suisse préfère les menus "à la carte"
Les Eglises ont encore un avenir
Berne, 30octobre(APIC) "Un protestant ou un catholique aujourd’hui en
Suisse peut parfaitement être membre d’une paroisse, être adepte de la méditation transcendantale et lire tous les matins son horoscope dans son
quotidien préféré", a lancé lundi soir à Berne le professeur Roland Campiche pour illustrer les résultats parfois surprenants du travail de recherche "Pluralité confessionnelle, religiosité diffuse, identité culturelle en
Suisse". Une enquête d’envergure qui montre que la religion garde toujours
une place privilégiée en Suisse, même si la majorité des croyants se composent leur propre "menu".
Exposant, lors de l’Assemblée des délégués de la Fédération des Eglises
protestantes de la Suisse (FEPS), les premiers résultats de cette recherche
réalisée par l’Institut d’éthique sociale de la FEPS à Lausanne (IES) en
collaboration avec l’Institut de sociologie pastorale de l’Eglise catholique à St-Gall (SPI), le professeur Campiche a expliqué que l’on ne pouvait
ni parler de "perte", ni de "retour" du religieux.
Le directeur de l’IES a en effet mis l’accent sur la "recomposition du
champ religieux" : dans la société moderne, la religion ne constitue plus
le principe unitaire à partir duquel s’organise la société dans son ensemble, mais elle garde cependant une importance primordiale. Ceux qui se déclarent sans religion ne représentent que 4,6 % des individus interrogés,
alors que plus de 90 % affirment appartenir aux deux principales Eglises de
Suisse, les Eglises catholique et réformée. Ce qui montre également que le
phénomène des sectes et des "nouveaux mouvements religieux" ainsi que le
fondamentalisme et l’intégrisme ne touchent qu’une petite minorité, contrairement à ce qu’un certain "battage médiatique" tendrait à accréditer.
D’après cette enquête, effectuée dans le cadre d’un projet du Fonds national de la recherche scientifique auprès de 1500 Suisses et étrangers au
bénéfice d’un permis de séjour, l’individu compose lui-même son système de
croyances et "négocie" le lien qu’il désire avoir avec une organisation religieuse. Ainsi, son identité religieuse n’est plus exclusivement formée
d’éléments proposés par une Eglise, et l’individu sélectionne parmi les modèles disponibles celui qui lui convient le mieux et se construit lui-même
son identité religieuse. L’étude a cependant montré que si les Eglises ne
contrôlent plus totalement le "champ religieux", elles restent les principales productrices de réponses aux attentes religieuses de la population.
En cas d’une disparition éventuelle des Eglises, les Suisses seraient
87,3 % à estimer que les personnes seules souffriraient davantage, 70,7 % à
penser que les personnes en marge seraient davantage laissées à elles-mêmes
et encore 67,9 % à dire que beaucoup de gens ne sauraient plus quel sens à
donner à leu vie. Il se dégage donc un consensus impressionnant à propos de
l’action sociale des Eglises dans la société, malgré un relâchement évident
du lien de l’individu à l’institution religieuse et une érosion constante
de la pratique religieuse. Le professeur Campiche a cependant tenu à
souligner combien il est difficile de mesurer l’état plus ou moins
religieux d’une population et comme il est incomplet d’analyser cette
réalité uniquement à partir des taux de pratique, ce qui réduirait la
religion à sa seule composante institutionnelle.
Concernant la pratique religieuse, l’enquête montre une différence de
comportement évidente entre les confessions et entre les couples mixtes et
les couples homogènes : 21 % des couples homogènes protestants ont une pratique régulière (participent au moins une fois par mois à l’office), contre
51,8 % pour les couples homogènes catholiques, tandis que ce chiffre tombe
à 11,4 % dans les couples mixtes protestants/catholiques. Le chercheur,
soulignant ce problème d’importance, s’est demandé si les Eglises n’avaient
pas une part de responsabilités dans ce comportement étant donné leur attitude à leur endroit (par ex. en matière d’hospitalité eucharistique, nda).
Alfred Dubach, directeur du SPI, a expliqué que "sous la pression du
changement social, l’Eglise adopte de façon croissante les traits d’une organisation". Mais si l’Eglise n’est plus perçue que comme "organisation",
elle n’offre aucune chance d’identification. "Si l’Eglise ne réussit pas à
être un lieu de communauté et de rencontre personnelle, estime-t-il, elle
n’est pas capable d’engendrer parmi ses membres un sentiment d’attachement
intérieur". (apic/be)