Rome, 22décembre(APIC/CIP) "Personne n’attend beaucoup de ce pape, prisonnier d’un schéma médiéval, anti-protestant et anti-réformateur... La curie romaine voudrait de nouveau exercer son contrôle sur tout, comme au
Moyen-Age... Le pape, en dépit de ses dons énormes, continue de se référer
au modèle polonais", déclare abruptement le théologien suisse Hans Küng
dans une interview publiée dans le dernier numéro de la revue catholique
italienne "Il Regno", à Bologne.
Le théologien suisse constate que l’Eglise en Pologne, un pays dont il a
admiré les traditions démocratiques, est devenue un "bastion". Privé de sa
chaire de théologie à l’Université de Tübingen en 1979, suite à une intervention romaine, il estime que c’est un "bastion" que tentent aujourd’hui
de défendre le pape et le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation
pour la doctrine de la foi.
Hans Küng impute sa condamnation par Rome à un article qu’il avait écrit
à l’occasion du premier anniversaire de l’élection de Jean Paul II. Une
prose jugée irrévérencieuse. "En relisant mon article aujourd’hui, déclaret-il à "Il Regno", je trouve au contraire que mon évaluation est mitigée,
modérée. Il se dit aujourd’hui bien d’autres choses sur le pontificat de
Jean Paul II." Le théologien fait allusion à des prises de position, comme
la Déclaration de Cologne, qu’on signée des professeurs "notoirement conservateurs", ce qui montre bien que la critique n’émane pas de la seule
tendance soi-disant progressiste mais qu’elle est générale.
"Il est de bon ton de parler de ’perestroïka’, observe encore Hans Küng,
mais où est-elle dans l’Eglise, où, au contraire, tout est bloqué. Et, ’Solidarnosc’ ne peut non plus s’appliquer à l’Eglise, où une caste de
fonctionnaires de la curie romaine ne peut accepter qu’une partie importante des catholiques pensent autrement sur le contrôle des naissances, le divorce, le célibat, l’avortement, l’oecuménisme, l’intercommunion."
Le théologien suisse a par contre accueilli "avec satisfaction et réalisme" la nomination de Walter Kasper comme évêque de Rottenburg-Stuttgart.
Il précise que ses relations avec celui qui fut autrefois son assistant et
collègue sont tout autres que celles qu’il avait avec son prédécesseur, Mgr
Moser, un progressiste qui a dû céder à Rome, dit-il.
Le théologien suisse ne croit pas en une réhabilitation, toujours à cause de son article de 1979. "Le pape a pris ça comme une offense personnelle... J’ai, à plusieurs reprises, exprimé le désir de le rencontrer. Je lui
ai envoyé en hommage mon livre "Dieu existe". Je n’ai même pas reçu en retour le moindre signe de courtoisie. Je lui ai écrit de Suisse pour lui
proposer une rencontre où il voulait, quand il voulait et selon ses conditions". Il affirme n’avoir jamais reçu la moindre réponse. (apic/cip/jt/mg)