"encore dans les limbes" en Suisse romande
Les émules de "Kirche wohin ?" ont du mal à trouver leur image de marque
Lausanne, 12janvier(APIC) Dans un mois débute la période de carême. Intitulée "Créer des liens", la campagne de carême de cette année, organisée
conjointement, comme à l’accoutumée, par l’Action de Carême et Pain pour le
Prochain, terminera un cycle de trois ans consacré aux droits de l’homme.
Pour la première fois, l’Action de Carême va étendre son aide aux Eglises
des pays de l’Est. Elle collaborera dans ce domaine avec le Fonds d’aide
européen de la Conférence épiscopale d’Autriche et d’Allemagne. Mais il
n’est pas sûr que cette "ouverture à l’Est" calme "Kirche wohin ?", une organisation politique interconfessionnelle qui a notamment pris pour cible
les oeuvres d’entraide, leur reprochant leurs "prises de positions politiques unilatérales".
"Kirche wohin ?", déclare son président, l’avocat Markus Herzig, de
Zuzwil (BE), va examiner le matériel de la campagne de carême de cette année, pour déterminer son attitude. "En cas de nécessité", elle entreprendra
un certain nombre d’actions dans le but d’inciter les fidèles à verser leur
obole à d’autres organisations plus conformes à l’esprit de cette organisation qui s’affirme "représentative de tous les partis bourgeois". En Suisse
romande, "Kirche wohin ?" a fait quelques émules, surtout en milieu protestant, mais a de la difficulté à trouver son image de marque, oscillant, selon le discours des membres de son comité, entre une organisation qui se
définirait uniquement en termes politiques et un mouvement qui voudrait
plus de spiritualité et moins d’engagement humanitaire et socio-politique
dans les Eglises de Suisse.
Créée dans le but de "s’opposer à ce que la confiance placée dans les
Eglises soit utilisée de manière abusive", petite soeur de l’ "Aktion Kirche wohin ?", une organisation qui existe depuis plus de sept ans en Suisse
alémanique et qui compterait près de 12’000 adhérents, l’association "Eglise ou vas-tu ?" (EOV), est née il y a un an en Suisse romande. Elle n’a cependant pas encore réussi sa percée de ce côté-ci de la Sarine. "Notre affaire va très lentement, c’est un tout petit mouvement" confirme le conseiller aux Etats libéral vaudois Hubert Reymond, membre du comité d’"Eglise ou vas-tu ?", qui précise qu’il ne s’agit pas ici d’une question confessionnelle, mais d’un problème "essentiellement politique".
"On ne veut pas que ce soit un mouvement d’Eglise représentant les partis bourgeois, mais on veut un mouvement d’Eglise qui émane de la profondeur de l’Eglise, de l’ensemble des fidèles", relève le politicien vaudois,
qui estime que les Eglises sont "totalement abusées par des milieux sociaux
- de tendance gauchiste - qui prennent prétexte de l’Eglise et des bons
sentiments" pour intervenir en politique.
Le président pressenti se défile
Edmond Chollet, vigneron encaveur à Aran et ancien président de la société vaudoise des viticulteurs, aurait dû devenir en septembre dernier
président d’EOV en remplacement du président (ad intérim) Robert Brandt, à
St-Sulpice, un des anciens patrons d’Oméga et cheville ouvrière de l’implantation de l’organisation en Suisse romande. Edmond Chollet a démissionné de l’association parce qu’étant délégué de l’Etat au Synode de l’Eglise
évangélique vaudoise, il ne voulait pas paraître "partisan", bien qu’il
soit d’accord sur le fond avec les critiques de l’"Eglise ou vas-tu ?". Il
souligne que EOV a dès le début eu pour objectif de "travailler de l’intérieur" dans les organismes d’Eglise pour les réformer. "Il n’est pas question pour nous de prendre les oeuvres d’entraide dans le collimateur;
réformer de l’intérieur oui, mais en tout cas pas affronter ou attaquer".
Ce serait, selon lui, contraire à la philosophie de l’association et c’est
pourquoi il n’est pas question de copier l’action de "Kirche wohin ?" en
Suisse alémanique, considérée comme trop polémique et peu adaptée à la réalité romande.
Geneviève Aubry fustige les "positions gauchisantes" de l’Eglise
La conseillère nationale Geneviève Aubry, membre du Comité de patronage
de "Kirche wohin ?", est également membre de "Eglise ou vas-tu ?". Elle est
d’ailleurs l’une des fondatrices de cette dernière oganisation et relève
qu’au début, elle a fait le lien entre les deux mouvements. Son discours
est beaucoup moins conciliant, tout en étant représentatif de la tendance
dure d’EOV. Pour elle, le but de cette association est clairement politique
: "Il faut que l’Eglise s’occupe davantage des besoins moraux des gens et
un peu moins de politique et qu’elle arrête de prendre des positions gauchisantes". La politicienne de Tavannes a d’ailleurs cessé de fréquenter
l’Eglise catholique : "J’ai pratiqué ma religion aussi longtemps que les
prêtres ne se sont pas mêlés du problème politique concernant le canton du
Jura". Les Eglises ont également pris position, selon elle, en faveur "du
Nicaragua communiste, cela va de soi, mais pas de l’Afghanistan". Elles se
sont également "mêlées de ce qui ne les regarde pas, notamment de la loi
sur les réfugiés, qui est un problème essentiellement politique... Pour
nous, ce sont des choses intolérables, inacceptables."
Pour la politicienne radicale, le but poursuivi par cette action "est de
remettre l’Eglise au milieu du village, qu’elle cesse de soutenir uniquement des mouvements extrémistes, qu’elle cesse aussi de soutenir continuellement des minorités contre une majorité de citoyens." "Je ne dirais pas,
poursuit-elle, que l’Eglise est manipulée par des gauchistes, je dirais que
la plupart des pasteurs et prêtres ont choisi cette voie. Pourquoi donc
est-ce que les églises sont vides...?" Si le ton doit être adapté dans un
sens moins agressif de ce côté-ci de la Sarine, relève-t-elle, "c’est que
la confrontation n’est pas aussi nécessaire en Suisse romande", car les
Eglises seraient moins "marquées" en Romandie qu’en Suisse alémanique.
Contrairement à certains membres d’EOV qui souhaitent travailler au sein
de leur Eglise et l’influencer de l’intérieur, Geneviève Aubry désigne
clairement ses cibles : les oeuvres d’entraide comme l’Action de Carême,
l’Entraide protestante, Pain pour le Prochain, et le Conseil Oecuménique
des Eglises, qu’il s’agit, selon elle, de mettre au pas. On est loin de la
déclaration de principe d’EOV qui relève que le ton de ses messages "sera
objectif et serein". (apic/be)