"Informer est dangereux"
Madrid, 8décembre(APIC/CIP) "Informer est dangereux", car "une certaine
Eglise préfère la dissimulation à la vérité, la propagande à l’information", commentait, amer, il y a un an, le P. Miguel Lamet, jésuite, après
son licenciement comme directeur de Vida Nueva, le principal hebdomadaire
catholique d’Espagne. Son avis est partagé aujourd’hui par deux clarétins
qui viennent à leur tour d’être éloignés de la direction de "Mision Abierta" (Mission ouverte), la revue de leur congrégation.
Cette nouvelle mesure intervient moins d’un an après le renvoi d’un de
leurs confrères, le P. Benjamin Forcano. En effet, les P. Secundino Movilla
et Rufino Velasco, priés à leur tour de rendre leur tablier et qui seront
remplacés par un "comité de gestion", s’en expliquent dans une note, dont
Vida Nueva publie le texte intégral dans son dernier numéro (26/11/88).
Durant 13 années, expliquent-ils, "Mision Abierta" a pu contribuer sans
trop de difficultés à une "évangélisation d’avant-garde". C’est à partir de
1987 que "se sont mises à pleuvoir une série de mesures". En avril 1987,
les Congrégations romaines pour la Doctrine de la foi et pour les Religieux
ont fait parvenir au supérieur général des clarétins, en se référant à la
visite ad limina des évêques espagnols, "quelques interpellations". En
cause, une vision négative de l’Eglise, un parti pris contre
l’"institution", "le ton des critiques adressées à la hiérarchie, contraire
à l’esprit et aux exigences de la communion ecclésiale".
La Congrégation pour la Doctrine de la foi intervenait une nouvelle fois
fin novembre 1987 auprès du supérieur général des clarétins pour lui communiquer deux mesures importantes : le P. Forcano, dont l’ouvrage "Nouvelle
éthique sexuelle" avait fait l’objet d’un examen de la part du dicastère
romain, devait être éloigné de la revue; en second lieu, il importait de
donner à "Mision Abierta" une nouvelle orientation doctrinale (requérant le
remplacement de son directeur, était-il précisé), et de faire en sorte que
chaque numéro soit désormais revu par les supérieurs de l’ordre clarétin
avant d’être publié. C’est à ce moment que le P. Forcano et son équipe ont,
la mort dans l’âme, choisi de quitter la revue pour en assurer la survie.
Quant à ce que les deux directeurs aujourd’hui licenciés appellent une
"censure préalable", elle a été imposée à partir du premier numéro de 1988.
Face aux "graves réserves à une bonne partie des contributions" qui devaient être publiées dans le numéro de juin dernier, la direction a adressé
une lettre au supérieur des clarétins d’Aragon, disant son désir de
suspendre la publication en attendant de connaître l’avis du gouvernement
général de l’ordre. Début novembre, le comité de rédaction de la revue
était convoqué et les PP. Movilla et Velasco y apprenaient "avec stupéfaction" que la direction était placée désormais sous la responsabilité d’un
conseil de gestion.
Un profond malaise
Ces licenciements à Vida Nueva et à Mision Abierta, auxquels s’ajoutent
le renvoi, en juin dernier, de deux théologiens jésuites enseignant à la
Faculté de Grenade et des nominations épiscopales contestées, ont créé un
profond malaise au sein de l’Eglise d’Espagne. Les protestations n’émanent
pas seulement des communautés de base, de "l’Eglise populaire" ou de groupes critiques. Certains évêques, s’ils restent discrets, cachent mal leur
embarras. Mais l’ancien archevêque de Madrid, le cardinal Enrique y Tarancon, âgé aujourd’hui de 81 ans, a par contre manifesté publiquement son inquiétude.
Interrogé à propos du licenciement récent des deux directeurs de Mision
Abierta, leur supérieur provincial est visiblement embarrassé : "Nous vivons un moment très pénible, a-t-il déclaré à Vida Nueva. Je préfère ne pas
faire de commentaires et opter pour le silence, afin d’éviter de fausses
interprétations et de ne pas blesser des susceptibilités". (apic/bo/be)