Du 10 au 19 septembre, le pape se rendra en Afrique australe. L’agence APIC
rendra. Publié en deux volets, ce dossier aborde en première partie les
raisons pour lesquelles le pape n’ira pas en Afrique du Sud. Il est
complété par une présentation du Zimbabwe et du Botswana. Le deuxième sera
publié dimanche. Il sera consacré au Lesotho, au Swaziland et au Mozambique.
Le pape visite en septembre cinq pays de l’Afrique australe (260888)
Une douloureuse décolonisation et le voisinage du pays de l’apartheid
Rome, 26août(APIC/CIP) Du 10 au 19 septembre prochain, Jean-Paul II visitera cinq pays d’Afrique australe: le Zimbabwe, le Botswana, le Lesotho, le
Swaziland et le Mozambique. Il ne se rendra pas dans le plus puissant pays
de la région, l’Afrique du Sud : ce n’est pas une surprise, mais c’est tout
de même un paradoxe. Car tout en s’apprêtant à rencontrer des populations
au bénéfice d’une identité propre, avec des aspirations comme des difficultés spécifiques, Jean-Paul II n’ignore pas qu’un contexte commun les
rapproche: une douloureuse décolonisation et le pesant voisinage du pays de
l’apartheid.
"Je connais l’anxiété qui est la vôtre en voyant, jour après jour, le
terrible tribut que le système de l’apartheid continue à prélever sur les
vies des individus et des familles, et sur la société elle-même. Je n’hésite pas à répéter, une fois encore, que toute forme de discrimination fondée
sur la race, qu’elle s’exerce occasionnellement ou systématiquement et
qu’elle vise des individus ou des groupes raciaux dans leur ensemble, est
absolument inacceptable. Etant donné que la réconciliation est au coeur de
l’Evangile, les chrétiens ne peuvent pas accepter des structures de discrimination raciale qui violent les droits de l’homme". Ainsi s’exprimait
Jean-Paul II le 27 mai dernier, en recevant un groupe oecuménique composé
de huit responsables du Conseil national des Eglises d’Afrique du Sud et
deux évêques catholiques.
L’Afrique du Sud aurait cependant trouvé un intérêt à recevoir le pape.
Pik Botha, ministre sud-africain des Affaires Etrangères, a même fait parvenir à Jean-Paul II une invitation pressante à venir, ne fût-ce que pour
"célébrer une messe à l’aéroport de Johannesbourg". Le pape n’a pas accepté
l’invitation, car selon la conviction de l’épiscopat sud-africain, "il
n’est pas encore possible de visiter cette nation, ou les catholiques sont
nombreux, spécialement parmi les noirs".
Le cancer du diable
Les propos tenus il y a un an par le président de la Conférence des
évêques d’Afrique australe, Mgr Wilfred Napier, éclairent la décision prise
finalement par le Vatican à l’égard de l’Afrique du Sud. Selon cet évêque
noir, l’épiscopat sud-africain souhaite une visite du pape, tout en estimant qu’elle n’est pas possible. "Nous nous serions réjouis de la présence
du pape en Afrique du Sud, parce qu’il aurait affirmé clairement et sans
ambiguïté que promouvoir la justice sociale n’est pas une option secondaire
du christianisme, mais que c’est un élément constitutif de l’Evangile", devait préciser Mgr Napier. Une visite du pape, ajoutait-il, serait certainement une occasion de conversion: "L’Afrique du Sud souffre du péché de
discrimination raciale et d’injustice". Malheureusement, déplorait l’évêque
de Kokstad (Afrique du Sud), une telle visite est actuellement inopportune:
"La violence endémique, la polarisation extrême de la société sud-africaine, la répression de l’état d’urgence rendent impossible un séjour sans
trouble".
En d’autres termes, selon Mgr Napier, le pape condamne l’apartheid et
voilà pourquoi il ne veut pas se rendre en Afrique du Sud. On ne saurait,
en effet, donner à l’apartheid, pour la circonstance, un visage présentable: "Jésus nous enseigne que si nous voulons vivre dans la paix et la
prospérité, il nous faut chercher le Royaume de Dieu et sa justice. L’aparteid, c’est le diable. Comme le péché ou le cancer, il ne peut être
réformé. Il doit être supprimé", écrivait à ce propos le quotidien "La
Croix".
Zimbawbe: la grande maison de pierre
Première étape du voyage du pape en Afrique australe: le Zimbabwe,
c’est-à-dire l’ancienne Rhodésie du Sud. Le pape y passera trois jours, du
samedi 10 au mardi 13 septembre. Le Zimbabwe a pour voisin la Zambie et le
Mozambique, au nord et à l’est; l’Afrique du Sud et le Botswana, au sud et
à l’ouest. Il s’étend sur une superficie de 390.000 km2. Pays enclavé, il
paie aujourd’hui très cher la protection de son accès à la mer, à Beira,
port du Mozambique sur l’Océan Indien: 300.000 dollars par semaine. C’est
une des nombreuses conséquences de la politique menée par l’Afrique du Sud:
le Zimbabwe entretient une armée de 7000 soldats au Mozambique et accueille
130.000 réfugiés de ce même pays.
