Le regard à la fois réaliste et optimiste de la présidente Mary Tanner
Genève, 1erjuin(APIC) La Conférence mondiale de "Foi et Constitution" du
Conseil oecuménique des Eglises (COE) se tiendra en août prochain à SaintJacques-de-Compostelle en Espagne. Cinquième du genre, 30 ans après sa dernière édition, cette Conférence mondiale aura pour thème: "Vers la ’koinonia’ dans la foi, la vie et le témoignage". 350 participants sont attendus.
Cette Conférence mondiale suscite un intérêt d’autant plus vif que la
précédente remonte à 1963. Elle est organisée par la Commission de Foi et
Constitution dont les 120 membres représentent les grandes traditions chrétiennes y compris l’Eglise catholique romaine (qui ne fait pas partie du
COE lui-même).
Historiquement, les questions de doctrine et de discipline ecclésiale
qui divisent ont toujours été au centre des travaux de Foi et Constitution.
Ce mouvement qui est né d’une Conférence mondiale tenue à Lausanne en 1927,
a décidé en 1937 de se joindre à un autre mouvement pionnier de l’unité des
chrétiens, le Christianisme pratique, pour former ce qui deviendra le COE.
Orateurs invités
Durant les premiers jours de la Conférence de Saint-Jacques-de-Compostelle, les participants entendront des exposés et les commentaires de plusieurs orateurs invités, notamment de l’archevêque anglican sud-africain
Desmond Tutu, du métropolite Jean de Pergame (Turquie), de Wolfhart Pannenberg et d’Elizabeth Templeton, tous d’eux du Royaume-Uni et du métropolite
Georges Khodr (Liban). Au cours des séances plénières, plusieurs responsables oecuméniques et parmi eux, le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du COE et le cardinal Edward Cassidy, président du Conseil pontifical
pour l’unité des chrétiens, s’interrogeront sur l’avenir du mouvement oecuménique.
L’Anglaise Mary Tanner, présidente de la Commission Foi et Constitution,
met beaucoup d’espoir dans cette 5e Conférence mondiale. Elle souhaite y
trouver une forme d’écoute qui "balaie les vieux clichés de cette ancienne
déchirure du mouvement oecuménique. En même temps Foi et Constitution doit
continuer à bâtir patiemment sur les enseignements et les réalisations du
passé tout en étant très au clair sur sa priorité: oeuvrer pour parvenir à
cette unité nécessaire et suffisante dans la foi qui nous permettra de nous
rassembler et de demeurer ensemble".
"Positions durcies, déceptions amères"
Mais la présidente se veut aussi réaliste. "Nous devons cependant être
honnêtes. A Saint-Jacques-de-Compostelle, nous entendrons aussi parler de
positions qui se sont durcies, de déceptions amères, de nouveaux obstacles,
de questions en apparence insolubles". Et d’énumérer certains problèmes
douloureux évoqués dans les différents continents lors des colloques régionaux préparatoires à la rencontre de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Il a été question notamment d’évangélisation concurrente et de prosélytisme. Les Européens ont signalé la situation difficile qui règne en Ukraine entre les orthodoxes et les catholiques. Les Africains ont mentionné
l’afflux vers leur continent de groupes fondamentalistes originaires des
Etats-Unis. Les Eglises anciennes du Moyen-Orient ont ouvert leur colloque
en exprimant leur grave inquiétude face à la décision de certaines provinces anglicanes d’ordonner des femmes prêtres. Cette mesure, chargée de promesses pour certains, est perçue par d’autres non seulement comme le désaveu des acquis oecuméniques , mais aussi comme un nouvel obstacle de taille
au même oecuménisme.
Les dangers d’une théologie abstraite
Les Latino-américains ont parlé de l’écart qui existe entre la théologie
abstraite exposée par Foi et Constitution dans son document de travail et
la réalité de l’unité vécue dans les communautés ecclésiales de base. Pour
combler cet écart, disent certains, il faut "déconstruire" le discours
théologique et "le reconstruire" à partir de la communion vécue dans l’engagement au service des pauvres. En Amérique du Nord et en Amérique latine
aussi, les participants aux colloques régionaux ont également dit leur déception de voir que le mouvement oecuménique classique ne parvient pas à
franchir le fossé qui le sépare des Eglises pentecôtistes et indépendantes.
Beaucoup ont parlé aussi de la distance qu’il y a entre la prudence des
responsables d’Eglises et l’impatience des chrétiens de la base qui travaillent pour l’unité.
Espérance malgré tout
Mary Tanner, malgré ces réelles difficulté invite Foi et Constitution à
ne pas perdre courage: "Nous devons découvrir la juste manière d’interpeller les Eglises afin qu’elles reçoivent leurs prises de position oecuméniques. A la lumière des entretiens et des travaux théologiques qui ont lieu
à l’échelon local, les Eglises doivent se demander avec une nouvelle urgence ce qui est aujourd’hui possible, et elles doivent être tenues responsables les unes devant les autres de la mise en pratique de ce qui est possible à tous les niveaux. Nous ne devons pas permettre à de nouvelles difficultés de nous séparer, si douloureux cela soit-il. Mais nous devons nous
inciter mutuellement à aller hardiment de l’avant". (apic/soepi/ba)