"Désir d’une meilleure représentation des laics"
Rome, 27octobre(APIC) Au Synode des éveques qui se déroule en ce moment à
Rome ne sont représentés que des groupes de laics bien définis. Une meilleure représentation des laics serait souhaitable. C’est l’avis de Leo Karrer, professeur de théologie pastorale à l’Université de Fribourg et l’un
des trois conseillers laics accompagnant le délégué de la Conférence des
éveques suisses au Synode, Mgr Gabriel Bullet, éveque auxiliaire du diocèse
de Lausanne, Genève et Fribourg. Dans une interview accordée à l’agence
APIC, Leo Karrer évalue le travail des éveques au Synode.
"On ne peut pas attendre d’un synode - qui est une institution récente
dans l’histoire de l’Eglise - de résultats concrets", affirme le professeur
Karrer. "Si on met trop d’espoirs dans un synode, on est déçu. Nous devons
etre conscients de ce que signifie, particulièrement pour les éveques du
Tiers-Monde ou ceux qui viennent de pays à régime dictatorial, témoigner
devant un auditoire si important de leurs besoins et de leurs préoccupations.
Comment voyez-vous la contribution des participants de langue allemande,
particulièrement celle des représentants suisses ?
"Tout d’abord, en comparaison des interventions du Tiers-Monde, il m’a
semblé que les questions soulevées par les participants de langue allemande, particulièrement les Suisses, étaient fondamentales. Prenons par exemple l’intervention de Mgr Bullet contre la discrimination des femmes dans
l’Eglise : elle a donné lieu à des discussions de fond ici à Rome, mais
aussi dans les médias. La question de l’accession des femmes au diaconat a
également été abordée durant le Synode.
Pouvez-vous concevoir qu’à l’avenir les femmes accèdent au diaconat ?
"Je peux l’imaginer. Cependant il faut etre conscient des problèmes qui
se posent à nous. Par exemple l’Eglise orthodoxe se défend contre cette
évolution, qui peut à nouveau mettre l’oecuménisme en danger".
Pensez-vous qu’au Synode les laics sont suffisamment respectés et prennent assez la parole ?
"Les thèmes majeurs de ce Synode sont la vocation et la mission des
laics dans l’Eglise et dans le monde. Bien que ce soit la première fois
dans un Synode que des laics, femmes et hommes, prennent la parole, je me
demande si une autre forme de représentation n’aurait pas pu etre trouvée.
J’ai l’impression que seuls des groupes déterminés de laics sont représentés au Synode, en sorte que l’on ne peut parler qu’avec réserve d’une
"représentation des laics".
Quels sont les thèmes que les éveques ont peu abordé ?
"Le thème des mouvements charismatiques dans l’Eglise et leur comportement envers la hiérarchie est très controversé au Synode. Mon avis est que
la paroisse ne se manifeste pas assez comme un lieu important de la Présence du Christ. Un autre point : on parle beaucoup aujourd’hui de sanctification, de sainteté. Je crois que ces concepts sont trop employés. On devrait
saisir un peu plus concrètement ces préoccupations importantes dans le contexte actuel. Une chose me dérange : les éveques du Tiers-Monde ont très
courageusement nommé les pasteurs laics hommes et femmes de leurs pays et
les ont introduits tout naturellement au Synode; j’ai l’impression, alors,
que le grand potentiel de compétence théologique et de pédagogie religieuse
d’Autriche ou d’Allemagne n’a pas été présenté sous une dénomination appropriée. De toute manière j’ai le sentiment que l’on a masqué cela.
Que peut-il sortir de concret de ce Synode pour la Suisse ?
"J’espère pour la Suisse ce que j’espère pour l’Eglise universelle : une
invitation des éveques du Synode aux Eglises participantes, leur demandant
d’approfondir et d’appliquer plus concrètement le thème du Synode dans des
discussions entre femmes et hommes dans l’Eglise."
Cela est-il possible dans un synode diocésain ?
"Je dirais plutot que cela devrait se passer au niveau des Conférences
épiscopales des différentes Eglises. Ensuite, selon le contexte social, on
pourrait envisager concrètement la question du service dans le monde des
croyants à notre époque."
Avez-vous l’impression, comme conseiller, que le Synode fait appel à
vous dans une certaine mesure ?
"Oui, je suis très content. Au contraire d’autres conseillers. Chaque
jour j’ai parlé au moins une heure de différents problèmes avec Mgr Bullet
et nous avons échangé des papiers et des documents.
A votre avis, ce Synode va-t-il changer quelque chose dans l’Eglise ?
"L’important, à mon avis, c’est le processus qui se mettra en place à la
base. C’est pourquoi je trouve que le Synode a déjà réussi sur un point important, avant meme qu’il débute : on a longtemps parlé sur une large base,
en Suisse aussi, de la situation des laics dans l’Eglise." (apic/cic/cor)