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    Encadré

    Guy Gilbert: "Je suis un pauvre mec, pas un grand témoin"

    Cheveux gris gominés, perfecto, jeans et santiags, langage franc frisant la

    vulgarité, Guy Gilbert n’est décidément pas un prêtre comme les autres."Je

    suis un pauvre mec, pas un grand témoin" a-t-il dit aux participants de la

    rencontre "Prier Témoigner", qui s’est déroulée dans une ambiance bon-enfant. Le public: jeunes, moins jeunes, enfants, croyants, non-croyants, religieuses et religieux, a été très attentif au témoignage de cet homme qui

    parle de l’Eglise comme d’un "magnifique foutoir, putain et marâtre, mais

    mère".

    Le ’prêtre des loubards’, s’adressant à Mgr Pierre Bürcher, évêque auxiliaire, l’a interpellé: "Nous n’avons pas la même gueule, pas le même look,

    mais nous sommes de la même Eglise".

    "Sois loubard avec les loubards". "Si je parle violemment c’est parce

    que j’évolue avec des jeunes violents à qui la vie n’a pas souri". Guy

    Gilbert dénonce avec violence une société qui n’offre que drogue, chômage

    et sida.

    "En 24 ans, j’ai enterré 51 jeunes décédés de mort violente". Tel

    Rachid, 13 ans, qui, forcé de retourner en centre éducatif, a préféré

    sauter d’un train.

    Ces jeunes ont besoin d’amour, de travail, de redécouvrir de cycle des

    saisons, de reprendre contact avec la vie hors des grandes cités et des

    HLM. Il y a 20 ans, il a acheté, avec ses droits d’auteur, une "belle"

    ruine dans les Alpes de Haute-Provence pour y accueillir les jeunes. Plus

    de 400 jeunes en difficulté se sont mis au travail pour restaurer ce lieu

    de vie. L’élevage de 27 espèces d’animaux, en passant par les chiens, les

    truites et les chevaux est selon lui la meilleure façon de reprendre

    contact avec la vie: "La bête ne reprend jamais ce qu’elle a donné, les

    humains oui", lui a dit un jour un jeune.

    Guy Gilbert a commencé le séminaire à 13 ans. C’est l’amour, indivisible

    mais multipliable, de ses parents qui lui a fait comprendre que "le ciment

    de Dieu est l’amour". "Je suis avant tout un homme d’Eglise et non pas un

    assistant social."

    "Il ne faut pas brandir Dieu, le foutre à la gueule de l’autre, ça fait

    mal, ça viole même". La plupart d’entre eux disent ne pas croire en Dieu

    mais, a-t-il raconté, un jour il a vu un jeune, qui se disait athée, porter

    un tatouage représentant une croix sur laquelle était inscrit: "Il a

    souffert avant moi". Selon lui c’est une prière. "Les oiseaux volent, les

    poissons nagent, l’homme prie". C’est l’élément naturel de l’homme de

    monter vers Dieu. "Le poisson qui ne nage pas crève, l’homme qui ne prie

    pas ne crève pas physiquement mais spirituellement".

    L’environnement des jeunes est souvent peu propice à la prière et au

    recueillement, constate Guy Gilbert. Ils sont constamment entourés de

    bruits, quand ce n’est pas la musique à pleins tubes dans la voiture, c’est

    le walkman et à peine arrivé à la maison c’est la télé ou la stéréo "à

    coin". Pour le prêtre des loubards, la prière ne peut se faire que dans le

    silence et la solitude. "La plus grande prière des jeunes, c’est quand ils

    ferment leur gueule". (apic/Emmanuelle Bindschedler)

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