DOCUMENT APIC (091188)
Point de vue des organismes de pastorale dans le monde du travail
(catholique et protestant)
Engagés dans l’action pastorale avec le monde du travail, nous avons
réfléchi ensemble sur les trois objets de cette votation :
- Réduction de la durée du travail (40 heures)
- Spéculation foncière et immobilière (Ville-Campagne)
- Limitation de l’immigration (Action Nationale)
A première vue très diverses, ces initiatives touchent des domaines communs
et essentiels à la vie de notre pays : à savoir le rapport entre l’économie
et l’être humain, entre les contraintes économiques et la société que nous
voulons promouvoir. A ce titre, elles engagent plus précisément l’avenir du
monde ouvrier et populaire, suisse et immigré. C’est pourquoi, en solidarité avec ces groupes humains, nous prenons la responsabilité de faire connaître notre point de vue.
Réduction de la durée du travail (40 heures)
En Suisse la durée du travail - parmi les plus élevées d’Europe - est très
variée suivant les secteurs d’activité. Elle est dans l’industrie d’environ
43 heures. Mais cette moyenne ne rend pas compte des importants dépassements qui subsistent et des multiples heures supplémentaires.
L’initiative vise à réduire progressivement la durée hebdomadaire de travail à 40 heures, à raison de 2 heures par an et sans perte de salaire.
Certaines entreprises ont déjà adopté les 40 heures et se portent bien. Les
gains de productivité (augmentation de la production avec le même nombre
d’emplois) sont spectaculaires à notre époque. Il est donc normal que les
travailleurs en profitent aussi. A l’évidence, la modération du projet rend
possible la réduction prévue sans mettre en péril l’économie.
Mais la réduction de la durée de travail ne résoud pas tout. Car le travail
n’a pas la même signification pour celui qui exerce des responsabilités
épanouissantes que pour celui qui accomplit une tâche sans joie. Il importe
donc d’humaniser et d’enrichir le sens du travail.
Le travail est le moyen incontournable de vivre, mais il ne doit pas non
plus devenir l’obsession ou l’idole qu’il a tendance à être : il doit
laisser place à un temps qui permette au travailleur de rencontrer ses
proches et ses contemporains et de vivre une certaine reconnaissance de
Dieu.
Spéculation foncière et immobilière (Ville-Campagne)
Cette initiative préconise d’importantes réformes : garantir la propriété
et les fruits du sol à ceux qui le travaillent; faire de l’habitat un bien
accessible à tous.
C’est un cri d’alarme devant une situation dont souffrent trop de gens dans
notre pays : la spéculation foncière est un cancer social qui conduit les
petits paysans à un endettement insupportable et les oblige à abandonner
leur terre; la spéculation immobilière entraîne une concentration de l’habitat entre les mains d’une minorité et rend l’accès à la propriété quasi
impossible aux familles populaires. Plutôt que de supporter la spirale des
hausses de loyers, il serait plus juste de favoriser l’accès à la propriété
d’un appartement au plus grand nombre possible de familles.
Les effets négatifs de la spéculation sont supportés essentiellement par
les classes laborieuses de notre pays. Mettre fin à cette spéculation
serait un geste de solidarité nécessaire et en même temps un engagement
pour une répartition plus juste des biens immobiliers.
La terre appartient au Créateur, elle n’est à personne en propre, elle ne
peut donc être accaparée. (Néhémie 5, 1-15)
Limitation de l’immigration (Action Nationale)
Cette nouvelle initiative de l’Action Nationale ne parle des immigrés que
sous forme de chiffres. Or la plupart des imigrés sont là pour des raisons
économiques qui ne concernent pas qu’eux-mêmes.
S’il est vrai que les immigrés viennent en Suisse pour trouver du travail
et un salaire, il est vrai aussi que l’économie suisse a besoin d’eux et
qu’elle est largement organisée pour tirer profit de l’immigration : quand
l’offre d’emploi baisse, on renvoie les immigrés ou en limite le nombre,
grâce au mécanisme précis des divers permis, reconnu pour l’un des plus
astucieux du monde.
D’autre part, planifier l’immigration sur une période de quinze ans, sans
tenir compte des fluctuations économiques souvent imprévisibles, c’est à
coup sûr favoriser l’appel à des travailleurs clandestins plus nombreux et
plus exploités.
Selon les 7 Thèses des Eglises suisses sur la politique à l’égard des
étrangers, "il est primordial, pour notre avenir commun, que notre action
soit axée sur l’homme, son bien-être et sa dignité (...). La voie nous est
ici tracée par Jésus-Christ, qui a abaissé les barrières entre les hommes
et s’est affirmé solidaire des faibles et des déshérités".
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Le 4 décembre nous serons appelés à faire un choix. Puissions-nous le faire
guidés non par des intérêts individuels immédiats - comme le fait d’avoir
un bon horaire de travail, d’avoir sa terre et sa maison, de cotoyer des
immigrés chanceux - mais par le désir de servir les intérêts du plus grand
nombre et d’améliorer la situation des plus démunis.
L’importance des enjeux en cause est une interpellation pour notre foi personnelle et pour celle de nos communautés chrétiennes: notre adhésion au
Dieu de Jésus-Christ nous appelle à être partie prenante des choix qui font
l’histoire des hommes et des femmes de notre temps, dans le sens d’une plus
grande égalité entre tous, sans distinction de race, de nationalité ou de
statut social.
Lausanne et Genève, novembre 1988
Pastorale Monde du Travail Romande : A. Nendaz
Eglise et Monde du Travail, Vaud : B. Nicole
Ministère Protestant dans le Monde du Travail, Genève : A. Leenhardt