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    Du 4 au 9 mai prochain, le pape Jean Paul II poursuivra le périple annoncé dans sa "Lettre sur le pè

    APIC - Dossier

    Jean Paul II sur les pas de saint Paul à Athènes, Damas et Malte du 4 au 9 mai:

    Quand la Syrie se réjouit, la Grèce se montre hostile

    Jacques Berset, agence APIC

    Alep/Athènes (APIC) A moins d’un mois du pèlerinage jubilaire du pape Jean Paul II "sur les pas de saint Paul", la Syrie du jeune président Bachar el-Assad veut que cette visite soit "inoubliable". Elle pourrait contribuer à sortir de son isolement diplomatique ce pays au riche héritage culturel. Mise au ban des nations par les Etats-Unis sous prétexte de "terrorisme international", la Syrie et ses 15 millions d’âmes est l’un des berceaux du christianisme.

    En Grèce, l’ambiance est tout autre: des éléments du clergé orthodoxe, notamment les moines du Mont Athos, font pression pour faire annuler cette visite "qui n’apporte absolument rien ni au pays ni à son Eglise." Même s’ils l’acceptent officiellement, prêtres et évêques orthodoxes y sont en fait fermement opposés, affirme le Père Dominikos Psaltis, administrateur de la cathédrale catholique d’Athènes.

    "D’après ce que l’on sait, nous ne pouvons en attendre que des résultats négatifs", souligne le Père Psaltis. L’annonce du voyage du pape les 4 et 5 mai a fait augmenter la pression sur la minorité catholique qui compte 200’000 fidèles, dont 150’000 étrangers, sur 11 millions d’habitants (à 97% orthodoxes). La police doit désormais enlever régulièrement des graffitis qui visent les lieux de culte catholiques. Nombre de membres du clergé grec sont nationalistes voire chauvins: ils ont vivement protesté l’été dernier quand, sous la pression de l’Union Européenne, est sortie la nouvelle carte d’identité grecque sans indication de la religion, mention qui était source de discriminations envers les non-orthodoxes.

    Manifestations contre la venue du pape pas exclues

    Le métropolite Eustathios de Sparte, porte-parole du Saint-Synode de l’Eglise de Grèce, n’a pas exclu des manifestations contre la visite du pape: "On ne peut imposer le silence aux dignitaires, au clergé ou aux fidèles". L’Association des prêtres grecs, qui rassemble environ 8’000 prêtres de paroisse, a promis d’organiser des protestations contre "le monstre grotesque, à deux cornes, de Rome".

    Ce n’est d’ailleurs pas à l’unanimité que le Saint-Synode a finalement donné son accord "pour le projet de pèlerinage" de Jean Paul II à Athènes, malgré les fortes pressions des supérieurs de 169 monastères de Grèce. Le primat de l’Eglise de Grèce, l’archevêque Christodoulos, a bien précisé qu’il n’était "pas question" que son Eglise adresse une invitation officielle au pape, invité en janvier dernier par le président grec Costis Stéphanopoulos.

    Contrairement à l’Eglise de Grèce, qui a levé - non sans grandes réticences - son veto, c’est "avec grande joie" que le Patriarche oecuménique de Constantinople, Bartholomée Ier, a accueilli l’annonce de ce pèlerinage. Le Patriarche orthodoxe, qui réside au Phanar à Istanbul, a exprimé l’espoir que la visite du pape en Grèce contribuera au "dialogue et à l’esprit de fraternité".

    Un pèlerinage à forte dimension oecuménique

    A l’évidence, ce 93ème voyage papal hors d’Italie revêt une forte dimension œcuménique. En mai 1999, la rencontre à Bucarest avec le Patriarche Teoctiste, chef de l’Eglise orthodoxe roumaine - la première Eglise orthodoxe à inviter le pape de Rome - avait été un réel succès. La visite avait amené une détente dans la délicate question "uniate", qui oppose les Eglises de rite byzantin unies à Rome à leurs sœurs orthodoxes.

    En Syrie, dans une société musulmane où les chrétiens sont minoritaires (10% de la population), ils cherchent de plus en plus à présenter un "front uni". "Chez nous, les orthodoxes sont très ouverts, nos grecs-orthodoxes sont arabes et syriens; ils ont eux aussi quelques tensions avec les Hellènes à Jérusalem ou ailleurs...", déclare à l’APIC Mgr Jean-Clément (Youhanna) Jeanbart, archevêque grec-catholique d’Alep, la grande métropole pluri-ethnique du Nord-Ouest de la Syrie. Il y a environ 5 ans, l’Eglise melkite catholique (regroupant les fidèles de rite byzantin unis à Rome, dits "uniates") a envoyé une lettre au Patriarche grec-orthodoxe d’Antioche. Pour lui proposer la réunification avec l’"Eglise mère" dont elle est issue, tout en restant rattachée à Rome. C’est dire que les contacts sont étroits.

    A Damas, tous les dignitaires chrétiens sont derrière la visite du pape

    La population syrienne - chrétiens et musulmans confondus - attend l’arrivée du pape avec impatience. A Damas, tous les responsables chrétiens sont derrière la visite de Jean Paul II. Rejoignant l’ensemble des évêques de Syrie et les dignitaires protestants, trois patriarches d’Antioche résidant à Damas se sont associés pour recevoir le chef de l’Eglise catholique: Grégoire III Laham, le grec-catholique melkite, ainsi que le grec-orthodoxe Ignace IV Hazim et le syrien-orthodoxe Ignatius Zakka Ier Ivas, qui portent tous deux le titre de Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient.

    "La visite du pape aura pour effet la promotion des relations œcuméniques, qui sont déjà bonnes. Dans ma ville, par ex. nous avons une réunion mensuelle entre tous les évêques orthodoxes et catholiques et les responsables des communautés protestantes - l’une arménienne, l’autre arabe - au cours de laquelle nous coordonnons nos interventions publiques et certaines célébrations et activités pastorales", confirme Mgr Jeanbart.

    Tous derrière Bachar el-Assad

    Dans les journaux syriens, on commence à parler de la visite du pape. La société syrienne va certainement très bien accueillir le pape, les musulmans aussi. Le président Bachar el-Assad espère que sa visite en Syrie sera "inoubliable" et il veut tout faire pour que cela soit une grande réussite. "La venue du pape est également importante du point de vue médiatique, car nous nous sentons décriés et vilipendés par les grands médias internationaux, qui nous considèrent comme un pays terroriste, qui veut la guerre. Le pays et sa population valent bien mieux que cette vue unilatérale!", insiste l’archevêque melkite d’Alep.

    La rencontre avec les dignitaires religieux musulmans dans la Mosquée des Ommeyyades sera également une première, même sans la prière qui aurait dû être dite ensemble avec le Mufti de la République, cheikh Ahmad Kaftaro. Sans doute pour éviter de provoquer les milieux islamistes, encore présents, en dépit de la sévère répression du soulèvement des Frères musulmans à Hama en février 1982. "En général, la société nous apprécie, les Syriens sont très tolérants et chez nous, la convivialité islamo-chrétienne n’est pas un vain mot", confie un dignitaire chrétien.

    L’un des points culminants, pour les chrétiens syriens, sera la grand messe du dimanche 6 mai au Stade des Abbassides, qui contient 38’000 places et à laquelle participeront non seulement des catholiques, mais également des chrétiens d’autres dénominations. "La position des chrétiens va sortir renforcée, car ils pourront manifester leur présence et leur unité. Ils attendent un soutien du pape. Peut-être qu’à cette occasion, du moins l’espèrent-ils, certaines concessions leur seront accordées, comme la réouverture d’écoles chrétiennes", lâche Mgr Jeanbart. Qui se réjouit d’une certaine ouverture de la société syrienne qui connaît une accélération des réformes commencée en 1991 dans le cadre d’une timide politique de libéralisation et de sortie du modèle socialiste.

    Un encouragement à l’ouverture politique et économique

    Au plan politique, on assiste en effet à une ouverture contrôlée, avec la naissance, encore discrète, de cercles d’intellectuels indépendants. L’ouverture économique rend désormais possible l’initiative privée en parallèle avec les sociétés d’Etat. "On parle même d’ouvrir des Universités privées. Les changements entamés sous le président Hafez el-Assad s’accélèrent avec l’arrivée au pouvoir de son fils Bachar, car il est jeune, plein d’enthousiasme et de bonne volonté. Nous avons confiance en cet homme qui est loyal et qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour aider le pays et le peuple syrien", affirme l’archevêque melkite d’Alep. "Nous en espérons que la visite du pape encouragera le président à aller de l’avant dans la recherche du dialogue et de la paix; cela incitera également nos fidèles à rester au pays - nos jeunes sont littéralement ’aspirés’ par la diaspora!- car le pape insistera certainement sur la beauté et l’importance de la Syrie pour le monde." (apic/be)

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