Estavayer-le-Lac : Rencontre missionnaire du diocèse de LGF (020990)
Estavayer-le-Lac, 2septembre(APIC/Jacques Berset) Une soixantaine de personnes - missionnaires en congé ou rentrés au pays, paroissiens et personnes engagées dans l’animation missionnaire - ont répondu samedi à l’appel
du Père Noël Collaud, Délégué à la Mission et ont participé à l’Ecole secondaire d’Estavayer-le-Lac à la traditionnelle Rencontre missionnaire du
diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Les religieuses et religieux, missionnaires pour la plupart en Afrique ou à Madagascar, ont partagé avec Mgr
Mamie leurs joies et leurs peines ainsi que les difficultés rencontrées
"ici et là-bas" dans leurs efforts d’évangélisation.
Hôtes de la communauté paroissiale d’Estavayer-le-Lac et du secteur, les
participants ont pu notamment évoquer avec leur évêque le "désarroi" causé
par "l’affaire Haas" ou l’inquiétude suscitée par le manque de vocations
dans les pays développés.
Les missionnaires, à tour de rôle, ont présenté leur travail sur le terrain, auprès d’Eglises vivantes et attachantes, qui se sont prises en main
et qui voient naître d’abondantes vocations religieuses. Les pays d’Afrique, cependant, sont durement touchés par la crise économique, le chômage
et l’absence de perspectives fait des ravages dans une jeunesse nombreuse
et de plus en plus découragée. "Les problèmes économiques en Afrique, on ne
sait plus par où commencer, lance le Père Henri Menoud, Père Blanc qui rentre de Tanzanie, et bien des problèmes ont leur origine ailleurs, en Occident, qui s’intéresse davantage actuellement à l’Europe de l’Est, où il y a
de meilleures chances pour investir..."
"Le Saint-Esprit n’est pas raciste"
Répondant aux soucis des participants au sujet du manque de vocations
religieuses ici, dans les pays riches, Mgr Pierre Mamie a développé une réflexion non pas sociologique, mais théologique et évangélique. A son avis,
le problème n’est pas si inquiétant que cela : il y a de nombreuses vocations en Afrique, en Corée, aux Philippines, en Amérique latine... "Dieu
n’est pas raciste, le Saint-Esprit non plus", a-t-il lancé en forme de boutade, en demandant aux soeurs africaines présentes de prier pour les vocations chez nous. "C’est vrai, a-t-il reconnu, que certains jeunes de chez
nous sont sourds aux appels de Dieu, parce qu’ils sont envahis par les
bruits du monde... D’une certaine façon, vivre dans la pauvreté - je n’ai
pas dit la misère et la faim - est une grâce". En effet, vivre dans la surabondance donne aux jeunes d’ici à penser qu’ils peuvent se passer de
Dieu, a-t-il relevé.
Cette constatation, les missionnaires l’ont également faite dans les
ateliers qui traitaient des obstacles rencontrés dans l’effort d’évangélisation. Pour soeur Hewdige Moix, religieuse de Notre-Dame d’Afrique quarante années durant missionnaire en pays d’islam (Tunisie), le confort et le
matérialisme d’ici rendent les jeunes en particulier imperméables à la religion : "Ils ont déjà leur paradis dans ce monde!". D’autres ont souligné
la léthargie dans laquelle baignent nos paroisses, plus préoccupées
d’esprit "gestionnaire" que d’engagement solidaire et prophétique. S’il y a
dans nos communautés de nombreux signes d’espoir, notamment grâce à l’engagement des laïcs, la situation actuelle est cependant marquée par un certain désarroi, notamment suite à "l’affaire Haas".
L’"affaire Haas" fait souffrir beaucoup de monde
A ce propos, Mgr Mamie a relevé que si cette polémique fait souffrir
beaucoup de monde, c’est paradoxalement également pour lui "une source très
secrète de grande joie", car si le démon s’intéresse tellement à l’Eglise
qui est en Suisse, et aux évêques en particulier, c’est un signe "qu’au
fond, on ne doit pas si mal travailler, puisqu’il faut qu’il mette du sien
pour que cela aille mal!. En effet, si les choses allaient mal, il nous
laisserait tout seuls!".
De l’avis de Mgr Mamie, un des éléments qui a joué contre Mgr Haas,
c’est sa provenance liechtensteinoise (il vient d’une Principauté, et cela
crée des difficultés culturelles); d’autre part, s’il est un bon juriste,
"il n’est jamais sorti de l’évêché et n’a jamais été curé de paroisse".
Quant à son allergie supposée au monde féminin, Mgr Mamie pense que ce
reproche est infondé. Sur le terrain délicat de l’oecuménisme en Suisse, il
lui semble que le nouvel évêque de Coire n’a pas encore assez d’expérience
sur ce qu’on peut faire, doit faire ou ne pas faire. "J’ai toujours dit :
donnez-lui cinq ans!". (apic/be)