Swissaid lance sa campagne "Semez l’espoir"
Berne, 12février(APIC) Le tiers-monde suit avec angoisse la démocratisation en Europe de l’Est, craignant que l’aide au développement ne se détourne désormais des pays du Sud, estime l’oeuvre d’entraide Swissaid, qui
rappelait lundi a cours d’une conférence de presse à Berne le "scandale
permanent" de la faim dans le monde, qui touche toujours 500 millions
d’êtres humains. Swissaid, qui lance sa campagne annuelle sur le thème "Semez l’espoir", met l’accent sur le soutien aux petits paysans du tiers-monde et à une agriculture respectueuse de l’environnement.
Saluant les "bouleversements démocratiques" à l’Est, H. W. Tobler, professeur à l’EPFZ et membre du Comité exécutif de Swissaid, a demandé que
l’on n’oublie pas qu’au Sud, des milliers d’enfants meurent chaque jour
victimes de la misère qui s’approfondit, notamment en raison de l’endettement croissant qui étrangle les pays en voie de développement.
La générosité du public a peut-être des limites
Si Mario Carrera, secrétaire romand de Swissaid, se veut rassurant quant
aux montants à venir de l’aide publique suisse au développement (tous les
partis se sont engagés à l’augmenter), son collègue Bruno Riesen pense cependant qu’au niveau de la population, les campagnes en faveur des pays de
l’Est, comme celle de la Chaîne du Bonheur pour la Roumanie, ne resteront
pas sans effets sur la solidarité avec les pays du Sud.
Aider par "égoïsme intelligent"
Et pourtant, a rappelé l’agronome chilien Jacques Chonchol, ancien ministre du gouvernement d’Allende et expert international auprès de la FAO et
de l’UNESCO, les pays industrialisés ont intérêt, "même pas par solidarité,
mais déjà par un égoïsme intelligent", d’aider les paysans du tiers-monde à
survivre : cela évitera la déstabilisation de ces pays et l’afflux vers le
Nord de réfugiés économiques.
En effet, sur 5 milliards d’habitants du tiers-monde en l’an 2’000, 55 %
seront des ruraux, en grande majorité pauvres. L’exode rural et la croissance démographique ne peuvent être absorbés par l’urbanisation qui montre
ses limites : Mexico étouffe avec une population qui va atteindre 30 millions d’habitants. Il faut donc aider à la modernisation de l’agriculture,
en choisissant des technologies adaptées, car le modèle occidental et l’ouverture totale des frontières au marché mondial (prônés par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale) causeraient là-bas "un désastre"
Chonchol, à l’instar de Swissaid, propose un modèle alliant réforme
agraire, auto-organisation des travailleurs de la terre, technologie adaptée, accès au crédit, développement du marché interne et des infrastructures en milieu rural, combiné avec une industrialisation de la campagne.
Encadré
Fondation du service d’information "Agriculture et Environnement"
Dans le but de s’engager davantage dans le débat public en Suisse, Swissaid
s’est dotée d’un service d’information "Agriculture et Environnement".
Swissaid pourra ainsi mieux prendre position sur des problèmes agricoles
relevant de la politique de développement et favoriser une prise de conscience des consommateurs. En effet, les évolutions actuelles (Grand Marché
de 1992, espace économique nord-américain, développement des biotechnologies et contrôle de ce nouveau secteur économique par quelques entreprises
multinationales, notamment), risquent de rendre le développement des pays
du Sud encore plus difficile et leur dépendance plus grande. (apic/be)