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    Le Père Luigi Maria Epicoco a été nommé assistant ecclésiastique du Dicastère pour la communication en juin 2021 © DR

    Don Epicoco: «Le pape n’a besoin de rien pour communiquer»

    Le Père Luigi Maria Epicoco est depuis juin dernier, assistant ecclésiastique du Dicastère pour la communication et éditorialiste à L’Osservatore Romano. Le prêtre italien proche du pape revient pour I.MEDIA sur la crise d’identité traversée par ce dicastère. «Le pape François nous enseigne que la réalité prime sur les idées », assure-t-il.

    Propos recueillis par Isabella H. de Carvalho, I.MEDIA

    Quelle est la tâche d’assistant ecclésiastique que vient de vous confier le pape François?
    L’assistant ecclésiastique est précisément au service des personnes. Il s’agit de les aider à établir des belles relations de travail. Le dicastère est vraiment grand. Il y a environ 600 employés avec des réalités qui, au fil des ans, ont fini par se rassembler autour d’un même noyau. C’est comme un récipient dans lequel on trouve beaucoup de réalités différentes. Mon travail est celui d’un rassembleur, une personne qui essaie de créer de l’unité. En effet, plus un corps aussi grand est uni, plus il devient efficace. Il ne s’agit pas d’être dans un idéal mais de tirer tout le potentiel que peuvent avoir les différents employés car tous sont de très bons professionnels. 
    Je suis encore en train de penser à la manière dont je vais exercer cette tâche car cette nomination est arrivée d’un coup. Cette période initiale sera d’abord consacrée à l’écoute des personnes. Il s’agit aussi d’entrer dans les mécanismes du dicastère et de me rendre disponible et au service.

    Peut-on vous considérer comme une sorte d’ “aumônier” du dicastère ?
    Non, ce n’est pas exactement cela. J’ai une image, sans doute un peu trop poétique, qui peut vous donner une idée de ce que je vais faire. Quand vous préparez un gâteau, il y a beaucoup d’ingrédients, mais l’important c’est qu’à un moment donné ces ingrédients soient mélangés. Si vous ne les mélangez pas, ils ne deviendront jamais un gâteau. Mon rôle est donc d’essayer d’aider tous ces ingrédients – très bons et de très bonne qualité – à trouver cette unité afin de produire un nouveau résultat. Ce dernier n’est pas la somme de toutes les personnes présentes dans le dicastère mais quelque chose de nouveau.

    Pourquoi le pape François vous a-t-il nommé à ce poste ? Et pourquoi précisément maintenant ?
    Le pape avait depuis longtemps à cœur de m’insérer dans cette expérience mais en raison de mes engagements institutionnels, je ne pouvais accepter avant. Et puis nous sommes arrivés à ce moment historique… De mon point de vue, le pape a une immense estime pour Paolo Ruffini [le préfet du dicastère pour la communication, Ndlr]. Quand il m’a parlé de ce département, il m’a dit : «comme un père, je t’envoie dans un endroit où tu peux apprendre et où tu peux travailler avec des gens compétents». Je viens ici en me mettant au service mais je suis aussi heureux de pouvoir recevoir beaucoup d’employés.

    Ce dicastère traverse une crise d’identité. Le dernier discours du pape à Vatican News laisse entendre qu’il attend davantage de ses journalistes. Quel est le rêve du pape pour ce dicastère?
    C’est difficile de répondre à cette question dans le sens où le pape est un génie de la communication. Il l’a dans ses cordes. En réalité, le pape n’a besoin de rien pour communiquer parce qu’il sait le faire. Ce qui est difficile, le défi, c’est d’essayer de se mettre au même plan que ce génie.
    La crise que le dicastère traverse est normale, celle d’un organisme qui a accepté de changer. À présent, dans cette crise, il y a une évolution. Nous sommes en train d’essayer de comprendre où nous allons. Parfois, nous pensons que la mise à jour de la communication se limite à une mise à jour technologique, alors nous améliorons la performance ou nous fournissons des services… Mais le pape veut que nous renouvelions la façon dont nous regardons la réalité, la façon dont nous la communiquons.
    Je donne un exemple : parfois, nous pensons que se montrer charitable consiste seulement à donner de la nourriture à ceux qui ont faim. Mais la plus haute forme de charité est de donner la parole à ceux qui ne l’ont pas. Raconter les histoires marginales, les histoires de la périphérie, mettre au centre ceux que la société ne regarde pas: telle est par exemple l’une des missions des médias du Vatican. Le pape nous a éduqués à cette Église en sortie qui remet la périphérie au centre. Ce n’est pas quelque chose que nous pouvons faire à la manière d’un projet de groupe, autour d’une table. Cela suppose plutôt la conversion de chacun: nous devons regarder la réalité d’une nouvelle manière.

