une image déformée de l’Eglise catholique"
Une enquête sur la presse faite par les Chevaliers de Colomb
Washington, 4 février(APIC) Quelle image "les ténors" de la presse écrite
et télévisée américaine donnent-ils de l’Eglise catholique? Peu reluisante,
soupçonnait "l’ordre des Chevaliers de Colomb", qui s’adonne notamment aux
activités caritatives et à la défense des intérêts catholiques. Voulant en
avoir le coeur net, ils ont fait appel à un organisme indépendant, le "Centre des moyens de communication et des affaires publiques" de Washington,
pour réaliser une enquête sur "l’impartialité objective" de la grande presse. La conclusion n’a pas manqué d’ébranler le gotha des principaux médias
examinés à la loupe par les enquêteurs: ils seraient franchement, quoique
de façon voilée, "anticatholiques".
Robert Lichter a dirigé la recherche commandée et financée par les Chevaliers de Colomb, auxquels s’est associée pour la circonstance la "Ligue
catholique pour les Droits religieux et civiques". Son institut s’est intéressé à deux quotidiens, le "New York Times" et le "Washington Post", au
grand magazine "Time" et aux bulletins d’information de la chaîne de télévision CBS. Les enquêteurs ont passé au crible les éditions de trois périodes de quatre ans: 1964-1968, 1974-1978 et 1984-1988.
Manipulations
Les conclusions de l’enquête sont réunies dans un document intitulé "Media Coverage of the Catholic Church" (Couverture médiatique de l’Eglise
catholique). Le rapport fait ressortir que les termes descriptifs employés
dans les grands médias cherchent à "donner de l’Eglise catholique une image
déformée, celle d’une Eglise qui possède une théologie conservatrice, incompréhensible, y compris pour ses fidèles". Une Eglise organisée sur "des
modes de contrôle autoritaires", "anachroniques" dans son approche de la
société contemporaine.
Un exemple significatif: Tandis que quarante nouvelles présentent
l’Eglise comme instrument d’oppression, on n’en trouve aucune qui fasse
mention de son action en vue de promouvoir la personne humaine et sa dignité.
Les "distorsions", toujours selon le rapport, sont manifestes dès qu’il
s’agit de rendre compte des positions de l’Eglise en matière de morale
sexuelle. Les médias suivent un schéma classique: ils commencent par donner
la parole à un membre de la hiérarchie, qui défend la position de l’Eglise,
et ensuite, dans une proportion de neuf à un, à des prêtres et des laïcs
qui critiquent cette position et font état de leur dissentiment. L’effet
recherché, affirme l’étude, est de présenter avant tout le débat sur la morale sexuelle comme le lieu d’une "brèche" entre la hiérarchie et le reste
des catholiques.
L’enquête met toutefois en évidence le fait que les médias ont parfois
une approche différenciée des thèmes concernant la morale catholique. Tandis que "Time" et le "Washington Post" donnent systématiquement la préférence à ceux qui s’écartent de la position de l’Eglise, le "New York Times"
et la CBS donnent plus volontiers la parole aux défenseurs de la doctrine
de l’Eglise.
Les médias sont plus tolérants et indulgents quand ils évoquent les activités de l’Eglise et des domaines comme l’oecuménisme, le dialogue interreligieux ou l’assistance sociale. Cependant, surtout dans le domaine oecuménique, la plupart des médias donnent largement la parole à ceux qui critiquent la rigueur doctrinale de l’Eglise, jugée comme un "obstacle" à
l’unité des chrétiens.
Compilateur ou narrateur?
Russel Shaw, directeur du secteur information de l’ordre des Chevaliers
de Colomb, tire de toute cette enquête des conclusions particulièrement sévères. En définitive, dit-il, le premier souci des journalistes n’est pas
de recueillir des informations. Ils sont davantage des "compilateurs" que
des narrateurs de nouvelles. Leurs "histoires" sur l’Eglise catholique supposent "un montage attrayant de fiction, dans le domaine politique comme
dans celui de la religion". Finalement, ajoute-t-il, "durant ces dernières
années, la trame de ces histoires sur l’Eglise s’est concentrée sur le combat bureaucratique, sur les intrigues politiques, sur les méthodes de gouvernement. Egalement sur les contestations politiques et sur la bataille
pour gagner l’opinion publique. Les arguments des nouvelles s’intéressaient
davantage à la description "d’une autorité immobiliste" luttant pour imposer ses traditions et ses normes à un public peu réceptif."
Pour les Chevaliers de Colomb, ces conclusions rejoignent celles d’un
reportage iconoclaste publié en 1989 par le quotidien "Los Angeles Times",
qui démontrait la partialité manifeste de la presse nord-américaine en faveur des partisans de l’avortement, au détriment des mouvements pour la
vie. Cette enquête permet surtout de s’interroger sur le rôle que jouent
les grands médias américains.
Le complexe de chien de garde
Edward Smith, professeur à la Faculté des moyens de communication sociale de l’Université de Virginie, observe "un changement subtil, mais profond", qui a donné à la presse américaine le complexe de "chien de garde".
Fonction aujourd’hui décisive pour les médias, estime-t-il. "Leur devoir
primordial est de mettre l’accent sur les déficiences, des échecs et des
menaces".
Le journaliste finit par faire ressortir le mal et s’il n’existe pas, à
l’inventer. "Le résultat le plus évident de cette nouvelle attitude critique est le négativisme, quelquefois apocalyptique, qui imprègne l’actualité
quotidienne". Dans un tel état d’esprit, le journaliste estime que "son
unique mission est de débusquer les défauts et que d’autre part, il lui revient d’imaginer des solutions". (apic/cip/ba)