Suisse: "Le temps des rues", un ouvrage pour nous rappeler (120290)
la nécessité de les rendre plus "vivables" pour tous
Lausanne, 12février(APIC/Pierre Rottet) On l’avait oublié, la rue fait
aussi partie de l’environnement. De celui pour lequel les Eglises (voire le
Rassemblement mondial de Séoul en mars prochain sur la Justice, la Paix et
la Sauvegarde de la Création, et celui européen de Bâle en mai 1989), les
multiples associations et mouvements se mobilisent pour mettre en garde
contre ce qui le menace. On avait également oublié la diversité du rôle social de la rue. A force d’y vivre peut-être... Un ouvrage intitulé "Le
temps des rues" vient à point nommé pour nous le rappeler. Il a pour auteur
Lydia Bonanomi, de Lausanne, chargée de recherche sur l’environnement construit (IREC) de l’EPF-Lausanne.
Destinée aux responsables politiques et aux professionnels du milieu urbain, mais aussi et surtout à l’homme de la rue, cette plaquette en couleur
de 112 pages reflète par de nombreux exemples le développement d’un nouveau
savoir-faire en matière d’aménagement de ce lieu communautaire. Les idées
maîtresses de l’ouvrage? Réduire la vitesse des véhicules, encourager les
déplacements à pied, à vélo ou par les transports publics. Tout cela non
pas tellement par des mesures coercitives, mais principalement par un aménagement différent, conçu à l’échelle humaine et non plus seulement à celle
de l’automobile, ainsi que l’explique cette brochure pour la réalisation de
laquelle l’IREC de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et le GroupeConseil Romand pour la modération de la circulation (GCR) se sont associés.
Les enfants sont les premières victimes
L’auteur tente un pari. Non pas en donnant des recettes toutes faites,
mais en proposant des centaines d’exemples de nouveaux aménagements de
l’espace rue pour rendre possible la coexistence de tout ce qui l’habite.
L’idée part d’une première constatation: la rue n’est pas une route. On a
tendance à l’oublier... comme on oublie que la circulation en Suisse, statistique à l’appui, provoque chaque année 1000 morts et 30’000 blessés.
D’où le constat de l’auteur: "Si aujourd’hui quelqu’un proposait une nouveauté technique en annonçant d’emblée qu’elle tuera en Suisse une personne
toutes les neuf heures, qu’elle blessera un enfant toutes les trois heures
et demie et qu’elle fera toutes les 43 minutes un blessé grave, sa proposition n’aurait pas la moindre chance d’être acceptée".
Mais voilà, relève Lydia Bonanomi, "tout cela est venu peu à peu et aujourd’hui nous l’acceptons comme une fatalité". Nous acceptons comme une
même fatalité que les enfants en tant que piétons soient soumis au risque
individuel le plus élevé de toutes les catégories d’âge...Ceux de 5 à 9 ans
étant particulièrement exposés.
La diversité du rôle social de la rue est largement commentée dans "Le
temps des rues". Et l’évidence de l’importance des piétons, "indispensables
à la bonne marche des commerces de quartiers", trop souvent sous-estimée
alors que celle de l’automobiliste est surestimée, en est un exemple. L’auteur cite à ce propos l’étude de Hans Bösch "Le piéton en tant que client",
étude qui montre que pour une grande partie des commerces, le slogan "sans
circulation, pas de consommation", devrait être changé. Il conviendrait
alors de remplacer "circulation" par "piéton".
Des lieux vivants, un aménagement nouveau
Rendre les rues de quartiers, les rues en général des lieux vivants pour
peu que leur aménagement soit pensé en fonction de tous est l’un des soucis
de l’auteur. Et des enquêtes le démontrent. Contrairement à ce qu’on pense,
la marche à pied reste, au niveau des agglomérations s’entend, le moyen le
plus important. L’une des enquêtes, menée en 1984 par l’Etat-Major pour les
transports, sans prendre en considération les enfants en-dessous de 10 ans,
indiquait les chiffres suivants: 29,4% de tous les trajets se font à pied;
42% de l’ensemble des achats se font à pied; elle démontrait en outre que
31% des femmes, contre 21% pour les hommes, effectuent tous leurs trajets à
pied et que 51% des ménagères en font autant pour se rendre à la poste ou
chez le médecin par exemple. Il ressortait de plus que les enfant, plus que
n’importe quel autre groupe d’âge, sont ceux qui marchent le plus... Des
chiffres qui démentent clairement l’opinion courante qui veut qu’aujourd’hui "plus personne ne va à pied", même si 21% de tous les trajets effectués en voiture sont inférieurs à 2 km, écrit l’auteur.
Doté de multiples photographies de graphismes ou autres illustrations,
"Le temps des rues" est d’une lecture aérée, à l’image de la nouvelle urbanisation des villes et villages que l’auteur propose pour les rendre attractifs. En passant par les problèmes liés à la pollution des villes; en
s’arrêtant sur la proportion démentielle que prend la voiture tout en proposant des solutions; en soulignant la nécessité de développer un autre type de transport public urbain; mais aussi en redonnant sa place aux piétons
et aux bicyclettes voire aux vélomoteurs, moyens de déplacement utilisés
par 40% des jeunes pour se rendre à l’école ou au travail, "Le temps des
rues" a aussi pour but de faire connaître les expériences novatrices menées
par les villes et les villages d’Europe pour la réhabilitation de leurs rues. C’est-à-dire de les rendre "vivables". Vivables pour tous. (apic/pr)