Espagne : Don Joaquin Luis Ortega rejette (030788)
Barcelone, 3juillet(APIC/Cécile Canonica) Don Joaquin Luis Ortega, porteparole de la Conférence épiscopale espagnole, s’exprimant sur les récentes
relèves de directeurs des revues catholiques (Vida Nueva et Mision Abierta)
ainsi que sur la destitution des théologiens Castillo et Estrada de la Faculté de théologie de Grenade a réfuté l’opinion exprimée par la presse
d’involutionnisme de l’Eglise espagnole.
En effet, à l’occasion d’une interview accordée à la correspondante de
l’agence APIC en Espagne, Joaquin Luis Ortega, prêtre diocésain de Burgos,
docteur en histoire et journaliste professionnel, a affirmé que personnellement il parlerait d’involutionnisme si, par exemple, on interdisait dans
tous les séminaires d’enseigner un thème spécifique en théologie.
"Ici il ne s’agit pas de prohibition, mais de corrections d’erreurs très
concrètes et particulières. Et si deux théologiens sont destitués, 200
autres poursuivent leur enseignement, les autres facultés sont tranquilles,
des livres et des revues sont publiées". Et de continuer que "la Conférence
épiscopale ne sonnait pas le clairon, mais qu’il ne s’agissait que d’une
réaction obligée bien que désagréable devant une déformation déterminée de
la doctrine ou de conceptions de l’Eglise". "Cette accusation d’involutionnisme, il faut la prouver, mais il me semble que ces faits ne prouvent
rien", conclut-il.
La Conférence épiscopale n’est pas responsable des récentes destitutions
Dans un second temps, Joaquin Luis Ortega a tenu à préciser certaines
informations répandues dans l’opinion publique concernant les derniers
événements. Il a tenu à rectifier la croyance selon laquelle la Conférence
épiscopale espagnole a destitué ces ecclésiastiques. "Ce n’est absolument
pas le cas dans l’affaire de "Vida Nueva" ou le directeur a été renvoyé par
le Conseil d’administration parce qu’il ne répondait pas aux objectifs de
la revue, selon les propres aveux de l’entreprise. Dans ce cas,
l’entreprise est libre de faire une rectification".
D’après l’Abbé Ortega "il est faux d’affirmer, comme il a été fait à
travers une campagne de presse, que le changement s’est fait en un jour; en
réalité il y a eu un long processus. On a orchestré un drame quand il n’y
avait pas de quoi : des faits fondamentaux ont été omis, jamais il n’a été
écrit que ce n’est pas la Conférence épiscopale qui décide dans ce cas, ni
que la maison d’édition était opposée à la tendance que la revue prenait.
Il est évident que le conseil d’administration a consulté la Conférence,
mais il a également reçu d’autres avis".
Le cas de la revue "Mision Abierta" est similaire a celui de "Vida Nueva". Selon Joaquin Luis Ortega, c’est une brochure n’appartenant pas à la
Conférence épiscopale, mais à l’ordre des clarétins. "La décision leur appartient, mais il est certain que certains évêques ne partageaient pas certains courants et désapprouvaient certaines lignes de cette revue proches
de la théologie de la libération; d’autre part, ces attitudes étaient également partagées au sein de l’ordre des clarétins". Selon le porte-parole
de la Conférence épiscopale espagnole "il est évident que "Mision Abierta"
représente aussi une conception de l’Eglise qui à l’intérieur de la théologie de la libération est proche dans certains aspects de celle qui se pratique au Nicaragua".
Dans cette affaire, la Conférence épiscopale, l’ordre des clarétins et
Rome ont exercé leur responsabilité, il ne s’agit pas de chercher un coupable. En définitive, il s’agit d’une répartition des responsabilités
respectives. Enfin, la destitution du directeur de cette revue, le Père
Benjamin Forcano, "ne pénalise en aucun cas la théologie de la libération"
et l’Abbé Ortega de préciser que "la théologie de la libération en général,
après les deux documents publiés par Rome, ne lui semble pas être l’objet
de persécutions ou de disqualifications".
