Difficile escale pour le pape Jean Paul II à Timor-Est (121089)
Dili, 12octobre(APIC/CIP) Une centaine de milliers de personnes - la moitié moins que prévu, étant donné les mesures de sécurité draconiennes de
l’armée indonésienne - ont assisté jeudi à Dili, capitale de Timor-Est, à
la messe célébrée par le pape Jean Paul II. Durant la cérémonie - à l’occasion de laquelle le pape a déploré la " situation affligeante" de l’ancienne colonie portugaise annexée par l’Indonésie et appelé à la réconciliation
- une vingtaine de sympathisants du mouvement indépendantiste FRETILIN ont
pu s’approcher d’une trentaine de mètres de l’autel avant d’être arrêtés
par les forces de sécurité indonésiennes. Plusieurs personnes ont été blessées.
Après une brève interruption, le pape Jean Paul II a terminé la messe dont l’homélie était prononcée en anglais et en tetum, la langue des Timorais - sans faire allusion aux incidents. Au cours de son homélie, le pape
s’est d’abord associé à la souffrance des Timorais. "Durant de nombreuses
années, a-t-il déclaré, vous avez fait l’expérience des destructions et de
la mort (...). Vous avez appris ce que signifie être victimes de la haine
et de la violence. Beaucoup d’innocents sont morts, d’autres ont été victimes de la vengeance et des représailles. Vous avez trop longtemps souffert
à cause de l’instabilité qui a rendu votre avenir incertain. Cette situation affligeante engendre des difficultés économiques qui, malgré quelques
améliorations, entravent le développement qui est nécessaire pour affronter
le poids de la faim et de la pauvreté, du chômage et du manque de perspectives".
"Timor a besoin de salut chrétien et de réconciliation"
Jean Paul II a souligné que "le respect des droits qui rendent la vie
plus humaine : droits des individus et droits des familles, doit être fermement garanti". Il a prié afin que "tous ceux qui sont responsables de la
vie du Timor Oriental agissent avec sagesse et bonne volonté envers tous,
en recherchant une solution juste et pacifique aux difficultés actuelles,
dans le but de favoriser une rapide amélioration des conditions de vie qui
vous permettront de vivre en harmonie, selon vos traditions et vos besoins,
dans une prospérité sereine et fructueuse".
Après avoir dit que Timor a besoin "de salut chrétien et de réconciliation", et que la communauté ecclésiale elle-même doit être "une communauté
réconciliée", le pape a observé qu’il n’est pas toujours facile de trouver
le courage, la détermination et la patience nécessaires à la réconciliation. "Mais nous savons que, par la foi, l’amour dépasse les frontières entre les nations, entre les peuples, entre les cultures", a-t-il lancé,
avant de conclure : "Quelles que soient les différences, les blessures et
les offenses, les disciples du Christ doivent penser à ces paroles du
Christ : pardonnez aux autres et l’on vous pardonnera (Lc 6, 37); aimez vos
ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent" (Mt 5, 44).
Retour en Indonésie
Parti de Maumere (Flores), Jean Paul II était arrivé dans la matinée à
Dili, siège de l’unique diocèse de l’ancienne colonie portugaise, où il a
béni la nouvelle cathédrale de l’Immaculée Conception, construite entre
1984 et 1988, avec une importante contribution financière du gouvernement
indonésien, puissance occupante. Après la messe, Jean Paul II a ensuite regagné Jakarta, où il a eu une rencontre avec le monde de la culture à
l’Université catholique Atma Jaya, une institution qui a vu le jour en 1960
à l’initiative d’une association de laïcs et qui compte aujourd’hui 6’000
étudiants. Saluant l’importante contribution de l’Eglise indonésienne dans
le domaine de l’enseignement, il a invité les catholiques présents à l’Université "à construire des ponts entre le monde de la connaissance et celui
de la foi". Le pape a souhaité que l’Indonésie ne succombe pas "à l’erreur
tragique de séparer la science de la foi, une séparation qui a eu des conséquences désastreuses dans d’autres parties du monde".
Le pape Jean Paul II, lors de son bref passage à Timor Est, contrairement aux espérances du peuple timorais, n’a pas baisé le sol lors de son
arrivée à Dili, ce qui aurait été interprété par les Indonésiens comme un
désaveu de leur main-mise sur l’ancienne colonie portugaise. (apic/jt/cickna/be)