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    Bolivie : patrie des Aymaras, pays de l’étain et de la cocaïne

    DOSSIER SUR LE VOYAGE DU PAPE EN AMERIQUE LATINE (190488)

    Fribourg, 19avril(APIC/CIP) Malgré la richesse de son sous-sol, la Bolivie figure parmi les pays les plus pauvres du globe. Il couvre une superficie de 1’098’000 km2 et sa population s’élève à 6’600’000 habitants. Bien

    que les Indiens (Quechuas et Aymaras pour l’essentiel) constituent les

    trois quarts de la population, ils continuent d’être dominés et marginalisés par les blancs et les métis. Le pays est accroché à la Cordillère des

    Andes et une partie de sa population vit à 4’000 mètres d’altitude et audelà.

    L’empire des Aymaras (dont le centre se trouvait à Tiahuanaco, non loin

    de La Paz) est antérieur à celui des Incas (langue quechua), mais ceux-ci

    s’imposèrent à leurs voisins et créèrent un vaste empire dont on évalue la

    population à 25 millions d’habitants et qui recouvrait les territoires

    actuels de l’Equateur, du Pérou, de la Bolivie, du Chili septentrional et

    d’une partie de l’Argentine. La rivalité entre deux princes incas facilita

    la conquête des Espagnols. Ceux-ci exploitèrent les populations indigènes

    tant dans les campagnes que dans les mines (d’argent d’abord, d’étain

    ensuite). Les Espagnols reprirent aux Incas le système de la "mita", sorte

    de travaux forcés auxquels les citoyens étaient astreints par tirage au

    sort et pour une durée limitée.

    Avant de devenir ce qu’elle est aujourd’hui, la Bolivie faisait donc

    partie d’un ensemble beaucoup plus vaste dans lequel elle portait le nom de

    "Haut-Pérou". Elle devint indépendante en 1825. Au cours de plusieurs

    conflits avec ses voisins, le pays perdit encore 54% de son territoire,

    pour devenir ce qu’il est actuellement.

    La situation économique et sociale de la Bolivie est particulièrement

    grave, cela ressort d’un rapport du Père Gregorio Iriarte. La moyenne de

    vie est de 47 ans, la mortalité infantile de 213 pour mille, le taux

    d’alphabétisation de 50% chez les personnes âgées de plus de 15 ans. La

    moitié des enfants meurent avant l’âge de dix ans. On estime que 90% des

    morts d’enfants pourraient être évitées.

    Les salaires réels, pour ceux qui ont encore du travail - le taux de

    chômage a grimpé au cours de ces dernières années à 25% de la population

    active -, permettent de moins en moins au travailleur de faire face aux

    dépenses élémentaires d’une famille. Si l’on se réfère à un indice 100 pour

    le salaire réel de 1982, celui de 1987 s’élève à 34.

    Les causes du marasme économique

    Dès avant la crise minière, la plus grande partie de la population

    connaissait déjà une très grande misère, mais, ces dernières années, le

    cours de l’étain s’est effondré. Du jour au lendemain, plus de 20’000

    mineurs ont été licenciés.

    A l’instigation du Fonds Monétaire International, le gouvernement

    pratique, de manière rigoureuse, une politique économique néo-libérale.

    Celle-ci a effectivement produit quelques résultats positifs (par exemple,

    le taux d’inflation, qui avait atteint des chiffres astronomiques plusieurs milliers de % - a été ramené à des proportions moins aberrantes),

    mais le coût humain de ce plan a été extrêmement lourd.

    Les évêques des centres miniers les plus importants du pays ont lancé un

    cri d’alarme le 31 juillet 1986. Ils écrivent notamment : "On ne peut faire

    retomber les effets de la crise sur d’importants groupes de travailleurs.

    Il est urgent de proposer des alternatives prenant en compte les exigences

    élémentaires de la justice... Nous en appelons à nos frères dans la foi des

    pays influents sur la scène économique internationale, afin qu’ils se

    servent de leur force morale dans l’opinion et dans les sphères de décision

    pour demander une rapide correction des injustices dans les relations

    économiques internationales qui affectent les plus pauvres."

    Un des moyens de survie est la culture de la cocaïne. La "coca", avant

    de faire de la cocaïne une drogue internationale, a d’abord été une "plante

    nationale" ayant une importance quasi religieuse que l’Occidental a peine à

    imaginer. De plus, tout le monde trouve normal de la mâchonner pour faire

    passer la sensation de la faim. La problème de la drogue et de son trafic

    n’apparaît pas immédiatement évident à la plupart des gens, si bien qu’on

    estime aujourd’hui à 600’000 le nombre de Boliviens qui vivent directement

    de la culture et de la vente de la cocaïne.

    L’Eglise

    Officiellement, la population est presque intégralement catholique. Mais

    de quel christianisme s’agit-il ? L’Eglise hiérarchique s’efforce de

    maintenir l’Eglise au milieu du village. A la base, des chrétiens se sont

    plus d’une fois trouvés aux avant-postes dans la lutte pour la défense des

    ouvriers et des paysans indiens. Chose étonnante et qui n’est pas sans

    susciter quelques interrogations : le clergé travaillant en Bolivie est à

    70% d’origine étrangère (prêtres "fidei donum", jésuites, oblats...).

    Quant à la population indienne, généralement considérée comme

    catholique, plusieurs remarques s’imposent à son sujet . L’une des manières

    par laquelle les Indiens ont résisté aux colonisateurs a été de couvrir de

    vêtements chrétiens leurs croyances ancestrales. Un exemple : la

    "Pachamama" (Terre-mère des Quechuas) a été assimilée plus tard à la Vierge

    Marie. Dans un numéro consacré à la Bolivie, la revue "Vivant Univers"

    écrit : "Du christianisme qui leur fut imposé, les Indiens ont surtout

    adopté un vocabulaire qui leur permit d’exprimer en termes catholiques

    leurs propres croyances". La revue cite encore Diez de Medina :

    "Profondément religieux dans sa chair et dans son sang, l’Indien mélange

    tous les cultes. Rien ne lui est plus naturel que de s’agenouiller devant

    des images catholiques, l’esprit tout occupé de ses divinités ancestrales".

    Par ailleurs, quatre importants dirigeants Aymaras se sont récemment

    exprimés sur leur identité traditionnelle face à la religion des

    envahisseurs : "Au début de la colonisaiton, les Aymaras ont été obligés de

    se convertir au christianisme... Dans les endroits les plus reculés et les

    plus cachés, on n’accepte pas la religion chrétienne. Même dans les

    endroits ou les missionnaires ont réussi à pénétrer, ils n’ont pas

    complètement atteint le but qu’ils s’étaient fixé, car nos frères

    n’acceptent la religion catholique que superficiellement... Accepter la

    religion chrétienne, c’est une façon pour nous de nous protéger pour

    continuer à être nous-mêmes... Vous pouvez évangéliser les chrétiens

    eux-mêmes dans les villes, surtout les gouvernants qui sont catholiques.

    Quant à nous, laissez-nous tranquilles. Nous avons déjà notre religion et,

    pour nous, c’est une bonne religion. Préoccupez-vous d’être de bons

    chrétiens et nous nous préoccuperons d’être de bons Aymaras". L’approche du

    cinquième centenaire de la "découverte" de l’Amérique semble provoquer un

    réveil de la conscience indienne colonisée. (apic/cip/ym)

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