Les pauvres d’Amérique latine perdent un avocat passionné
Quito, 2septembre(APIC) Mgr Leonidas Proano, l’"évêque des indiens", est
décédé le 31 août en Equateur, ou durant plus de 30 ans il assuma sa charge
à la tête du diocèse de Riobamba. Avec lui, les indiens de l’Equateur et de
toute l’Amérique du Sud perdent l’un de leurs meilleurs défenseurs. Le
titre d’"évêque des indiens" lui avait été donné en 1985 à la suite d’une
proposition faite par Jean-Paul II lors de sa visite pastorale, en raison
de son engagement pour les populations indigènes. Mgr Proano était également connu pour son action en faveur des pauvres. Il est mort à l’âge de 78
ans des suites d’un cancer.
Mgr Leonidas Proano Villalba est né en 1910 à San Antonio de Ibarra
(Equateur). Issu d’une famille d’artisans pauvres - ses parents fabriquaient des chapeaux de paille -, le jeune candidat au sacerdoce avait un rêve:
devenir prêtre des indiens. Un rêve qui commencera à devenir réalité en
1936 lorsqu’il fut ordonné prêtre. Et plus encore depuis sa nomination à la
tête du diocèse de Riobamba, en 1954, une fonction qu’il assumerera jusqu’en 1985. Mgr Proano était encore président de la Commission de la pastorale indienne de la Conférence épiscopale équatorienne.
Son action pastorale n’a pas été exempte de confrontations avec le pouvoir, telle celle du 12 août 1976 ou 17 évêques, dont lui, des prêtres, des
religieuses et des laïcs furent arrêtés sur ordre d’une junte militaire.
C’est dire que durant son épiscopat, Mgr Proano a dû faire face à de violentes et constantes offensives des milieux conservateurs de la région et
du pays. Plus d’une fois il fut dénoncé comme communiste et qualifié de
"rouge" par les grands propriétaires terriens. Ses adversaires, non seulement groupés autour de l’oligarchie locale mais aussi au niveau des secteurs conservateurs de l’Eglise, avaient notamment tenté d’affaiblir sa position à l’intérieur de l’Eglise au point de provoquer une enquête officielle de la part du Vatican. Mais les reproches formulés à l’encontre de
l’"évêque des indiens" se révèlèrent finalement sans fondement.
En dépit de ces attaques répétées, l’"évêque au poncho" a inlassablement
travaillé à l’amélioration du sort des indiens, qui sont les plus oubliés
en Amérique du Sud. Pendant plus de 30 ans, il a mené son diocèse en
gagnant le coeur des indiens et des paysans grâce à une pastorale pionnière, respectueuse de la tradition des fidèles. Par son action, une Eglise
authentiquement indienne est née. A ce titre, Mgr Proano avait reçu le prix
commémoratif Oscar Romero pour son "engagement pour la vérité et la liberté". Plusieurs personnalités et organisations ont été jusqu’à proposer
sa canditature au Prix Nobel de la paix.
Avec la disparition de Mgr Proano, ce ne sont pas seulement les indiens
de l’Equateur qui perdent un grand avocat, mais c’est aussi les pauvres de
l’Amérique latine. Il avait notamment créé un groupe de missionnaires pour
leur évangélisation; ouvert une radio éducative pour lutter contre l’analphabétisme et aidé à la mise en place d’une coopérative indienne en donnant
des terres du diocèse pour la réforme agraire. (apic/pr)