"Nous allons boycotter" les élections du 17 mai prochain
L’Eglise catholique appuie les revendications indiennes
Quito, 13mai(APIC) Les Indiens de l’Equateur n’attendent rien des élections présidentielles du 17 mai prochain qui se dérouleront dans ce pays.
Des élections qu’ils entendent boycotter afin d’appuyer leurs revendications: droit à la terre et nouvelle Constitution. "Le seul avantage de ces
élections est qu’elles feront peser une pression extérieure sur le gouvernement, qui devra tenir compte des exigences des Indiens et ne pourra faire
usage de la répression. Mais ce n’est pas Quito qui comblera nos attentes",
déclare Luis Maldonado, cofondateur de la Confédération des Nationalités
indigènes en Equateur (CONAIE).
Le 23 avril dernier, 3’000 personnes participant à Quito, capitale de
l’Equateur, à une "marche pour la vie et pour la terre", avaient fixé au 7
mai l’ultimatum adressé au président Rodriguez Borja pour récupérer cette
année encore les terres prises à leurs ancêtres dans la province de Pastaza. Le 7 mai, Luis Maldonado était à Bruxelles pour parler des enjeux de la
"résistance indienne", 500 ans après Christophe Colomb.
"Cette fois, nous ne quitterons pas Quito tant que le gouvernement n’aura pas satisfait à nos principales exigences. Si tel n’est pas le cas, nous
lancerons un appel à une mobilisation nationale, et ce sera la seconde révolte indienne". En Equateur, où 45% des citoyens sont encore de "purs" Indiens, la "première révolte indienne" eu lieu durant l’été 1990 et poussa
le gouvernement à des réformes politiques, sociales et culturelles.
En un mois, la "marche des Indiens" d’Equateur a rassemblé des milliers
d’hommes, de femmes et d’enfants, d’abord vers la ville de Puyo, puis vers
la capitale, à 500 kilomètres de là. "C’est notre réponse d’Indiens à la
lenteur du président Borja", commente Luis Maldonado. "Borja défend peutêtre les intérêts des Indiens à l’étranger, mais pas en Equateur. Depuis
deux ans, le dialogue entre les peuples indiens et le gouvernement est au
point mort".
L’ensemble des terres ancestrales
Ce n’est pas par hasard que les Indiens ont fait valoir leurs revendications sur la province de Pastaza. La province est très indienne, avec peu
de Blancs. Les ethnies indiennes - Quetchua, Shiwiar et Achuar - exigent
qu’on leur restitue les terres que les "conquistadors" ont prises à leurs
ancêtres". Ils veulent constituer dans cette province leurs propres nations. Mais Pastaza n’est qu’un symbole: les Indiens veulent récupérer
l’ensemble de leurs terres ancestrales dans le pays.
Sans violence
A la violence des étrangers qui ont jadis pris les terres du Nouveau
Monde, les Indiens ne veulent pas opposer une nouvelle forme de violence.
Ils insistent: "Nous voulons récupérer nos terres de manière légale". Ce
qui permettrait, en théorie, de ne plus leur contester leurs titres de propriété.
Pour les Indiens, le droit à la terre va de pair avec d’autres droits,
tout aussi fondamentaux à leurs yeux: le droit de pouvoir gérer leur vie et
de décider de leur avenir comme ils l’entendent. Ce qui implique une nouvelle Constitution pour établir les principes de base d’une convivance entre plusieurs nations et cultures dans la même société équatorienne.
Pour obtenir gain de cause, les Indiens n’envisagent pas de traiter avec
les partis politiques représentés au Parlement de Quito. "C’est du jeu, du
folklore!", disent-ils. "Nous ne voulons pas que notre action se réduise à
un parti. Ce qui compte, pour nous, c’est le peuple. Nous voulons parler de
peuple à peuple, et non de parti à parti. Nous avons une autre vision de la
politique qu’à Quito".
Les Indiens, insiste Luis Maldonado, n’attendent rien des élections du
17 mai. "Nous allons donc boycotter les prochaines élections", annonce le
porte-parole de la Confédération des organisations indiennes d’Equateur.
"La priorité, pour nous, est le dialogue de peuple à peuple, en vue d’élaborer une nouvelle Constitution. Bien entendu, nous maintenons notre exigence d’une reconnaissance légale de nos droits sur la terre. Nous voulons
obtenir nos titres de propriété cette année encore, avant ou après les
élections".
Le président n’est pas suivi par ses ministres
Le président équatorien a pourtant semblé attentif, ces dernières années, aux revendications des Indiens, confie L. Maldonado, mais "le président
n’a pas été suivi par ses ministres, trop liés à de puissants groupes d’intérêts et à l’armée". Or, dans la province de Pastaza, les militaires convoitent une bande de 50 kilomètres de large, le long de la frontière avec
le Pérou, non seulement pour des raisons de sécurité, mais aussi parce
qu’il y a du pétrole. Si l’armée se rendait maître de cette bande de territoire qu’elle destine au "développement", les Indiens verraient leur terre
ancestrale réduite de 30 à 80%.
Quant au rôle de l’Eglise catholique dans le pays, Luis Maldonado le
qualifie de "très positif, tant sur le plan local qu’au niveau de la hiérarchie". La Conférence épiscopale paraît être la "principale garantie"
d’une possibilité de dialogue entre les Indiens et le gouvernement. Les
évêques appuient du reste les exigences majeures des Indiens, y compris en
matière de révision de la Constitution. En outre, nombre de prêtres et de
religieuses se sont engagés en faveur de la "marche pour la vie et pour la
terre".
Pour conclure, l’orateur équatorien épingle un signe éloquent de l’engagement de l’Eglise catholique aux côtés des Indiens. A la fin du mois d’avril, le cardinal Pablo Munoz Vega, ancien archevêque de Quito, où on le
considérait comme fort conservateur, est venu présider la messe sur les
lieux mêmes du rassemblement des manifestants indiens. Et il a présidé la
liturgie en langue quetchua. L’an dernier, une telle chose aurait été impensable. Il fallait que cela se passe en 1992 en Equateur!" (apic/cip/pr)