    Pensez-vous que les médias du Vatican ont vraiment la liberté de se rendre sur le terrain, aux périphéries? On sait bien que les journalistes du Vatican ne peuvent pas librement raconter ce qui se passe en Chine par exemple…
    Le pape nous enseigne que la réalité prime sur les idées. La réalité est faite de tensions dialectiques, c’est-à-dire qu’il y a beaucoup des choses à prendre en compte. Par exemple, si je donne un mauvais compte-rendu d’une nation ou d’une certaine politique, mes frères qui vivent dans cette nation peuvent souffrir à cause de moi, donc je dois faire très attention. En même temps, je dois apprendre à être capable de dire la vérité pour mes frères. D’un côté, il faut être prudent, et de l’autre, il s’agit de prendre le large. Jamais l’un sans l’autre.

    Donc, sur certains thèmes, comme la Chine ou l’Arménie, la prudence est une forme de charité?
    Oui, c’est une charité par rapport à nos frères, oui.

    Comment trouver le juste équilibre entre la prudence et la prise de risque?
    Il n’y a pas de formule, c’est comme lorsqu’une personne marche sur un corde. Si elle reste immobile elle tombe, elle doit se balancer, osciller. Cela signifie qu’elle doit sans cesse ajuster sa façon de communiquer. Sans jamais complètement s’enfermer et sans jamais simplement s’ouvrir. Ces deux mouvements doivent toujours être opérés ensemble. Ce qui aide à discerner, c’est que personne ne travaille seul. Le regard des autres peut m’aider à voir ce que je ne vois pas. Quelqu’un en face de moi peut voir derrière moi alors que je ne vois rien, et ainsi m’aider. Cela signifie aussi que la prudence et le courage entrent parfois en confrontation.

    Pensez-vous que le pape se rende compte qu’il n’est pas évident de faire cohabiter sa communication très spontanée avec une institution comme le Dicastère de la communication ? C’est un défi… 
    Oui, il se rend compte que c’est un défi. Et puis, il ne faut pas oublier que le Dicastère de la communication est uniquement composé de professionnels. C’est comme un hôpital qui posséderait le meilleur chef de cardiologie ou le meilleur chef d’orthopédie. Ils sont tous d’un grand professionnalisme. Je pense que le pape est très rassuré par le fait que ce dicastère soit dirigé par quelqu’un de l’épaisseur de Paolo Ruffini, qui, pour nous en Italie, demeure une référence. Cela le rassure beaucoup parce que sa parole a un poids spécifique. Je pense que le pape a eu du courage de créer un département ou la grande majorité des employés sont laïcs, c’est une vraie valeur ajoutée. Dans ce dicastère, paradoxalement, je vais peut-être faire ce que je dois faire: le prêtre.

    Le pontife a adressé à plusieurs reprises des félicitations à La Civiltà Cattolica [le média de la Compagnie de Jésus, Nldr]. Il semble que le journal jésuite soit un modèle pour lui. Qu’apprécie-t-il dans sa ligne éditoriale?
    Le pape est une personne très curieuse. Il aime quand il trouve des outils qui, au lieu de répéter toujours les mêmes choses, vont chercher quelque chose de nouveau. Par exemple, il m’a confié qu’en lisant L’Osservatore Romano, il était tombé sur un entretien avec Edith Brooke [une écrivaine italienne d’origine hongroise survivante d’Auschwitz, Ndlr]. À la fin de sa lecture, il s’est dit qu’il devait aller chez elle. C’est comme s’il avait su exactement ce qu’il devait faire. Le pape n’est pas sensible à l’histoire, mais aux histoires de personnes, jamais universelles, mais toujours dans le détail. Des histoires qui permettent la rencontre et relient. Quand les outils de communication réussissent à faire ça, à raconter ces histoires, cela touche beaucoup le pape. (cath.ch/imedia/mp)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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