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"L’Eglise face au racisme - Pour une société plus fraternelle"
Rome, 9février(APIC/CIP) "Il y a des degrés et des types divers de racisme. Le racisme proprement dit s’attache au mépris d’une race caractérisée
par son origine ethnique, par sa couleur ou par sa langue. L’apartheid en
est aujourd’hui la forme la plus caractérisée et systématique; un changement est ici absolument nécessaire et urgent. Mais il y a bien d’autres
formes d’exclusion et de rejet, pour lesquels le motif invoqué n’est pas
celui de la race; les effets cependant en sont semblables. Il s’agit de
s’opposer fermement à toutes les formes de discimination". C’est ce qu’on
peut lire en conclusion d’un nouveau document du Vatican, intitulé:
"L’Eglise face au racisme - Pour une société plus fraternelle".
Ce nouveau document, d’une quarantaine de pages, est publié par la Commission pontificale Justice et Paix; il s’achève sur "le mot d’ordre qu’elle (l’Eglise) propose à tous et qu’elle essaie de vivre: ’Tout homme est
mon frère’".
En 1537, le pape Paul III s’en prend aux abus des colonisateurs du Nouveau Monde: "Même s’ils ne sont pas chrétiens, dit-il, les Indiens devront
être laissés en jouissance de leur liberté et de leurs biens". Soldat devenu prêtre, puis religieux dominicain et évêque, Bartolomé de Las Casas
mérite aussi d’être salué pour son "engagement résolu aux côtés des Indiens. Il n’empêche: le "racisme est inventé". Après les Indiens, des Noirs
et des Juifs en seront les victimes. D’ailleurs, "c’est à la fin du XVIIIe
siècle que le mot race est employé pour la première fois pour classer biologiquement les êtres humains". Les nazis en tireront parti.
Les formes du racisme aujourd’hui
La forme la plus manifeste du racisme que l’on rencontre aujourd’hui,
dit le document, c’est "le racisme institutionnalisé": "c’est la région de
l’apartheid". Autrement dit, "l’Afrique du Sud est un cas extrême d’une vision de l’inégalité des races" et "l’état de répression dont les Noirs restent victimes est intolérable". Mais il y a d’autres cas de discrimination
raciale ou ethnique dont sont victimes des minorités aborigènes, ou
d’autres minorités, qu’elles soient ethniques, religieuses ou politiques.
Le même mal se retrouve dans "l’ethocentrisme", par lequel un peuple
défend son identité "en dénigrant celle des autres". "Le refus de la
différence ", précise la Commission Justice et Paix, peut aller jusqu’à
tuer la culture de l’autre: on "ne tolère la présence de l’autre que dans
la mesure ou il se laisse assimiler à la culture dominante".
Dans les pays à forte immigration, un phénomène très répandu est le "racisme spontané à l’égard des étrangers". Préjugés, peur irrationnelle entraînent alors "vexations" à l’égard des "autres" et "retarde leur intégration", en les poussant à "vivre pour ainsi dire en ghetto".
L’égale dignité de tous
Les sciences déjà "contribuent à faire disparaître bien des fausses évidences dont on cherche à se couvrir quand on veut justifier des comportements
racistes". Mais il faut aller plus loin: "fonder le respect inconditionnel
de toute vie humaine à un niveau plus décisif que l’observation des moeurs
et le consensus, toujours fragile et ambigu, d’un temps". Et ce fondement
ne peut se trouver que grâce à la philosophie, à la morale et aux grandes
religions, souligne la Commission pontificale.
La foi en Dieu, écrit-elle, "est l’affirmation la plus radicale de
l’égale dignité de tous les hommes en Dieu", croire, selon la Bible, que
tout homme est créé à l’image de Dieu, c’est "la négation absolue et incontournable de toute idéologie raciste". Le Christ est encore venu renforcer
l’unité et la fraternité entre les hommes. Très concrètement, en effet,
Jésus "s’est montré accueillant à toutes les catégories de personnes avec
lesquelles il est entré en relation. Il n’a pas craint de s’attarder avec
les samaritains, de les citer en exemple, alors qu’ils étaient méprisés des
juifs qui les traitaient comme des hérétiques. Il a fait bénéficier de son
salut tous ceux qui étaient marginalisés d’une manière ou d’une autre, les
malades, les pécheurs - hommes ou femmes - les prostituées, les publicains,
les païens comme la syrophénicienne. Seuls sont restés à l’écart ceux qui
s’excluaient d’eux-mêmes par leur suffisance, comme certains pharisiens".
A la suite du Christ, l’Eglise est dès lors appelée à "réaliser, d’abord
en elle-même, l’unité du genre humain au-delà des clivages ethniques, culturels, nationaux, sociaux et autres, pour signifier précisément la caducité de ces mêmes clivages, abolis par la croix du Christ". Du point de vue
chrétien, les exigences morales en ce domaines peuvent se résumer "par
trois mots-clés: respect des différences, fraternité, solidarité".
Les moyens de la fraternité
Quelle peut être la "contribution des chrétiens à promouvoir, avec les
autres, la fraternité et la solidarité entre les races"? C’est ce que le
document aborde dans sa dernière partie. D’abord, indique-t-il, le préjugé
raciste doit être combattu "à sa racine", "dans le coeur de l’homme". Ceci
exige de "fortifier les convictions de l’esprit sur le respect des autres
races et ethnies". Néanmoins, exposer des convictions et montrer l’exemple
ne suffiront pas: "Il faut défendre les victimes du racisme partout ou elles se trouvent". L’Eglise, pour sa part, veut aussi sortir de l’impasse
les auteurs de comportements racistes, "offrir un espace de réconciliation
et non pas accentuer les oppositions".
La commission insiste encore sur le rôle de l’école et sur la formation
civique, avant de s’attarder aux nécessaires garanties juridiques. "A l’intérieur d’un même Etat, la loi doit être égale pour tous les citoyens, sans
distinction", recommande le document du Vatican. Le texte précise à propos
du statut souvent précaire des immigrés et des réfugiés: "Il est d’autant
plus urgent que leurs droits humains fondamentaux soient reconnus et garantis", notamment dans le domaine du travail.
Enfin, sur le plan international, le Saint-Siège souhaite que l’on continue d’élaborer "des instruments juridiques de lutte contre le racisme".
Saluant au passage les efforts - souvent oecuménique - pour l’égalité raciale et contre l’apartheid en Afrique du Sud, le document relève finalement: "L’histoire enseigne que la méconnaissance prolongée des droits de
l’homme finit presque toujours par provoquer des explosions de violence incontrôlables". (apic/cip/pr)