L’occupation humaine du Zimbabwe est très ancienne (Bochimans). Elle y a
laissé des traces importantes. En de nombreux endroits, on peut encore admirer des scènes de chasse peintes sur des parois de grottes par les Bochimans il y a plusieurs milliers d’années. Mais la population noire actuelle
appartient au groupe Bantou, dont les ancêtres ont laissé eux aussi des vestiges archéologiques non négligeables: le site de Zimbabwe est un ensemble
monumental de ruines s’étendant sur 24 hectares et datant probablement de
huit à dix siècles. Ce site a donné son nom actuel au pays tout entier: "La
grande maison de pierre".
Un pays en développement
La grande majorité des 9 millions d’habitants du Zimbabwe sont des jeunes: 60% ont moins de vingt ans. Le taux de croissance démographique est
fort élevé, même pour l’Afrique: 3,5%. Quelque 150.000 blancs sont restés
au pays ou y sont revenus après les premières années d’indépendance. Economiquement, le Zimbabwe ne manque pas de richesses: mines, agriculture, élevage, industrie. Il a pu surmonter les effets de la grave sécheresse des
années 1982 à 1985. Et sans euphémisme, il est aujourd’hui permis de parler
d’un pays en développement. Les contradictions ne manquent cependant pas.
Le pays lutte contre l’apartheid, mais deux tiers de ses exportations partent vers l’Afrique du Sud. Par ailleurs, l’économie reste profondément
duale: d’un côté, un secteur productif moderne et très développé; de
l’autre, une agriculture de subsitance pour 80% de la population.
Le combat noir pour l’indépendance
Politiquement, le Zimbabwe n’est devenu indépendant que tardivement, le
18 avril 1980. Pendant de nombreuses années, la domination de la minorité
blanche sur la masse noire ressemblait à la situation sud-africaine.
L’apartheid se cachait sous le mot de "développement communautaire". En
1965, dans le but de sauvegarder et de renforcer ses intérêts, la minorité
blanche, sous la conduite de Ian Smith, avait unilatéralement proclamé
l’indépendance du pays. Pour asseoir leur supériorité, les blancs
n’hésitèrent pas à encourager le système d’organisation tribale des Africains. Pourtant, dès 1973, le combat des Noirs pour l’indépendance prit une
tournure violente. Il devait durer sept ans et entraîner la mort de 25.000
personnes.
Les Eglises et l’Etat
Président du pays depuis quelques mois après avoir été Premier ministre,
Robert Mugabe, qui est "marxiste et catholique", s’est montré très habile
politicien. Et son marxisme n’a rien de doctrinaire, dans ce pays ou le
christianisme est largement présent, mais sous des dénominations diverses:
protestantisme, anglicanisme, Eglises chrétiennes indépendantes, Eglise
catholique. Cette dernière représente 8,5% de la population et compte six
diocèses. Pour les religions traditionnelles locales, on cite le chiffre de
40%. Comme partout ailleurs, on peut penser que leur influence se poursuit
même chez les chrétiens. Diverses organisations missionnaires fondamentalistes d’origine américaine s’efforcent, aux yeux d’observateurs critiques,
de diffuser un christianisme qui ressemble plus à un soutien de la politique sud-africaine qu’à une mise en pratique de l’Evangile.
Bien que nominalement marxiste, le régime actuel garantit la liberté religieuse. L’Etat et les Eglises font bon ménage A vrai dire, aussi bien
avant l’indépendance qu’après, le soutien des responsables d’Eglises aux
dirigeants politiques africains a été important, mais non unanime. Il y eut
même une minorité d’ecclésiastiques pour faire cause commune avec les
blancs, sans doute par méfiance à l’égard du communisme. Dès lors, il n’est
pas étonnant de constater, de la part des hommes politiques, à la fois de
la reconnaissance pour les services rendus par les Eglises et une invitation pour qu’elles s’engagent davantage au service de la réconciliation nationale, du développement et d’une plus grande équité sociale. Voir aussi à
jouer un rôle au niveau de la formation des travailleurs et la création
d’emplois, en particulier en aidant à la création de coopératives et de petites entreprises, ainsi que le ministre du travail l’a récemment demandé.
(apic/cip/pr)
Botswana: un diocèse pour un pays
Le Botswana, ou le pape passera la journée du mardi 13 septembre dans la
capitale Gaborone, est un pays vaste mais peu peuplé. Pour 600.000 km2 , il
ne compte que 1,2 millions d’habitants, soit 2 habitants au km2. Situé au
centre de la partie méridionale de l’Afrique, le Botswana a pour voisin le
Zimbabwe, l’Afrique du Sud et la Namibie. Il touche également à la Zambie,
mais par une frontière de plusieurs centaines de mètres seulement, le long
du Zambèze. La grande majorité du territoire de l’ancien Bechuanaland est
désertique: c’est le Kalahari.
Les premiers occupants du pays furent les Bochimans, comme au Zimbabwe.
