Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    DOSSIER SUR LA VISITE DU PAPE EN AMERIQUE LATINE (210488)

    Paraguay : de la "république" des Guaranis à la dictature militaire

    Fribourg, 21avril(APIC/CIP) Le Paraguay est, avec la Bolivie, un des deux

    seuls pays d’Amérique latine à ne disposer d’aucun accès direct à la mer.

    Le pays est relativement vaste : 406’000 km2; la densité de sa population

    est plus faible que celle de ses voisins, mais le pourcentage des jeunes et

    le taux de croissance sont l’un et l’autre fort élevés. Le pays compte

    actuellement 3,8 millions d’habitants. Beaucoup de Paraguayens se sont

    expatriés, pour des raisons politiques d’abord, économiques ensuite.

    La grande majorité de la population est métissée (Guaranis-Espagnols),

    mais il subsiste des Indiens purs dans la région pauvre et désertique du

    Chaco, ainsi que des Européens non métissés, descendants de familles

    espagnoles ou réfugiées de l’extrême droite mondiale.

    Avant l’arrivée des Espagnols, le pays était occupé par les Guaranis, un

    groupe de tribus semi-nomades dont le nom signifie "guerriers". La ville

    d’Asuncion fut fondée le 15 août 1536. Dès le début, elle constitua une

    tête de pont pour l’entreprise coloniale. Les jésuites, venus dans le

    Nouveau Monde d’abord pour y fonder des collèges et des séminaires pour les

    fils des conquistadors, réagirent bien vite contre le comportement

    scandaleux des colons à l’égard de populations locales. Avec les

    encouragements du roi d’Espagne, ils créèrent les fameuses "Réductions"

    pour protéger les Indiens contre la cupidité coloniale et organiser leur

    vie sociale dans une sorte de république chrétienne. Les estimations de la

    population totale des Réductions vont de 150’000 à 300’000 personnes. Le

    système des Réductions dura un siècle et demi et se termina par des

    soubresauts politico-religieux particulièremnt pénibles. C’est probablement

    grâce qux jésuites que la langue des Guaranis est restée très vivante

    jusqu’à ce jour.

    En 1811, les Paraguayens se déclarèrent indépendants tant vis-à-vis de

    l’Argentine que de l’Espagne. Depuis, l’histoire du pays a été marquée par

    deux guerres extrêmement meurtrières : celle de la Triple Alliance

    (1865-1870) contre le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay, et celle du Chaco

    (1932-1935) contre la Bolivie.

    Depuis 1954, le Paraguay vit sous la dictature du général Stroessner,

    âgé aujourd’hui de 75 ans. En février dernier, le doyen des dictateurs

    sud-américians s’est fait réélire avec un succès nominal de près de 90% des

    suffrages exprimés, mais il faut noter que le taux d’abstention a été

    particulièrement élevé et que des fraudes et des pressions ont été relevées

    par de nombreux observateurs.

    Dans une perspective idéologique marquée par l’extrême droite, il se

    passe au Paraguay des choses plutôt étonnantes : Asuncion, la capitale, a

    été déclarée ville-soeur de Pretoria, la capitale de l’Afrique du Sud; en

    mai 1986, une messe a été célébrée à la mémoire du "défenseur de la

    civilisation occidentale et chrétienne" que fut Adolf Hitler. En effet,

    nombre d’anciens responsables nazis ont trouvé refuge au Paraguay.

    Une des clés du problème social réside dans la question agraire. Les

    principales ressources du pays sont apportées par l’agriculture et

    l’élevage. Or, d’un côté, 14% des Paraguayens n’ont pas la moindre parcelle

    de terre à cultiver; de l’autre, 2’200 grands propriétaires (sociétés ou

    familles) possèdent 78% des terres cultivables. La lutte des pauvres pour

    survivre est quotidienne. Au cours des dernières décennies, des centaines

    de milliers de Paraguayens ont quitté leur pays, le plus souvent à

    destination de l’Argentine. Par ailleurs, les occupations de terre par les

    paysans ne sont pas rares; mais les grands propriétaires, soutenus par

    l’appareil politique, ne reculent devant aucun moyen pour réprimer tout ce

    qui n’est pas complètement soumis : pillages, incendies de récoltes,

    emprisonnements, tortures, massacres, bref, un régime de terreur pour les

    pauvres, tandis que dans le même temps une petite minorité civile et

    militaire pratique une corruption et une contrebande inimaginables.

    Une hiérarchie ecclésiastique de plus en plus critique

    Théoriquement, le pays est catholique à plus de 95%, mais l’étiquette

    catholique recouvre des choses fort variables. Le régime en place aime

    afficher son attachement à ce qu’il appelle les "valeurs chrétiennes", et

    il a tout mis en place pour tirer le meilleur profit de la visite du pape.

    Mais l’Eglise hiérarchique se montre de plus en plus critique à l’égard

    des agissements de la dictature. Tous les évêques ne vont pas aussi loin

    que Mgr Medina, qui ose dire publiquement que le pouvoir est accaparé par

    un "petit groupe de tout puissants qui jouissent de beaucop de privilèges

    et qui s’enrichissent à bon compte". Cependant, c’est aujourd’hui la

    Conférence épiscopale qui monte aux créneaux. Sans doute les évêques y

    ont-ils été progressivement poussés par les communautés de base, par les

    religieux et par le clergé. En tout cas, la Conférence épiscopale a

    instauré en 1986 une structure d’échange et d’analyse baptisée "Dialogue

    national", en vue de favoriser une recherche commune de solutions

    équitables aux problèmes du pays et ainsi préparer l’après-dicatture. Le

    parti Colorado (parti officiel) est le seul groupement à avoir refusé de

    participer à cette concertation.

    Un conflit est également apparu entre le pouvoir et l’Eglise à propos de

    la prochaine visite du pape. Le président souhaite en retirer un grand

    profit personnel et masquer à Jean Paul II et à la presse étrangère ce qui

    se passe dans les régions pauvres. Ainsi le pape se rendra à Encarnacion,

    ville natale du président, mais il évitera Concepcion, dans la partie

    déshéritée du pays. L’évêque de Concepcion, Mgr Maricevich, n’a pas mâché

    ses mots : "On veut que le pape se rende dans les seules zones riches du

    pays et lui cacher les zones pauvres. Voilà un pays qui vit de mensonges et

    de mascarades." En outre, le gouvernement a refusé que certains de ses

    membres puissent rencontrer au audience privée les participants du

    "Dialogue national". Ceux-ci souhaitent remettre à Jean Paul II le document

    final qu’ils ont publié en décembre dernier. Les autorités veulent diluer

    cette rencontre dans un rassemblement de 3’000 à 4’000 personnes.

    (apic/cip/ym)

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus