Espagne: Le VIIIème Prix pour la paix des Nations Unies (140188)
Barcelone, 14janvier(APIC) Le cardinal Raul Silvia Henriquez, archevêque
émérite de Santiago du Chili, recevra vendredi 15 janvier, à Mataro, dans
les environs de Barcelone, le VIIIème Prix pour la Paix de l’Association
des Nations-Unies en Espagne. Cet organisme désire honorer l’engagement de
Mgr Silva, ardent défenseur des Droits de l’Homme dans son pays. Ce dernier
fonda en 1976 "Le Vicariat de la Solidarité" afin de donner une protection
aux persécutés de la junte militaire du général Pinochet. Olof Palme et
Nelson Mandela reçurent également cette distinction.
Appelé "le Tarancon chilien", du nom du fameux cardinal valencien qui
travailla en Espagne à la transition pacifique vers la démocratie, le cardinal Raul Silva Henriquez de son propre aveu aspire à cette même tâche.
Actuellement, âgé de 80 ans, il est dans son pays, une personnalité très
populaire, à tel point qu’on a parlé de lui comme candidat possible au
plébiscite présidentiel de 1989. Interrogé à son arrivée à Barcelone par le
quotidien de "La Vanguardia", le cardinal s’est exprimé sur la division actuelle des partis politiques chiliens, sur sa candidature présidentielle
ainsi que sur ses rapports avec le général Pinochet.
Divisions des partis
Selon Mgr Silva, il est très difficile de savoir si le dictateur a un
appui populaire. "Je ne le crois pas, affirme-t-il. Ce qu’il a, par contre,
c’est le soutien des Forces Armées et d’une partie de la haute bourgeoisie.
Je ne sais pas jusqu’à quel point le 30% de l’électorat, comme on dit, voterait pour Pinochet". Concernant la division des partis, l’archevêque
émérite de Santiago du Chili a relevé que chacun croit avoir trouvé la solution aux problèmes. "Mais il n’y a qu’une solution: le peuple doit décider dans une votation. Si cela ne se produit pas, cela continuera ainsi indéfiniment. En faisant une votation on saura qui est qui, quels sont les
partis qui ont réellement une force et qui devront nécessairement s’unir
pour former un gouvernement. Les élections sont l’unique moyen permettant
d’éclaircir le panorama politique", a encore précisé le cardinal.
Concernant le processus des élections, il a rappelé que la constitution
chilienne a établi au préalable un plébiscite, c’est-à-dire qu’on votera
d’abord en faveur ou contre le candidat unique. En cas de fraude à cette
occasion, celle-ci serait dramatique au niveau interne, car elle amènerait
la violence, aussi bien qu’au niveau international. Les Etats-Unis désirent
la démocratisation, car ils craignent que dans le cas contraire, le Chili
ne devienne après 1989 un volcan comme celui de l’Amérique centrale, blessant ses intérêts. Si le "non" est vainqueur au plébiscite, le candidat
gouvernera une année, puis des élections ouvertes à tous les partis seront
organisées.
Le primat émérite chilien d’ajouter que le parti Démocrate Chrétien est
selon lui, actuellement le parti majoritaire. Ce dernier mène une campagne
en faveur du "non" dans le plébiscite et demande à la population de
s’inscrire dans les registres électoraux afin qu’elle puisse par la suite
se présenter aux bureaux de vote et voter contre le candidat élu par la
Junte militaire. S’exprimant sur le Parti Communiste, Mgr Silva a relevé ce
paradoxe: "Ils sont plus puissants qu’auparavant. C’est quelque chose d’incroyable. Ces militaires sont venus pour mettre un terme aux communistes et
ce qu’ils ont fait c’est de les renforcer. L’unique façon de lutter contre
le communisme est la justice sociale dans la démocratie. Il n’y a aucune
autre façon. Bien que de nombreux étudiants l’appuient actuellement, nous
ignorons le poids qu’il a en réalité et l’unique forme de le vérifier sont
les élections."
Concernant le plébiscite présidentiel, le cardinal Silva s’est fait
l’écho de la croyance commune selon laquelle le général Pinochet sera candidat. "Mais la vérité est que j’ignore ce qui se passe à l’intérieur des
Forces Armées". Répondant aux rumeurs d’après lesquels certains partis chiliens désireraient le présenter comme candidat, il a rappelé qu’il ne "veut
pas être président" et a répondu que s’il pouvait être à leur demande
médiateur entre les partis en lutte (il l’avait été à la demande du président Allende et avait organisé une réunion entre ce dernier et le chef de
l’opposition démocrate chrétienne Patricio Aylwin), il l’accepterait, mais
qu’en aucun cas il ne se présenterait à la présidence. (apic/cr/bd)