Etats-Unis: les grands médias donnent une image (030292)
Washington, 3 février(APIC) Quelle image "les ténors" de la presse écrite
et télévisée américaine donnent-ils de l’Eglise catholique? Peu reluisante,
soupçonnaient les "Chevaliers de Colomb", une association religieuse de
laïcs catholiques. Voulant en avoir le coeur net, ils ont fait appel à un
organisme indépendant, le "Centre des moyens de communication et des affaires publiques" de Washington, pour réaliser une enquête sur "l’impartialité
objective" de la grande presse. La conclusion n’a pas manquer d’ébranler le
gotha des principaux médias examinés à la loupe par les enquêteurs: ils
sont franchement quoique de façon voilée, "anticatholiques".
Robert Lichter a dirigé la recherche commandée et financée par les Chevaliers de Colomb, auxquels s’est associée pour la circonstance la "Ligue
catholique pour les Droits religieux et civiques". Son institut s’est intéressé à deux quotidiens, le "New York Times" et le Washington Post", au
grand magazine "Time" et aux bulletins d’information de la chaîne de télévision CBS. Les enquêteurs ont passé au crible le séditions de trois périodes de quatre ans: 1964-1968, 1974-1978 et 1984-1988.
Manipulations
Les conclusions de l’enquête sont réunies dans un document intitulé "Média coverage of the catholic church" (Couverture médiatique de l’Eglise
catholique). Le rapport fait ressortir que les termes descriptifs employés
dans les grands médias cherchent à donner de l’Eglise catholique une image
déformée, celle d’une Eglise qui possède "une théologie conservatrice, incompréhensible, y compris pour ses fidèles", organisée sur "des modes de
contrôle autoritaires", "anachroniques" dans son approche de la société
contemporaine.
Un exemple significatif, tandis que quarante nouvelles présentent
l’Eglise comme instrument d’oppression, on n’en trouve pas une seule qui
fasse mention de son action en vue de promouvoir la personne humaine et sa
dignité.
Les "distorsions" sont les plus manifestes dès qu’il s’agit de rendre
compte des positions de l’Eglise en matière de morale sexuelle. Les médias
suivent un schéma classique: ils commencent par donner la parole à un membre de la hiérarchie, qui défend la position de l’Eglise, et ensuite, dans
une proportion de neuf à un, à des prêtres et des laïcs qui critiquent cette position et font état de leur dissentiment. l’effet recherché, affirme
l’étude, est avant tout de présenter le débat sur la morale sexuelle comme
un lieu d’une "brèche" entre la hiérarchie et le reste des catholiques.
L’enquête met toutefois en évidence des traitements inégaux de la part
des médias sur les thèmes touchant à la morale: tandis que "Time" et le
"Washington Post" donnent systématiquement la préférence à ceux qui s’écartent de la position de l’Eglise, le "New York Times" et la CBS donnent plus
volontiers la parole aux défenseurs de la doctrine de l’Eglise.
Les médias sont plus tolérants et indulgents quand ils évoquent les activités de l’Eglise et des domaines comme l’oecuménisme, le dialogue interreligieux ou l’assistance sociale. Encore que, y compris en matière oecuménique, la plupart ont donné largement la parole à ceux qui critiquent la
rigueur doctrinale de l’Eglise, dans laquelle ils voient un "obstacle" à
l’unité des chrétiens.
Compilateur ou narrateur?
Les leçons que tire de l’enquête Russel Shaw, directeur de l’information
des Chevaliers de Colomb, sont particulièrement sévères. En définitive,
dit-il, les journalistes se soucient moins de recueillir l’information,
d’être des "compilateurs", que d’être des narrateurs "de nouvelles, et
leurs "histoires" sur l’Eglise catholique supposent "un montage attrayant
de fiction en politique comme en religion". Finalement, ajoute-t-il, "tout
au long de ces années, la trame de ces histoires sur l’Eglise a été concentrée sur le combat bureaucratique, des intrigues politiques, des méthodes
de gouvernement, des contestations politiques et sur la bataille pour
l’opinion publique. Les arguments des nouvelles tournaient toujours plus
autour d’une autorité immobilisée luttant pour imposer ses traditions et
ses normes face à un public peu réceptif."
Pour les Chevaliers de Colomb, ces conclusions rejoignent celles d’un
reportage iconoclaste publié en 1989 par le quotidien "Los Angeles Times",
qui démontrait une partialité manifeste de la presse nord-américaine en faveur des partisans de l’avortement, au détriment des mouvements pour la
vie. Elles invitent surtout à s’interroger sur le rôle que jouent les
grands médias américains.
Le complexe de chien de garde
Edward Smith, professeur à la Faculté des moyens de communication sociale de l’Université de Virginie, observe "un changement subtil, mais profond", qui a donné à la presse américaine le complexe de "chien de garde".
Fonction aujourd’hui décisive pour les médias, dit-il: "le devoir primordial est de concentrer l’attention sur des problèmes et des déficiences, des
échecs et des menaces".- Le journaliste finit par faire ressortir le mal et
s’il n’existe pas à l’inventer. "Le résultat le plus évident de cette nouvelle attitude critique est le négativisme, quelquefois apocalyptique, qui
imprègne l’actualité quotidienne". Dans un tel état d’esprit, le journaliste estime que "son unique mission est de débusquer les défauts et que
d’autre part, il lui revient d’imaginer des solutions". (apic/cip/ba)