entraîne derrière lui

    une histoire culturelle... Mais s’il prouve par son intégration dans la

    culture française et son travail pour le bien commun du pays, qu’il est

    Français, il finit par se faire accepter. C’est un peu en sens inverse ce

    que l’on voudrait faire. On réussit à le faire dans la relation avec les

    gens qui nous connaissent. Evidemment, quelqu’un qui ne me connaît pas et

    qui ne m’a jamais vu, considère que c’est un étranger de plus qui passe!

    APIC:La dernière réunion de la CERNA a eu lieu à Alger à la veille des

    élections algériennes, qui ont vu la progression du "Front Islamique

    du Salut" (FIS) d’Abassi Madani. Est-ce que le FIS représente une menace pour la minorité chrétienne d’Algérie ?

    MgrTeissier:Depuis le 12 juin dernier (date de la victoire des islamistes

    aux élections), on n’a pas senti d’hostilité contre les chrétiens. Ce n’est

    pas un choix qui a été fait contre une communauté chrétienne. C’est un

    choix qui a été fait à l’intérieur de la société algérienne, la volonté de

    commencer une nouvelle étape avec de nouvelles références, après une

    période très longue de parti unique. Pour le moment, il n’y a pas de

    conséquences secondaires. Il y a des gens que nous connaissons depuis

    longtemps, qui sont nos amis. Cela ne les a pas empêché de voter pour la

    nouvelle majorité (le FIS).

    APIC:Les chrétiens n’ont-ils pas peur de la montée d’un islam militant ?

    MgrTeissier:Vous savez, dans la société moderne, les problèmes sont complexes. J’ai peut-être encore davantage peur d’une montée du racisme en Europe. Car dans ce cas, c’est nous qui en supporterons les conséquences. Il

    est évident que si les musulmans ne sont pas respectés par exemple dans la

    société française, cela encourage les courants extrémistes à chercher quel

    sera le groupe sur lequel faire retomber ce manque de respect. J’ai peur

    que le problème palestinien, qui a fait monter l’extrémisme depuis 1948,

    continue à durer, car tant que les Palestiniens n’auront pas une patrie et

    que ce problème ne sera pas réglé, je ne sais pas si on pourra retrouver

    une construction calme à l’intérieur du monde arabe. Le problème libanais

    contribue également à faire douter les gens de la possibilité de la coexistence entre les communautés. Il faut aussi regarder les autres dossiers :

    le poids de la dette, les relations économiques inégales entre le Nord et

    le Sud. Tout cela fait monter la tension et si ces problèmes ne sont pas

    résolus, ils risquent de nous menacer, nous, comme petit groupe minoritaire

    chrétien. Ne regarder que le développement des courants islamistes, en les

    sortant de leur contexte international, c’est avoir un regard tronqué!

    Propos recueillis par Jacques Berset

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus