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    Espagne : destitution du directeur de (221187)

    l’hebdomadaire catholique "Vida Nueva"

    Une reprise en main ?

    Madrid, 22novembre(APIC) Le Père jésuite Pedro Miguel Lamet, directeur de

    "Vida Nueva", le plus grand hebdomadaire religieux espagnol, a été destitué

    par le président de la société éditrice, Mgr Antonio Montero Moreno, évêque

    de Badajoz. Cette décision, prise mercredi, n’a été rendue publique que

    vendredi 20 novembre. Ce renvoi serait le résultat de nombreuses critiques

    et pressions de secteurs religieux conservateurs.

    Il y a un mois, Mgr Antonio Montero Moreno avait déjà demandé en vain au

    provincial des jésuites en Espagne le remplacement de l’actuel directeur.

    Cette mesure aurait été finalement prise à l’initiative du nonce apostolique en Espagne, Mgr Mario Tagliaferri, pressé par des cercles ultra-conservateurs. La revue en question, sous titrée "Hebdomadaire d’Information

    Générale et Religieuse", diffusée à 20’000 exemplaires, situe le nombre de

    ses lecteurs à plus de 100’000.

    Cette nouvelle a surpris et causé un certain malaise parmi les évêques

    réunis en assemblée plénière durant toute la semaine dernière. Selon

    l’édition du 21 novembre du quotidien madrilène "El Païs", des sources

    proches de la hiérarchie catholique auraient assuré que le nonce "s’était

    trompé d’objectif et avait blessé l’Eglise". Manuel Cruz, qui serait proche

    de l’Opus Dei et Vicente Alejandro Guillamon pourraient occuper

    respectivement la charge de directeur et de sous-directeur adjoint de la

    revue.

    Une revue qui aidait à déchiffrer les signes des temps

    L’ex-directeur de "Vida Nueva", Pedro Miguel Lamet, a présenté vendredi

    dans "El Païs" la ligne qu’il avait maintenue dix ans durant. Le Père

    jésuite a rappelé que Jésus-Christ avait enseigné à ses disciples à

    déchiffrer les signes des temps. Cette revue, qui compte trente ans

    d’existence, a toujours été comme un souffle d’air frais dans l’Eglise. A

    l’occasion du Concile Vatican II, elle s’était engagée de façon à créer une

    opinion publique à l’intérieur de l’Eglise tout en respectant la règle du

    jeu de l’information.

    C’est ainsi, souligne son ex-directeur, que la revue avait réussi à

    dépasser les vieux schémas de la revue dévote ou panégyrique pour arriver

    sur le terrain du journalisme, en accord avec l’idée fondamentale de "Gaudium et Spes", celle du dialogue entre l’Eglise et le monde. Mais, ajoute

    Pedro Miguel Lamet, "informer est dangereux pour les institutions". Mais le

    religieux d’ajouter qu’il ne pouvait en aucune manière renoncer aux impératifs éthiques de l’information.

    C’est ainsi que "Vida Nueva", tout en restant fidèle au pape, a publié

    des articles sur des sujets polémiques tels que l’Opus Dei, la remise à

    l’ordre des jésuites, la réforme des carmels, le "boum" du mouvement "Communion et Libération", la théologie de la libération ou les contestations

    provoquées par le dernier voyage du pape en Espagne, ainsi que sur le conflit Eglise-Etat. A ce sujet, le dernier en date - du 31 octobre dernier s’intitule : "Intérêt du Vatican à ce que les accords Eglise-Etat englobent

    les prélatures personnelles".

    La parution de tels articles " a supposé un véritable tour de force",

    révèle l’ex-directeur de "Vida Nueva" qui ajoute que ces derniers ont toujour été lus à la loupe dans les bureaux de la Curie. Un certain contrôle

    était déjà exercé sur la revue par la signature de deux prélats, Mgr Iniesta et le cardinal Tarancon. S’interrogeant sur l’avenir de la revue, "qui

    se trouvait déjà au minimum vital de la liberté et du respect de la

    vérité", le Père Lamet craint que la revue ne retombe dans le récit de

    voyages apologétiques ou la dévotion. Ajoutant qu’il donne ce témoignage en

    tant que prêtre et jésuite, il conclut que "Vida Nueva" est "le thermomètre

    de la capacité interne de l’Eglise de se regarder de l’intérieur : domestiquer "Vida Nueva", c’est autant dire que l’esprit de Vatican II a touché à

    sa fin!" (apic/cr/be)

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