El Salvador : L’armée gouvernementale a assassiné les 6 jésuites (080190)
San Salvador, 8janvier(APIC) Le président salvadorien Alfredo Cristiani a
reconnu dimanche que c’étaient bien des soldats gouvernementaux qui avaient
abattu le 16 novembre dernier 6 jésuites professeurs de l’Université catholique centroaméricaine (UCA) ainsi que la cuisinière de la communauté jésuite et sa fille. "Certains éléments à l’intérieur de l’armée sont impliqués dans l’attentat", a déclaré le président salvadorien lors d’une allocution radiodiffusée adressée à la population salvadorienne.
"Ce soir, nous voulons communiquer au peuple salvadorien et à l’Eglise
en particulier que les résultats de l’enquête permettent de constater une
participation de militaires dans ce crime horrible", a ajouté le président,
sans toutefois donner les noms des auteurs du massacre. Une station de
radio avait annoncé quelques heures auparavant que de nombreuses personnes,
dont des membres de l’armée, avaient été arrêtés pour leur participation au
carnage perpétré dans la résidence de l’UCA. Cristiani, lors de son
allocution, a justifié son silence au sujet de l’identité des assassins "en
raison de la situation extrêmement sensible".
Des témoins avaient vu dans la nuit du 16 novembre un groupe d’une trentaine d’homme fortement armés et en uniforme militaire pénétrer dans l’UCA,
mitrailler les bureaux du Centre pastoral "Monseigneur Romero" et la résidence des pères jésuites située à l’étage supérieur. Les soldats ont alors
sorti de la résidence les 6 professeurs, dont le Père Ignacio Ellacuria,
recteur de l’UCA, et le Père José Ignacio Martin-Baro, vice-recteur, puis
les ont abattu l’un après l’autre. La cuisinière et sa fille ont été retrouvées criblées de balles à l’intérieur, et le Centre pastoral "Monseigneur Romero" a été complètement détruit par du liquide inflammable versé
sur les livres et les ordinateurs.
L’opération, qui s’est déroulée dans une zone sous contrôle de l’armée,
a duré plus d’une demi-heure sans que les auteurs des assassinats et des
destructions soient inquiétés, ce qui avait rapidement désigné les soldats
gouvernementaux comme les auteurs du crime. Les observateurs se demandent
toutefois si les vrais coupables seront punis, car la justice salvadorienne
n’a jamais, malgré les preuves accumulées, mené devant les tribunaux les
assassins de Mgr Romero, l’archevêque de San Salvador abattu durant la messe il y a tout juste dix ans, et d’une dizaine d’autres prêtres religieux. (apic/kna/be)