Espagne : 9e Symposium International de Théologie (070488)
Pampelune, 7 avril 1988 (APIC/CIP) Le mercredi 6 avril s’est ouvert à Pampelune, en Espagne, le 9e Symposium International de Théologie, organisé
par la Faculté de Théologie de l’Université de Navarre. Outre des évêques,
quelque deux cents théologiens de presque tous les pays d’Europe ainsi
qu’une importante délégation du continent américain participent à ce symposium qui a pour thème : "Eglise universelle et Eglises particulières". Les
travaux prendront fin ce vendredi et c’est le cardinal Godfried Danneels,
archevêque de Malines-Bruxelles, qui prononcera l’allocution de clôture.
Dans son discours inaugural, le professeur José Luis Illanes, doyen de
la Faculté de Théologie de l’Université de Navarre, a souligné l’importance
du thème de cette année "tant pour la compréhension de la réalité ecclésiale que pour ses répercussions pratiques".
Et l’archevêque de Pampelune, Mgr José Maria Cirarda, d’enchainer en
comparant les rapports entre l’Eglise universelle et les Eglises particulières à la présence du Christ dans le pain eucharistique: "Jésus-Christ
est tout entier dans le pain et tout entier dans chacun de ses morceaux".
Le Concile Vatican II ne l’entendait pas autrement, précise Mgr Cirarda :
"L’Eglise une, sainte, catholique et apostolique, c’est l’Eglise universelle, mais elle est vraiment présente et agissante en chacune des Eglises
particulières."
Le recteur de l’Université de Navarre, le professeur Alfonso Nieto,
devait proposer quant à lui une autre comparaison : "Le spectacle aujourd’hui habituel - de l’évêque de Rome accompagné par l’évêque de
l’Eglise locale à laquelle il rend visite est une leçon vivante de ce que
signifie la relation mutuelle de l’Eglise universelle et des Eglises
particulières, avec la sollicitude du pape pour toutes les Eglises."
Le professeur Nieto a souhaité aux participants la bienvenue, non seulement en son nom propre mais au nom "du grand chancellier de l’Université de
Navarre, Mgr Alvaro del Portillo y Diez de Sollano qui, dès le premier instant, a soutenu avec joie et intensément cette initiative, pour qu’elle
reflète l’esprit de pleine communion avec la hiérarchie ecclésiale et de
fidelité absolue à la tradition et au magistère de l’Eglise".
L ’Eglise et le ministère
C’est le professeur Ricardo Blazquez, vice-recteur de l’Université Pontificale de Salamanque, qui a fait le premier exposé du colloque , en s’attachant à préciser "la structure fondamentale de l’Eglise".
"Dans l’Eglise, qui est faite de la collaboration de l’ensemble des
chrétiens, a-t-il dit, tous les membres ont besoin les uns des autres. Dans
l’Eglise, en effet, règnent une fraternité fondamentale et une égalité
chrétienne. Ceci va de pair avec le principe du ministère sacerdotal, lequel signifie que, au milieu de la communauté chrétienne, certains ont reçu, en vertu de l’ordination sacerdotale, une autorité pour présider du dedans à la communion."
Le professeur Blazquez a tenu à souligner trois aspects fondamentaux de
ce ministère: la fraternité entre le ministre et la communauté, la fonction
ministérielle, qui ne dérive pas de la communauté mais bien de l’ordination
sacramentelle et, enfin, le fait que le ministre a été investi d’une autorité pour servir. "Autorité et service ne peuvent jamais s’opposer, a insisté le théologien de Salamanque. Parfois, dans notre culture, on porte un
soupçon sur le pouvoir, considéré comme quelque chose de corrompu et de
maléfique, ce qui finit par contaminer la compréhension qu’on a de l’autorité ecclésiale. L’autorité de l’Eglise, sans rompre la fraternité, ne peut
oublier sa propre responsabilité apostolique."
Deux dimensions de l’Eglise unique
La dernière conférence de la journée inaugurale a été prononcée par
l’évêque du diocèse suisse de Lugano, Mgr Eugenio Corecco, qui est aussi
président de l’Association internationale pour la Promotion de l’Etude du
Droit canonique.
Traitant le binôme "Eglise universelle et Eglises particulières" dans la
perspective de la doctrine du Concile Vatican II, Mgr Corecco a déclaré :
"L’enseignement du Concile sur l’Eglise permet d’affirmer qu’il n’existe
pas une priorité théologique de l’Eglise universelle sur l’Eglise particulière, pas plus qu’une priorité de l’Eglise particulière sur l’Eglise universelle. Démontrer le contraire est théologiquement impossible. JésusChrist n’a fondé ni l’Eglise universelle, ni l’Eglise particulière, mais
une Eglise unique, avec une double dimension: universelle et particulière."
Pour l’évêque suisse, "oublier cette réalité et concevoir la relation
entre ces deux dimensions de l’Eglise comme si c’étaient deux réalités
matériellement différentes et tendant à être perpétuellement en conflit, ce
serait en arriver à l’erreur notamment de vouloir appliquer à la constitution de l’Eglise les catégories juridiques d’autonomie et de subsidiarité".
"En fait, explique Mgr Corecco, il s’agit de catégories politico-juridiques, qui proviennent du système de l’Etat moderne et qui ne peuvent être
utilisées pour définir le statut constitutionnel de l’Eglise particulière
au sein de l’Eglise du Christ, puisque l’Eglise particulière n’est rien de
plus qu’une dimension formelle de l’Eglise du Christ".
Et Mgr Corecco de conclure : "Ce n’est pas le principe philosophique de
la subsidiarité, mais le principe ecclésiologique de la communion, c’est-àdire de l’immanence réciproque des dimensions universelle et particulière
de l’Eglise, qui est le critère pour déterminer correctement quelles doivent être les relations entre les deux dimensions de l’unique Eglise du
Christ." (apic/cip/bd)