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    l’information religieuse =

    En chantant à la radio et à la télévision, Mgr Léonard relance le débat sur

    Bruxelles, 29 novembre 1994 (CIP)

    Comment les informateurs religieux, en particulier les journalistes de la

    presse catholique, doivent-ils traiter l’actualité religieuse ? La question

    a été relancée, le 28 novembre, sur les ondes de la R.T.B.F., dans

    l’émission de "Matin Première". Mgr Léonard, évêque de Namur, y a exposé

    son point de vue, en l’assortissant d’un pastiche de Georges Brassens qúil

    a intitulé : "La complainte du chanoine". Cette intervention de l’évêque a

    suscité plusieurs réactions de la part des journalistes mis en cause, ainsi

    que de la part du porte-parole de la Conférence épiscopale.

    L’évêque de Namur avait été invité à l’émission suite à son billet mensuel

    "Visite pastorale à domicile", publié le 25 octobre dans "Vers l’Avenir",

    qui évoquait la question de l’accès des divorcés remariés à la communion

    eucharistique, suite à la lettre consacrée à ce sujet par la Congrégation

    romaine pour la Doctrine de la Foi. Dans ce billet, Mgr Léonard estimait

    trop facile de "discréditer un tel document en le taxant de sévérité

    impitoyable et discriminatoire". "Il reste que, ajoutait-il, une fois ce

    document étudié et accueilli avec bienveillance et docilité (ce qui devrait

    être une réaction spontanée de tout lecteur et commentateur catholique), le

    problème pastoral demeure énorme".

    Le 16 novembre, un communiqué de presse rédigé par le chanoine Dubois

    signalait que le Conseil presbytéral de Namur venait de dresser une liste

    de problèmes concrets à examiner, dont "le rapport de l’autorité diocésaine

    aux médias, et notamment avec les journaux du groupe "Vers l’Avenir"".

    A l’émission radio "Matin Première", la règle veut que l’invité du jour

    choisisse une chanson pour l’entrée en matière. Mgr Léonard avait choisi

    "La complainte du fossoyeur" de Georges Brassens. Il en a ensuite proposé

    une version pastichée, "La complainte du chanoine", que les 400.000

    auditeurs de l’émission ont pu entendre chanter en direct par l’évêque

    depuis le centre R.T.B.F de Namur :

    "Dieu sait que j’ n’ai pas le coeur méchant

    Que j’ déteste conflits et différends

    Mais si je n’ ferraillais plus,

    je passerais pour un cocu.

    J’ suis un pauvre grenouilleur.

    Mais qú je m’ nomme Dubois, Martin, Laporte,

    Jacques Bredael, Ringlet ou peu importe,

    Je vais m’ faire rentrer dans l’ lard

    Par Monseigneur Léonard.

    J’ suis un pauvre scribouillard."

    Les personnes citées par l’évêque sont le chanoine Louis Dubois, membre du

    Bureau du Conseil presbytéral, Philippe Martin, ancien chroniqueur

    religieux et aujourd’hui président de la "Société des Rédacteurs" de "Vers

    l’Avenir", Christian Laporte ("Le Soir"), Jacques Bredael (R.T.B.F.) et

    Gabriel Ringlet, vice-recteur de l’U.C.L. L’évêque a aussi précisé comment

    il concevait le métier de journaliste : "La première qualité d’un

    journaliste est d’être un bon professionnel de l’information. De ce point

    de vue, tous les journalistes sont équivalents, sur le même pied. Mais si

    on a affaire à un journal qui est dans une mouvance catholique, il y a

    quand même un souci particulier qui ne nuit en aucune manière à

    l’objectivité de l’information, qui n’implique aucune servilité, aucun

    assujettissement, mais une certaine responsabilité pour que, dans le

    concert des voix discordantes, il y ait aussi, à l’occasion d’un problème

    aigu, d’une position peut-être déconcertante parfois du magistère, le souci

    d’une présentation intelligente, positive, bienveillante de cette

    information."

    Une exigence de correction

    L’intervention de Mgr Léonard a suscité, le midi même, la réaction du Père

    Hubert Pirlot, porte-parole de la Conférence épiscopale. "Je ne vais pas

    m’apesantir sur le contenu de la chanson, a-t-il déclaré au micro de la

    R.T.B.F. C’est un texte d’humeur, pas mal écrit d’ailleurs, qui relève

    plutôt d’une littérature un peu secondaire, de cabaret artistique. Pareils

    propos ne peuvent en aucun cas détruire les liens de collaboration que nous

    avons toujours entretenus avec les journalistes. Il y a une correction que

    nous devons avoir les uns vis-à-vis des autres. Et lorsque les propos que

    l’on tient ne correspondant pas nécessairement à ce que les journalistes

    attendent, il est normal, d’une part, qúils répercutent les propos que l’on

    exprime, mais d’autre part, qúils émettent des critiques."