Les principes des Droits de l’Homme
ne peuvent s’appliquer à la vie religieuse
A l’instar des deux directeurs de revues catholiques, "la Conférence
épiscopale n’a pas destitué les Pères Castillo et Estrada de leurs postes
de professeurs en théologie à la Faculté de Grenade. En effet, la décision
revenait à leur ordre. Par contre, la Conférence épiscopale a procédé à une
réflexion, car il est de son devoir de veiller au respect de la doctrine,
et a transmis un document aux supérieurs de l’ordre. Le dossier a été
spécialement réalisé pas les évêques du Sud de l’Espagne".
Les reproches qui ont été adressés aux deux professeurs jésuites pas ces
évêques sont d’ordre ecclésiologique et christologique. Quelques’uns des
thèmes liés à la polémique traiteraient de la conception même de l’Eglise :
"L’Eglise est-elle un regroupement démocratique, est-elle une Eglise des
apôtres ou des disciples ?, par exemple".
En outre, l’Abbé Ortega précise "n’avoir jamais lu, chose importante et
révélatrice d’une campagne de presse déshonnête, que les jésuites responsables de la Faculté de Théologie de Grenade en avaient retiré il y a déjà
cinq ans tous leurs séminaristes, signe d’un malaise existant".
Répondant implicitement au manifeste des groupes de base contestant la
destitution des deux jésuites, paru le 22 juin à Madrid, le porte-parole de
la Conférence épiscopale espagnole rappelle que la destitution du Père Castillo n’a pas été, comme l’a affirmé la campagne de presse, sans dialogue.
Bien au contraire les évêque du Sud ont dialogué des années avec cet ecclésiastique.
Au sujet de la violation des Droits de l’Homme par l’Eglise elle-même
dans cette affaire, comme l’a avancée les groupes de base progressistes,
l’Abbé Ortega a insisté sur le fait que les pétitionnaires "oublient
délibérément certains faits, comme, par exemple, que les prêtres et religieux ont librement et spontanément pris des engagements qui limitent les
Droits de l’Homme, par conviction. En effet, l’obéissance n’est qu’une autolimitation qu’une personne s’impose. Il en est de même pour la chasteté
et la pauvreté".
En outre, ces ecclésiastiques n’avaient pas été nommées par concours,
critère démocratique, mais à la suite d’un ordre de leurs supérieurs. "En
définitive, rappelle l’Abbé Ortega, le cliché des Droits de l’Homme ne peut
s’appliquer totalement dans l’Eglise, ce serait sinon, ignorer ou détruire
la vie religieuse". Le porte-parole de conclure que "parmi les nombreuses
idées qui circulent dans les groupes progressistes certaines n’ont que peu
de fondement".
La question Lefebvre n’est pas une réalité préoccupante en Espagne
Au sujet des craintes éventuelles de la Conférence épiscopale espagnole
sur les mouvements progressites pouvant se transformer en Eglise parallèle
et si la Fraternité de Mgr Lefebvre n’était pas la véritable Eglise parallèle, l’Abbé Ortega a rappelé que la Conférence se doit d’être attentive à
tout ce qui signifie Eglise parallèle qu’elle vienne "de droite ou de gauche, d’en haut ou d’en bas. De plus, elle doit prendre garde à ne pas fomenter ni patronner aucune Eglise parallèle".
"En Espagne, le cas Lefebvre n’a que peu de résonance. Ce n’est pas une
réalité préoccupante à l’heure actuelle, bien qu’il ait son importance. On
ne peut le comparer avec le mouvement progressiste, soit de gauche soit de
communautés qui regroupent plus de personnes et qui possèdent des organes
d’expression publiant des manifestes".
Il est certain, continue l’Abbé Ortega, que le Vatican a démontré plus
de patience avec Mgr Lefebvre qu’avec la théologie de la libération. "Mais
la théologie de la libération est un mouvement plus diffus - Gustavo Gutieriez est un auteur de livres, mais il y en a beaucoup d’autres - c’est
pourquoi, le dialogue est plus difficile. De plus le propre de cette théologie est de ne pas avoir un seul responsable, mais de reposer sur les communautés". "Par contre, la menace de Mgr Lefebvre est celle d’une Eglise
schismatique, mais elle n’offre pas une interprétation religieuse ou politico-philosopho-religieuse comme la théologie de la libération. Mgr Lefebvre représente un danger de rupture qu’il faut faire tout son possible
pour éviter", a encore insisté le porte-parole des évêques espagnols.
(ndlr: cette interview a évidemment eu lieu avant le schisme). (apic/cr/bd)