Témoignage de l’évêque de Riobamba
Bruxelles, 24mars(APIC) Alors que les Occidentaux, à commencer par les
Espagnols, ainsi qu’une partie de l’Eglise, s’apprêtent à fêter solennellement le 5e centenaire de la "découverte de l’Amérique", les Indiens d’Amérique explorent des pistes alternatives pour célébrer en 1992 "500 ans de
résistance à l’oppression", déclare Mgr Victor Alejandro Corral Mantilla,
évêque de Riobamba, en Equateur.
Successeur du célèbre Mgr Leonidas Proano Villalba, "l’évêque des Indiens" décédé en août 1988, Mgr Corral, actuellement en tournée en Belgique, affirme qu’à l’approche de 1992, "nous devons tirer les leçons de notre histoire pour bâtir un avenir meilleur". Pour Mgr Victor Corral, les
Indiens vivent depuis la "découverte" dans une situation d’oppression :
"Oui, il y a 500 ans que 50 à 60 millions d’Indiens vivant en Amérique latine, dont 3 millions en Equateur, ne sont pas pris au sérieux, ni par la
société, ni même par l’Eglise!".
Aujourd’hui, poursuit celui qui marche sur les traces de Mgr Proano,
pour devenir un citoyen équatorien à part entière, il faut cesser d’être
Indien. "Et savez-vous comment l’on appelle cette négation d’identité ?
lance-t-il. L’intégration!" C’est cette réalité, faite de pauvreté et de
marginalisation, qui pousse les Indiens d’Equateur à se soulever de façon
pacifique pour réclamer des terres et les moyens de préserver leurs langues
et leur culture. Lors du "levantamiento" indigène de juin dernier - qui a
paralysé tout le pays et a failli se terminer en représailles sanglantes
par les militaires - Mgr Corral est intervenu comme médiateur.
Malgré l’ampleur du soulèvement, la situation des Indiens n’a guère
changé, affirme l’évêque de Riobamba, et les Indios continuent de subir la
pression conjointe des gros propriétaires terriens et des militaires, et
les sectes, avec leurs encouragements, pénètrent au plus profond des communautés indigènes. Les deux déclarations successives de l’épiscopat équatorien, appuyant unanimement les "exigences légitimes" des Indiens, sont parfois démenties dans la pratique, souligne-t-il. Et son engagement aux côtés
des Indios lui valent, à lui et à ses collaborateurs, menaces et attentats:
ces dernières semaines, deux attentats ont été perpétrés contre la résidence des travailleurs pastoraux du diocèse...
Pour le CELAM, les organisations indigénistes ne sont pas représentatives
Face à la dure réalité des Indigènes et à leurs revendications, l’Eglise
n’est pourtant pas unanime. Ainsi, certains cercles du CELAM (Conseil épiscopal latinoaméricain) affirment que les organisations indigénistes appelant au boycott des festivités officielles de 1992 ne sont pas représentives et que la "légende noire" de la conquête coloniale espagnole n’est pas
vérifiée historiquement. La preuve : un sondage discret réalisé en 1990 par
le CELAM auprès de dirigeants de diverses ethnies "sans la médiation de dirigeants indigénistes" a donné des résultats surprenants. Il n’existerait
pas de mémoire historique d’un génocide perpétré contre les Indiens; le bilan de l’arrivée des Espagnols serait habituellement positif, sans toutefois méconnaître les aspects négatifs; les Indigènes apprécieraient en particulier le don de la foi reçu des Espagnols; ils apprécierant également
tout particulièrement les apports espagnols à la vie quotidienne, comme les
nouveaux aliments, les vêtements et les outils.
De son côté, Mgr Corral affirme que "rien ne nous fera renoncer à notre
option pour les plus pauvres et pour les Indiens; au contraire, les oppositions rencontrées n’ont fait que renforcer notre engagement". (apic/cipsel/be)