Donald Trump a nommé plusieurs catholiques conservateurs à des postes-clés de son futur gouvernement. Le président élu a compris qu'il avait besoin de la droite catholique pour pouvoir gouverner, estiment les observateurs. Tour d’horizon de quelques personnalités.
Le premier collaborateur catholique de Donald Trump est son vice-président J.D. Vance. Le sénateur de l’Ohio a été baptisé et confirmé en 2019. Il est venu à l’Eglise catholique après un cheminement spirituel qui a commencé lorsqu’il était marine en Irak, alimenté par la lecture de la Cité de Dieu de saint Augustin (354-430). J.D. Vance est né dans une famille chrétienne sans dénomination de l’Ohio. Adolescent, il a intégré une Eglise évangélique avant de passer par une phase d’athéisme au début de ses études de droit.
Au sein de sa fac de droit, J.D. Vance aurait commencé à avoir une nouvelle appréciation du potentiel de la foi. Il est entré en contact avec des catholiques et a fini par être persuadé de la vérité du catholicisme. Il s’est assez largement expliqué sur sa foi et sa conversion personnelle, ses opinions sur des thèmes importants pour les catholiques, tels que l’avortement, ou la justice sociale sont peu explicites. En 2019, il avait affirmé que ses avis en matière de politique publique s’alignaient sur l’enseignement social catholique.
Il avait également déclaré qu’”une partie du défi que doit relever le conservatisme social pour être viable au XXIe siècle est qu’il ne peut pas se limiter à des questions telles que l’avortement, mais qu’il doit avoir une vision plus large de l’économie politique et du bien commun». Ses détracteurs observent que J.D. Vance n’a pas une ligne idéologique très solide, et le classent dans la catégorie des politiciens opportunistes.
Marco Rubio, un fils d’immigrés cubains
Le futur ministre des Affaires étrangères Marco Rubio a d'abord tourné le dos à l'Eglise catholique avant de la retrouver. “Je suis totalement en accord avec l'Eglise catholique romaine sur le plan théologique et doctrinal”, a souligné ce fils d'immigrés cubains, mariée à une catholique.
Selon Donald Trump “Marco est un leader très respecté et une voix très puissante pour la liberté. Il sera un fervent défenseur de notre nation, un véritable ami de nos alliés et un guerrier intrépide qui ne reculera jamais devant nos adversaires. J'ai hâte de travailler avec Marco pour rendre l'Amérique et le monde sûrs et formidables à nouveau !”
«Sous la direction du président Trump, nous apporterons la paix par la force et mettrons toujours les intérêts des Américains et de l'Amérique au-dessus de tout”, a répondu Marco Rubio.
America first
Toujours dans le domaine des affaires étrangères, la future ambassadrice de l'ONU Elise Stefanik est également catholique. Cette stricte opposante à l'avortement associe sans difficulté sa foi catholique au nationalisme américain. C'est cette ligne de conduite qu'elle entend défendre devant les Nations-Unies. Mme Stefanik, qui préside actuellement la Conférence républicaine de la Chambre des représentants, est devenue une alliée convaincue de Trump au cours de son mandat à la Chambre des représentants. Lors de sa première élection en 2014, elle était alors la plus jeune femme jamais élue au Congrès.
Directeur de la CIA
Le directeur désigné de la CIA John Ratcliffe est lui aussi catholique. Il est élu du Texas à la Chambre des représentants à partir de 2015. De 2020 à 2021, il est directeur du renseignement national sous la première présidence Trump. Considéré comme un faucon, il s’est aussi fait le défenseur de la liberté religieuse.
Robert F. Kennedy
En tant que futur ministre de la santé, Robert F. Kennedy est issu du célèbre clan politique Kennedy, catholique et démocrate. D'avocat écologiste, il s'est transformé de manière spectaculaire en partisan de Trump. Il aura désormais sous ses ordres quelque 80’000 employés afin de “rendre l'Amérique à nouveau saine”. Sa propre histoire est marquée par la dépendance et la rédemption. Il a confié avoir vécu une “profonde illumination spirituelle” qui l’aurait sauvé de sa dépendance à la drogue. Ses positions anti-vax et sa tendance aux théories du complot font cependant craindre le pire à ses adversaires.
Déportation de masse
Une des promesses de campagne de Trump est la ‘déportation de masse’ des immigrés. Cette opération sera confiée à un autre catholique, Thomas Homan qui obtient le poste de ‘chef des frontières’. Il était déjà responsable de la séparation des familles à la frontière durant le premier mandat de Trump et promet à nouveau de sévir. Il est temps que les clandestins (dont beaucoup de latinos catholiques NDLR) fassent leurs valises.
Le projet 2025
C'est un autre catholique influent qui a fourni le plan de ces expulsions. Kevin Roberts, chef de la Fondation Heritage, est l’architecte du ‘Project 2025’, un plan directeur de 900 pages pour une transformation autocratique des Etats-Unis. Roberts est un ami proche de J.D. Vance, qui a écrit la préface de son livre Dawn's Early Light, (La lumière de l’aube) paru après les élections.
Les nationalistes chrétiens sont encouragés sur la ligne de touche par le militant catholique de droite Steve Bannon et son podcast War Room. Après la victoire de Trump le 5 novembre, il a annoncé: “La bataille pour l'âme de l'Amérique a commencé.”
Vers un Etat nationaliste chrétien
Plusieurs de ces personnalités du futur gouvernement Trump, auxquelles d’ajoutent des bapistes et des évangéliques, doivent encore recevoir un aval du Congrès, mais la tendance conservatrice et nationaliste s’affirme clairement.
Pour le directeur du portail catholique Crux, John Allen, le tableau personnel de Trump ne doit rien au hasard. Le président élu a compris qu'il avait besoin de la droite catholique pour pouvoir gouverner. "Ce que nous voyons ici, c'est une tentative d'instaurer un Etat nationaliste chrétien", conclut-il. (cath.ch/cna/ncr/mp)