EMBARGO Jusqu’à 19 heures
Pour un renouveau du pays avec les
catholiques, les orthodoxes et les musulmans
La liberté religieuse: une forteresse contre l’intolérance et les sectes
Hommage personnel du pape à Mère Teresa
Tirana, 25avril(APIC) Le pape Jean Paul II a pour la première fois, dimanche matin peu après 9 heures, posé le pied en Albanie, en arrivant à
l’aéroport de Tirana, la capitale de cet ex-pays déclaré en 1967 par les
dirigeants d’alors "premier Etat athée dans le monde". L’occasion, pour le
pape, d’évoquer dans son premier discours de la journée une page douleureuse de l’histoire de l’Eglise, faite de persécutions et de destructions de
lieux de culte et autres bâtiments religieux. Tout eu long de la journée,
le pape n’a cessé d’inviter à la collaboration catholiques, orthodoxes et
musulmans. Jean Paul II, qui a rendu au nom de l’Eglise un vibrant hommage
à Mère Teresa, présente en Albanie, s’est dit convaincu que la liberté religieuse représente une forteresse contre l’intolérance et contre les sectes.
Ce premier discours a été suivi en fin de matinée, à Shkodrë (Scutari),
par une cérémonie d’ordination de quatre nouveaux évêques, Mgr Franco Illia, 74 ans, archevêque de Shkodrë, libéré en 1988 après 20 ans de détention, Mgr Rork Mirdita, né en 1939 au Monténégro (ex-Yougoslavie), nommé
archevêque de Durrës après avoir exercé son ministère au service de la
communauté catholique albanaise de New York, Mgr Robert Ashta, un franciscain de 74 ans nommé évêque de Pult, Mgr Zef Simoni, 64 ans, évêque auxiliaire de Shkodrë, condamné à 15 ans en 1976. Après avoir récité la prière
du "Regina coeli" en début d’après-midi à Shkodrë, le pape a regagné Tirana
pour s’entretenir en début de soirée avec le président Sali Berisha. Autant
d’actes et de discours encore complétés par celui adressé au peuple albanais en guise d’adieu, peu avant de s’envoler pour Rome.
Dans son discours prononcé le matin à l’aéroport de Tirana, Jean Paul II
s’est adressé au "noble peuple albanais", puis s’est référé "à tous les
tristes événements" qu’il a dû affronter, spécialement dans "les 25 dernières années". "Années de privatisation des libertés fondamentales de la personne humaine, y compris celles d’expression, d’association et de religion,
qui ont provoqué de graves déchirures dans le tissu social, marquant profondément les comportements et les consciences".
"La joie de la liberté retrouvée"
Le pape s’est réjoui de pouvoir aujourd’hui partager avec les Albanais
la "joie de la liberté retrouvée", estimant notamment qu’avec l’ordination
de quatre évêques dans la cathédrale de Scutari - réd, rénovée aujourd’hui
- "la vie de la communauté ecclésiale recevra une impulsion et une vigueur
renouvelées". "Ma visite, a continué le pape, veut être aussi un encouragement à poursuivre unis et soudés sur le chemin (...) qui conduit à la pleine liberté, dans le respect de tous". A poursuivre également la collaboration ouverte et partagée par toutes les composantes ethniques, culturelles
et spirituelles. Il a enfin souhaité que catholiques, orthodoxes et musulmans fassent preuve de fructueuse compréhension, afin "que dans le présent
comme dans le futur, par un dialogue réciproque et une solidarité mutuelle
s’approfondissent, se développent et se soutiennent leurs efforts en vue de
la reconstruction et du renouveau national. Le pape a encore rendu hommage
au "héros national et fervent chrétien que fut Giergi Kastriota Skanderbeu, mort il y a 500 ans.
Une Eglise qui commence de nouveau à vivre
Dans l’homélie prononcée lors de la messe qu’il a célébrée, au cours de
laquelle il a procédé à l’ordination des quatres évêques, le pape a demandé
de "ne pas oublier ce qui s’est passé. "Chaque homme doit réfléchir encore
une fois sur tout ce qui concerne Jésus de Nazareth, a-t-il dit, en citant
l’évangéliste Luc. condamné à mort et crucifié il y a quelque 2’000 ans. Il
doit aussi réfléchir sur ce qui est arrivé ces dernières années, principalement dans les dernières décennies". Regarder en avant pour construire un
avenir libre et aux dimensions de l’homme, a demandé le pape, en relevant
qu’il faut tenir compte de l’expérience rencontrée pour éviter les mêmes
erreurs d’une période si pitoyable. "Ce qui est arrivé à l’Albanie est
quelque chose qu’on a jamais rencontré dans l’histoire. L’Albanie a plongé
dans un abysse dont elle n’a pas su sortir que par un véritable miracle
sans répandre le sang. "Mais quand tout semblait perdu a surgi alors la libération". Et le pape de conclure son homélie: " Cette Eglise Albanaise
commence de nouveau à vivre dans la plénitude".
L’hommage à Mère Teresa
Peu après la prière du "Regina Coeli, en début d’après-midi à Shkodrë,
Jean Paul II a tenu à rendre hommage à Mère Teresa, présente en Albanie
pour cette visite pastorale. "Je vous remercie au nom de l’Eglise pour votre engagement et votre travail", lui a-t-il déclaré en la faisant venir à
ses côtés.
En fin d’après-midi, le pape a regagné Tirana pour une visite de courtoisie au président albanais Sali Berisha, puis a adressé, en présence de
ce dernier, un "message à la nation albanaise". Message dans lequel le pape
a mis en garde contre le nationalisme intolérant et agressif. Tirana étant
située non loin de la Bosnie-Herzégovine ravagée par la guerre civile. Jean
Paul II, qui a demandé au peuple de construire avec espérance le futur
d’une jeune démocratice, a en outre appelé les Albanais à la tolérance et
au dialogue pour guérir les plaies du passé. En insistant surtout sur la
liberté de religion. Une liberté qui représente une garantie pour les autres formes de liberté, mais aussi une forteresse contre l’intolérance et
contre les sectes, a-t-il déclaré en invitant catholiques, orthodoxes et
musulmans à la collaboration et au dialogue constructif.
De son côté, le président Sali Berisha a mis en garde contre une escalade de la guerre dans les Balkans, en accusant Slobodan Milosevic de n’attendre que l’occasion pour poursuivre "la purification ethnique" contre les
Albanais du Kosovo. Le président albanais a encre accusé la communauté internationale de ne pas se porter au secours des victimes et de les laisser
sans arme.