Etats-Unis: course à la Maison Blanche (120892)
Washington, 12août(APIC) Les élections présidentielles américaines promettent d’être passionnantes. Le président républicain sortant, George
Bush, est pour l’instant donné nettement perdant face à son "challenger"
démocrate Bill Clinton. Il n’a plus la cote, en particulier chez les
classes moyennes, auprès desquelles le gouverneur de l’Arkansas apparaît
comme le favori. La majorité des catholiques américains - soit près du
quart de la population - appartiennent à cette classe moyenne et le vote
catholique risque d’être décisif.
Selon diverses études, les catholiques sont plus libéraux, moins racistes et plus démocratiques dans leurs prises de position que d’autres groupes de la population. Pourtant, dans le passé, les catholiques blancs soutenaient plutôt les Républicains, alors que les catholiques immigrés plus
récemment, principalement les hispaniques, trouvaient leur subsistance dans
les grandes villes administrées par les démocrates et apportaient par
conséquent leur soutien au parti démocrate.
Dans les années 1980, cette tendance a changé. Une grande partie également des immigrés catholiques, ayant amélioré quelque peu leur standing, se
sont départis de leur opinion traditionnelle et ont commencé à soutenir de
plus en plus la politique économique des Républicains. Finalement, Ronald
Reagan en 1980 et 1984 et George Bush en 1988 ne seraient pas arrivés à la
Maison Blanche sans le vote des catholiques.
La hiérarchie catholique américaine n’hésite pas non plus de temps à
autre à intervenir en politique. En 1976, on avait reproché à la Conférence
des évêques de soutenir le président Gerald Ford contre Jimmy Carter à cause de sa position sur l’avortement. En 1984, le Cardinal John O’Connor, archevêque de New York, s’était élevé publiquement contre la candidature à la
vice-présidence de Geraldine Ferraro, une démocrate catholique, à cause de
son opinion libérale en matière d’interupption de grossesse.
Bien que le thème de l’avortement joue un grand rôle chez les catholiques dans le choix de leur candidat, - les mouvements "pro life" sont un
lobby redoutable aux Etats-Unis et ont l’oreille de beaucoup d’évêques les catholiques, à l’instar des autres Américains, éliront leur président
en tenant compte aussi de leur propre portefeuille. Et de ce point de vue,
Bill Clinton semble avoir plus de chance que n’importe quel autre candidat
démocrate depuis Jimmy Carter.
Les raisons en sont diverses. La politique extérieure, le point fort de
Bush (mais le "triomphe" américain dans la guerre du Golfe ne fait plus illusion depuis longtemps!), a peu d’importance pour les catholiques américains qui s’intéressent davantage à la politique intérieure et aux problèmes sociaux. Les terribles émeutes raciales et sociales de Los Angeles ont
bien montré les limites du modèle "reaganien" qui a certes permis aux riches de s’enrichir davantage, mais a laissé les pauvres plus pauvres
qu’avant. Bill Clinton a un rayonnement personnel plus fort et sait comme
personne faire de la politique un jeu.
Il a de son côté des personnalités urbaines influentes comme Richard Daley, de Chicago, qui a les catholiques de la ville derrière lui. Le message
de Clinton sur la cohabitation harmonieuse de toutes les races plaît aux
catholiques, en particulier dans le Sud, où une coalition de catholiques
noirs et de petits blancs le soutient.
De même ils partagent l’idée de Clinton qu’il faut combiner les aides de
l’Etat providence avec l’engagement personnel des individus. Le jeune âge
de Bill Clinton enfin - comparé à un George Bush vieillissant - lui attire
sans conteste la sympathie de la jeune génération.
Pour gagner les élections, Bill Clinton doit également compter sur la
poursuite de la dégradation de l’économie américaine et sur la perte de
confiance croissante de la population dans la capacité de George Bush à
prendre en main les problèmes de politique intérieure. D’après les enquêtes, il semble bien que la hiérarchie de l’Eglise catholique aux Etats-Unis
- qui a fait de la lutte contre l’avortement un critère prioritaire pour le
choix du président - ne soit pas écoutée par sa base: selon un sondage Gallup, seuls 26 % des catholiques pensent que l’on ne peut pas voter pour un
candidat favorable à l’avortement, la grande majorité (70 %) ne faisant pas
du droit à la vie leur critère de vote. (apic/kna/mp)