    Le porte-parole de l’épiscopat, a d’ailleurs rendu "hommage" aux

    journalistes belges qúil fréquente depuis plus de 20 ans, reconnaissant

    "leur droiture, leur correction vis-à-vis de l’information religieuse", et

    "bien souvent leur compétence".

    Le soir, au journal télévisé, Mgr Léonard a rechanté sa "complainte du

    chanoine", avec ce commentaire : "J’espère que cela sera ressenti comme une

    belle contribution à l’humour de la presse belge". Le Père Pirlot, quant à

    lui, s’est dit "ébahi par la forme", considérant que "c’est au moins une

    maladresse" et déplorant "que l’on remette en cause la confiance existant

    entre la Conférence épiscopale de Belgique et les journalistes".

    Commentaires de presse

    Le lendemain de l’émission, l’intervention de l’évêque de Namur a été

    abondamment commentée dans la presse francophone en Belgique. Le journal

    "Vers l’Avenir" y consacre trois colonnes, pour remettre l’intervention

    dans son contexte. Il cite au passage Gabriel Ringlet qui, en spécialiste

    des médias, précisait la veille sur antenne : "Le journaliste n’est pas un

    missionnaire. Il n’y a pas plus de journalisme chrétien qúil n’y a de

    mathématique chrétienne. Il n’y a pas une manière catholique, musulmane, ou

    laïque de faire un reportage, mais une déontologie, une distance critique,

    un regard, des exigences professionnelles." Le quotidien catholique publie

    également la réaction de la Société des Rédacteurs de "Vers l’Avenir" qui

    "s’indigne de voir l’évêque de Namur mettre ainsi en cause la présentation

    de l’information religieuse dans leurs pages" et "s’étonne de voir ainsi

    dénigrée la conscience professionnelle d’un de leurs confrères".

    Yvon Lambert, rédacteur en chef de "Vers l’Avenir", constate que le journal

    "est, malgré lui, impliqué dans le conflit qui divise l’Eglise catholique

    en général et celle du diocèse de Namur en particulier". Sans être "l’otage

    d’aucune des parties", le quotidien, dont l’évêché de Namur est

    l’actionnaire majoritaire, entend rester "un journal chrétien", mais dans

    la sérénité et dans le respect des règles du métier de journaliste, "faits

    d’indépendance, de rigueur et d’honnêteté".

    Dans un avis recueilli par "La Nouvelle Gazette", Gabriel Ringlet insiste

    sur "le débat de fond" que mérite le problème mis en chanson :

    "L’actionnaire principal d’un grand groupe de presse n’a pas à intervenir

    dans l’exercice de la profession de journaliste au quotidien".

    "Mgr Léonard chante à la radio. Les chroniqueurs religieux ne dansent pas",

    écrit Jean-François Dumont en page 3 de "La Libre Belgique", sous le titre

    "Le pasticheur et les scribouillards". "Mgr Léonard s’est payé assez

    franchement la tête de journalistes et chroniqueurs religieux",

    commente-t-il. Il souligne, en finale, deux questions qui restent posées.

    "L’actionnaire d’un quotidien doit-il passer par son journal pour exprimer

    une injonction publique ou un conseil à la rédaction ?" La veille,

    Jean-Paul Duchateau, rédacteur en chef de "La Libre Belgique", avait

    répondu clairement à la radio : "Non, et cela procède d’une confusion de

    rôles". Seconde question : "Y a-t-il une déontologie spéciale pour les

    informateurs religieux ?" Ici encore, c’est à l’avis de G. Ringlet que l’on

    renvoie.

    Dans "Le Soir", enfin, Ch. Laporte juge que l’évêque "a mis en cause

    l’honneur d’une profession" et "dérape malencontreusement quand il s’en

    prend à plusieurs confrères qui pourraient, d’une manière ou d’une autre,

    avoir affaire à lui comme subordonnés". Les journalistes de "Vers l’Avenir"

    ont de quoi s’inquiéter, suggère "Le Soir", "à un moment où il est question

    de désigner un responsable de l’information religieuse", fonction occupée

    naguère par Philippe Martin.

    Interrogé par l’agence CIP sur tous ces points de vue, l’évêché de Namur a

    déclaré qúil préférait "ne pas faire de commentaire pour le moment".

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