DOSSIER SUR LA VISITE DU PAPE EN AMERIQUE LATINE (200488)
Fribourg, 20avril(APIC/CIP) Jean Paul II a déjà effectué une visite
apostolique au Pérou en février 1985. Il s’y arrêtra les 14 et 15 mai,
pendant un peu plus de 24 heures, pour participer à la cérémonie de clôture
du 5e Congrès eucharistique et marial des pays bolivariens (Colombie,
Bolivie, Equateur, Pérou et Venezuela). Ce congrès se tiendra à Lima du 7
au 15 mai.
Le Pérou s’étend sur une superficie de 1’285’000 km2 et comporte trois
grandes régions géographiques très distinctes . la région côtière, les
hautes montagnes des Andes et la "selva" (forêt amazonienne). Le pays
compte une population de 20,2 millions d’habitants, dont au moins 50% sont
Indiens et 35% métis. Près du tiers de la population totale du pays habite
la capitale, et on estime que quatre millions de personnes s’y entassent
dans des bidonvilles. A partir des années 70, la politique néo-libérale des
dirigeants péruviens, conjuguée à la crise économique mondiale, a entraîné
des conséquences dramatiques pour une partie importante de la population
(en ville et à l’intérieur du pays). Pour plusieurs millions de citoyens,
la faim est devenue une réalité permanente.
A partir de 1980, la guérilla maoïste dite du "Sentier lumineux" s’est
développée dans les montagnes et a suscité chez beaucoup de petites gens
des sentiments mélangés de crainte et de sympathie.
En 1985, le Pérou s’est donné un jeune président de 36 ans, Alan Garcia.
Ses efforts pour instaurer une politique nouvelle se sont heurtés à de
nombreux obstacles. La nationalisation des principaux groupes bancaires,
qu’il a décidée en juillet dernier, a provoqué une chute de sa popularité.
Le pays doit aujourd’hui affronter trois problèmes majeurs : la guérilla du
Sentier lumineux, les difficultés économiques (en particulier la question
de la dette) et enfin le spectre d’un coup d’Etat militaire.
Concrètement, quelle solution s’imposera demain : la solution maoïste du
Sentier lumineux, celle des grands propriétaires, celle du président, celle
des organisations paysannes ? il est impossible de répondre à cette
question actuellement.
Et l’Eglise ?
L’Eglise elle-même est traversée par les tensions que l’on observe dans
la société civile. Les communautés chrétiennes de base sont très actives
dans le pays et sont liées à divers combats sociaux (associations de
quartier, mouvements de femmes, action syndicale).
Au Pérou, les questions théologiques ne sont ni neutres ni purement
théoriques : par exemple, la pensée de Gustavo Gutierrez, l’un des
fondateurs de la théologie de la libération, ne laisse personne indifférent
: la réflexion de foi se fait-elle à partir des rites et des traditions ou
à partir de ce que vit concrètement la peuple ?
Du côté de la hiérarchie catholique, les mêmes oppositions
théologico-pastorales sont décelables, même si les dernières nominations
épiscopales semblent avoir renforcé le courant conservateur.
Le Pérou et son Eglise se trouvent confrontés à plusieurs problèmes
semblables à ceux que connaît la Bolivie. En particulier, pas plus au Pérou
qu’en Bolivie, le problème colonial n’a jamais été résolu : question des
terres et de leur propriété, avec toutes les conséquences culturelles et
vitales que cela implique; au plan religieux, il y a encore la question de
la conversion superficielle de la population indienne. (apic/cip/ym)