Lors de l’arrivée des bantous, ils ont été refoulés vers les régions les
moins fertiles. Ils ont néanmoins laissé des traces archéologiques intéressantes et constituent, aujourd’hui encore, un groupe ethnique très particulier. Nomades, vivant de chasses et de cueillettes, ils forment une minorité de quelques dizaines de milliers de personnes. En dehors de ce groupe
et des Herrero, très minoritaires eux aussi, le pays jouit d’une rare homogénéité ethnique et linguistique.
Stable mais sous pression
Indépendant depuis le 30 septembre 1966, le Botswana connaît une stabilité politique étonnante, ses principales difficultés et menaces lui venant
de l’Afrique du Sud. S’il peut se vanter d’être un des rares pays du continent à n’avoir jamais emprisonné pour motif politique un seul de ses ressortissants, il se trouve trop proche et trop dépendant de l’Afrique du sud
pour être à l’abri des soubresauts politiques de ce pays. Cette année encore, l’armée sud-africaine a violé les frontières et effectué un raid dans
la capitale pour y tuer quatre membres présumés du Congrès National Africain (ANC).
Présence chrétienne
La première présence chrétienne fut de type protestant. Sous le roi
Khmai (1872-1930), le congrégationalisme fut religions d’Etat. Aujourd’hui,
on estime que la moitié des habitants sont chrétiens: principalement des
protestants ou des membres d’Eglises indépendantes, les catholiques ne
formant que 4% de la population. Les missionnaires catholiques n’ont été
présents qu’à partir de 1926. La première ordination sacerdotale, en 1963,
fut celle de l’abbé Tshosa Setlalekgosi, qui allait devenir, en mars 1982,
évêque de Gaborone, unique diocèse du pays.
Il s’agit donc d’une Eglise très jeune. Son clergé est réduit et, dans
ce pays immense, les distances constituent un obstacle pastoral de taille.
L’encouragement des vocations locales fait logiquement partie des priorités
du diocèse. L’Eglise est engagé dans les domaines de l’enseignement et de
la santé, mais aussi dans des coopératives paysannes et des ateliers d’objets d’art.
Lesotho: pays froid au soleil chaud
Après le Zimbabwe et le Botswana, Jean-Paul II se rendra, les mercredi
14 et jeudi 15 septembre au Lesotho, petit royaume indépendant, enclavé en
plein coeur de l’Afrique du Sud. Le pays portait auparavant le nom de Basutoland. Il est borné à l’est par la province sud-africaine de Natal, au
sud-est et au sud par celle du Cap, au nord et à l’ouest par l’Etat libre
d’Orange, Sa superficie est de 30.335 km2 pour quelque 1,6 millions d’habitants. Le Losotho trouve son origine dans la personnalité du roi Moshoeshoe
1er, mort en 1870. Au début du XIX siècle, les Bosotho, Bantous précédemment venus d’afrique centrale, vivaient en clans autonomes et même rivaux.
L’empire zoulou, qui cherchait à s’étendre, se montrait particulièrement
cruel envers ceux qui lui résistaient. Moshoeshoe parvient à regrouper les
clans décimés par les zoulous et en fit une nation.
La citadelle de taba Bosiu, ou une rencontre est prévue le 14 septembre
entre le pape et le roi actuel Moshoeshoe II, est un plateau rocheux entouré de profonds précipices. Elle servit plus d’une fois au fondateur du
pays pour se défendre contre les envahisseurs. Aujourd’hui, le pouvoir du
roi est très limité par la Constitution. Ainsi, en 1970, Moshoeshoe II a
voulu réagir contre les irrégularités électorales, mais l’homme fort du moment, le Premier ministre Leabua Jonathan, l’envoya en exil. Un exil dont
il n’est revenu que dix ans plus tard, en s’engageant à ne plus se mêler de
politique.
Pauvreté et dépendance
L’Afrique du Sud n’est pas indifférente à ce qui se passe au Lesotho. Au
début des années 80, elle exerça une pression de plus en plus forte sur
Leabua Jonathan, qu’elle accusait de soutenir les réfugiés politiques sudafricains et les maquisards de l’ANC. Pretoria lança des raids militaires
jusqu’au coeur du Lesotho puis, en janvier 1986, mit le pays sous blocus
économique total. Jonathan fut alors renversé et remplacé par le général
Lekhanya, nettement plus conciliant que son prédécesseur vis-à-vis de
l’afrique du Sud.
La marge de manoeuvre du gouvernement du Lesotho est d’autant plus
étroite que le pays est pauvre et que son économie dépend totalement de son
grand et unique voisin: alimentation, produits manufacturés, téléphone,
électricité, pétrole, etc. De plus on estime à 150.000 travailleurs (près
de la moitié de la population masculine active) le nombre de ceux qui
émigrent en Afrique du Sud pour y descendre dans les mines d’or, de diamants et de charbon ou pour s’engager dans les fermes. Ils ne peuvent y emmener leur famille et ne reviennent dans leur village que tous les six
mois. Cette émigration rapporte certes de l’argent au pays, mais son coût
humain, social et même économique est très élevé.