Egypte: graves violations des droits de l’homme (250593)
Londres, 25mai(APIC) La répression des militants islamistes par le gouvernement égyptien a entraîné une forte recrudescence des violations des
droits fondamentaux, apprend-on dans un rapport publié mardi par Amnesty
international.
L’organisation mondiale de défense des droits de l’homme fait observer:
"Nous avons constaté une augmentation importante du nombre de personnes
tuées par les forces de sécurité dans des circonstances controversées. Celles-ci réagissent avec une brutalité effroyable à la multiplication des
meurtres de policiers ou d’autres personnes commis par des groupes armés
d’opposition. Pour le seul mois de mars 1993, 29 militants islamistes présumés ont été tués par la police; les forces de sécurité semblent avoir reçu l’autorisation de tuer en toute impunité."
Amnesty international a recensé au cours de l’année dernière un nombre
alarmant de cas dans lesquels des membres de groupes de militants islamistes ont été tués alors qu’ils tentaient apparemment d’échapper à leur arrestation. En août, sept membres présumés d’un groupe de militants islamistes - dont deux n’avaient que dix-sept ans - ont été abattus dans un appartement. Selon certaines sources, les positions des corps indiquaient que
certaines victimes n’étaient pas en mesure d’opposer une résistance armée
au moment où elles ont été tuées. Plus récemment, au début du mois de mars
dernier, huit personnes ont trouvé la mort quand des policiers ont fait une
irruption dans une mosquée d’Assouan.
Outre les homicides, la situation se caractérise également par des vagues d’arrestations, par le recours à la torture, par des procès politiques
inéquitables et par des condamnations à Mort. Des milliers de personnes ont
été interpellées lors de rafles et placées en détention sans inculpation ni
jugement en vertu de la législation d’exception. Des civils ont comparu devant des tribunaux militaires et ont été condamnés à l’issue de procès inéquitables; 16 condamnations à mort ont déjà été prononcées. Des adolescents
de quinze ans peuvent désormais être renvoyés devant les cours de sûreté de
l’Etat.
Témoignages nombreux
D’autres personnes ont été torturées. C’est ainsi qu’Ahmed Ibrahim Abd
al Galil, arrêté à Alexandrie en août dernier, a affirmé avoir reçu des décharges électriques sur différentes parties du corps, notamment sur ses organes génitaux. Il a ajouté qu’il avait été frappé à coups de bâton dans le
ventre et sur les pieds. Le médecin-expert qui a examiné cet homme plus de
trois semaines après a constaté la présence de cicatrices correspondant aux
sévices décrits.
Mahmoud Guhayni al Saadawi serait mort après avoir été torturé pendant
six jours, en mai 1992, au siège du Service de renseignements de la sûreté
de l’etat. D’autres cas de morts en détention ont été signalés depuis la
fin de l’année 1992.
Des prisonniers ont été maintenus en détention pendant des années sans
faire l’objet de la moindre inculpation, leurs ordonnances de placement en
détention pour une courte période étant constamment renouvelées. Les tribunaux ordonnent fréquemment la remise en liberté de prisonniers politiques
détenus sans inculpation ni jugement, considérant qu’aucune base légale ne
permet de prolonger leur détention. Cependant, les services de sécurité ne
tiennent généralement pas compte de ces décisions, et transfèrent secrètement des détenus "libérés" vers des postes de police ou des centres de détention éloignés, puis délivrent à leur encontre un nouvel ordre de détention.
Amnesty poursuit: "Au Caire, un certain nombre de détenus ont fait l’objet, en décembre 1992, de nouvelles ordonnances de placement en détention,
en raison de leur participation présumée à des actes de terrorisme commis
au cours des deux mois précédents, alors qu’à cette époque, ils étaient déjà incarcérés".
Hassan al Gharbawi Shehata, un avocat de 31 ans arrêté au début de 1989,
a été jugé l’année suivante. Bien qu’il ait été acquitté en mai 1990, il
est apparemment toujours incarcéré, malgré les nombreuses décisions de justice ordonnant sa remise en liberté. Des adolescents de quinze ou seize
ans ont été secrètement maintenus en détention et privés de tout contact
avec l’extérieur pendant plusieurs semaines.
Les groupes armés d’opposition ont perpétré un nombre important d’homicides délibérés et arbitraires depuis la mi-92. En juin, Farag Foda, écrivain connu pour ses idées laïques et adversaire véhément des groupes de militants islamistes, a été abattu: l’assassinat a été revendiqué par Al Gamaa al Islamiya (Groupe islamiste). Outre les attaques dont ont été victimes des membres de la communauté chrétienne, trois touristes étrangers ont
été tués à la fin de 1992 et au début de l’année. ces homicides ont également été revendiqués par Al gamma al Islamiya, qui a indiqué que les attaques contre les touristes se poursuivraient tant que le gouvernement n’aurait pas libéré des membres du groupe qui étaient incarcérés. Amnesty international condamne dans tous les cas l’homicide délibéré et arbitraire de
civils par des groupes d’opposition.
De telles exactions n’excusent toutefois pas la riposte extrêmement dure
des autorités. Amnesty conclut: "La provocation des groupes armés d’opposition ne peut en aucun cas justifier le non-respect du droit international".
AI exhorte le gouvernement égyptien à agir sans délai pour mettre un terme
à la dégradation constante de la situation des droits de l’homme dans le
pays". (apic/com/cb)