Barcelone, 26mai(APIC) La destitution des professurs de théologie dogmatique de la Faculté de Grenade, José Maria Castillo et Juan Antonio Estrada
- jésuites connus pour leur tendance progressiste - ainsi que celle du directeur de la revue "Mision Abierta", Benjamin Forcano, clarétin, rendue
publique il y a quelques semaines, a provoqué en Espagne de nombreuses protestations de collectifs de chrétiens de la base. Du côté hiérarchique, les
évêques qui composent la Commission épiscopale pour la doctrine de la foi
se réuniront avec les supérieurs des ordres religieux le mardi 31 mai et le
mercredi 1er juin afin de "fortifier de manière effective la communion
ecclésiale".
La rencontre anticipera la publication d’un document sur la foi en
Espagne et traitera de la destitution de ces trois théologiens progressistes. En novembre 1986, la Commission épiscopale avait publié un document
dans lequel elle considérait les cahiers de la "Théologie Populaire" - dont
l’un des inspirateurs est le Père José Maria Castillo - comme des oeuvres
donnant "une vision très critique et destructrice des manifestations, pratiques, coutumes et personnes qui ont trait à la religion". Le Père Castillo, dont l’oeuvre "Alternativa Cristiana" (Alternative chrétienne) en est à
sa neuvième réédition, ne pourra pas poursuivre son activité comme chef de
doctorat, les cours ordinaires lui ayant déjà été supprimés il y a quelques
années. Deux destinations lui sont offertes : Rome ou le Paraguay. Quant à
la destitution du Père Estrada, elle a surpris de nombreuses personnes, car
ses oeuvres traitent de l’ecclésiologie, une branche qui causent habituellement moins de conflits avec la hiérarchie.
D’autre part, de nombreux collectifs de chrétiens de toute l’Espagne ont
envoyé des lettres de protestation à Madrid et au Vatican. Parmi ces dernières, on remarque celles de l’"ex-défenseur du peuple", Joaquin Ruiz-Gimenez, du philosophe José Luis Aranguren, et du président du tribunal militaire suprême, José Jimenez Villarego. L’Eglise de la base de Madrid, les
Comités Oscar Romero, la présidente des communautés populaires de toute
l’Esapagne ainsi que les "Chrétiens pour le Socialisme" ont contresigné un
document de protestation.
Ce dernier critique la hiérarchie ecclésiastique qui, selon eux, "s’approprie le monopole de la vérité et l’unique interprétation doctrinale de
la foi, en complet désaccord avec les orientations de Vatican II". En termes très durs, les collectifs signataires exigent que l’Eglise signe la
Déclaration universelle des Droits de l’Homme et respecte les principes du
pluralisme en lieu et place de condamner et de "déporter" ces théologiens.
Les mouvements de l’Action catholique, parmi lesquels la HOAC et la JOC,
en termes plus modérés, se sont solidarisés à travers un communiqué pour
les théologiens sanctionnés. Ils ont affirmé que ces mesures ont créé au
sein des militants des mouvements apostoliques un "malaise et une désorientation", parce qu’elles mettent à jour la "différence entre les déclarations publiques du magistère dans le domaine des Droits de l’Homme, de la
dignité des personnes, de l’option pour les pauvres, et la conduite concrète suivie en de nombreuses occasions au sein de l’Eglise".
Le livre de Benjamin Forcano "Nueva etica sexual" publié en 1981 aux
Editions catholiques "Ediciones Paulinas" a constitué la pierre d’achoppement qui a provoqué la destitution du Père Forcano comme rédacteur de la
revue "Mision Aberta". Celle-ci, dirigée par les clarétins, est connue pour
ses positions conciliaires de dialogue avec la culture actuelle et pour sa
proximité avec la théologie de la libération. La destitution du Père Forcano aurait été demandée par le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de
la Foi, le cardinal Joseph Ratzinger. Selon l’agence catholique de Vienne
"Kathpress", cette destitution a provoqué des réactions dans l’épiscopat
espagnol, cinq évêques en effet ont écrit à Rome pour protester contre cette destitution. (apic/cr/kpr/bd)