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    "Eglise ou vas-tu ?" : une organisation (120188)

    "encore dans les limbes" en Suisse romande

    Les émules de "Kirche wohin ?" ont du mal à trouver leur image de marque

    Lausanne, 12janvier(APIC) Dans un mois débute la période de carême. Intitulée "Créer des liens", la campagne de carême de cette année, organisée

    conjointement, comme à l’accoutumée, par l’Action de Carême et Pain pour le

    Prochain, terminera un cycle de trois ans consacré aux droits de l’homme.

    Pour la première fois, l’Action de Carême va étendre son aide aux Eglises

    des pays de l’Est. Elle collaborera dans ce domaine avec le Fonds d’aide

    européen de la Conférence épiscopale d’Autriche et d’Allemagne. Mais il

    n’est pas sûr que cette "ouverture à l’Est" calme "Kirche wohin ?", une organisation politique interconfessionnelle qui a notamment pris pour cible

    les oeuvres d’entraide, leur reprochant leurs "prises de positions politiques unilatérales".

    "Kirche wohin ?", déclare son président, l’avocat Markus Herzig, de

    Zuzwil (BE), va examiner le matériel de la campagne de carême de cette année, pour déterminer son attitude. "En cas de nécessité", elle entreprendra

    un certain nombre d’actions dans le but d’inciter les fidèles à verser leur

    obole à d’autres organisations plus conformes à l’esprit de cette organisation qui s’affirme "représentative de tous les partis bourgeois". En Suisse

    romande, "Kirche wohin ?" a fait quelques émules, surtout en milieu protestant, mais a de la difficulté à trouver son image de marque, oscillant, selon le discours des membres de son comité, entre une organisation qui se

    définirait uniquement en termes politiques et un mouvement qui voudrait

    plus de spiritualité et moins d’engagement humanitaire et socio-politique

    dans les Eglises de Suisse.

    Créée dans le but de "s’opposer à ce que la confiance placée dans les

    Eglises soit utilisée de manière abusive", petite soeur de l’ "Aktion Kirche wohin ?", une organisation qui existe depuis plus de sept ans en Suisse

    alémanique et qui compterait près de 12’000 adhérents, l’association "Eglise ou vas-tu ?" (EOV), est née il y a un an en Suisse romande. Elle n’a cependant pas encore réussi sa percée de ce côté-ci de la Sarine. "Notre affaire va très lentement, c’est un tout petit mouvement" confirme le conseiller aux Etats libéral vaudois Hubert Reymond, membre du comité d’"Eglise ou vas-tu ?", qui précise qu’il ne s’agit pas ici d’une question confessionnelle, mais d’un problème "essentiellement politique".

    "On ne veut pas que ce soit un mouvement d’Eglise représentant les partis bourgeois, mais on veut un mouvement d’Eglise qui émane de la profondeur de l’Eglise, de l’ensemble des fidèles", relève le politicien vaudois,

    qui estime que les Eglises sont "totalement abusées par des milieux sociaux

    - de tendance gauchiste - qui prennent prétexte de l’Eglise et des bons

    sentiments" pour intervenir en politique.

    Le président pressenti se défile

    Edmond Chollet, vigneron encaveur à Aran et ancien président de la société vaudoise des viticulteurs, aurait dû devenir en septembre dernier

    président d’EOV en remplacement du président (ad intérim) Robert Brandt, à

    St-Sulpice, un des anciens patrons d’Oméga et cheville ouvrière de l’implantation de l’organisation en Suisse romande. Edmond Chollet a démissionné de l’association parce qu’étant délégué de l’Etat au Synode de l’Eglise

    évangélique vaudoise, il ne voulait pas paraître "partisan", bien qu’il

    soit d’accord sur le fond avec les critiques de l’"Eglise ou vas-tu ?". Il

    souligne que EOV a dès le début eu pour objectif de "travailler de l’intérieur" dans les organismes d’Eglise pour les réformer. "Il n’est pas question pour nous de prendre les oeuvres d’entraide dans le collimateur;

    réformer de l’intérieur oui, mais en tout cas pas affronter ou attaquer".

    Ce serait, selon lui, contraire à la philosophie de l’association et c’est

    pourquoi il n’est pas question de copier l’action de "Kirche wohin ?" en

    Suisse alémanique, considérée comme trop polémique et peu adaptée à la réalité romande.

    Geneviève Aubry fustige les "positions gauchisantes" de l’Eglise

    La conseillère nationale Geneviève Aubry, membre du Comité de patronage

    de "Kirche wohin ?", est également membre de "Eglise ou vas-tu ?". Elle est

    d’ailleurs l’une des fondatrices de cette dernière oganisation et relève

    qu’au début, elle a fait le lien entre les deux mouvements. Son discours

    est beaucoup moins conciliant, tout en étant représentatif de la tendance

    dure d’EOV. Pour elle, le but de cette association est clairement politique

    : "Il faut que l’Eglise s’occupe davantage des besoins moraux des gens et

    un peu moins de politique et qu’elle arrête de prendre des positions gauchisantes". La politicienne de Tavannes a d’ailleurs cessé de fréquenter

    l’Eglise catholique : "J’ai pratiqué ma religion aussi longtemps que les

    prêtres ne se sont pas mêlés du problème politique concernant le canton du

    Jura". Les Eglises ont également pris position, selon elle, en faveur "du

    Nicaragua communiste, cela va de soi, mais pas de l’Afghanistan". Elles se

    sont également "mêlées de ce qui ne les regarde pas, notamment de la loi

    sur les réfugiés, qui est un problème essentiellement politique... Pour

    nous, ce sont des choses intolérables, inacceptables."

    Pour la politicienne radicale, le but poursuivi par cette action "est de

    remettre l’Eglise au milieu du village, qu’elle cesse de soutenir uniquement des mouvements extrémistes, qu’elle cesse aussi de soutenir continuellement des minorités contre une majorité de citoyens." "Je ne dirais pas,

    poursuit-elle, que l’Eglise est manipulée par des gauchistes, je dirais que

    la plupart des pasteurs et prêtres ont choisi cette voie. Pourquoi donc

    est-ce que les églises sont vides...?" Si le ton doit être adapté dans un

    sens moins agressif de ce côté-ci de la Sarine, relève-t-elle, "c’est que

    la confrontation n’est pas aussi nécessaire en Suisse romande", car les

    Eglises seraient moins "marquées" en Romandie qu’en Suisse alémanique.

    Contrairement à certains membres d’EOV qui souhaitent travailler au sein

    de leur Eglise et l’influencer de l’intérieur, Geneviève Aubry désigne

    clairement ses cibles : les oeuvres d’entraide comme l’Action de Carême,

    l’Entraide protestante, Pain pour le Prochain, et le Conseil Oecuménique

    des Eglises, qu’il s’agit, selon elle, de mettre au pas. On est loin de la

    déclaration de principe d’EOV qui relève que le ton de ses messages "sera

    objectif et serein". (apic/be)

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