Suisse: Prise de position de la Conférence des évêques suisses sur l’avortement
Non très ferme à la solution des délais
Fribourg, 9 septembre 1997 (APIC) Il est clair qu’à chaque avortement il s’agit du meurtre d’une vie humaine, rappelle mardi la Conférence des évêques suisses (CES). La solution des délais ne favorise en aucun cas la libre décision de la femme. Dans sa réponse rédigée en allemand à la consultation fédérale sur la dépénalisation de l’avortement, la CES souligne qu’elle ne peut pas se déclarer d’accord avec un projet de loi par lequel l’Etat limite ou réduit la protection de la vie non-née.
D’un point de vue éthique, il est clair qu’à chaque avortement, il s’agit du meurtre d’une vie humaine. Celle-ci en tant que don du créateur n’est pas à la disposition de l’homme, souligne d’emblée la CES.
Du point de vue du droit, l’Etat doit protéger de la même manière tous les sujets de droits. Or l’être humain dès sa conception est un sujet de droit, ce que l’Etat reconnaît par exemple dans le domaine des héritages. La CES ne peut donc pas se déclarer d’accord avec un projet de loi qui renonce à une protection juridique pour un délai déterminé après la conception, ce d’autant moins que l’enfant non-né est un sujet de droit sans défense.
Lorsque la grossesse place une femme dans une situation de détresse, elle a droit elle aussi à une protection de l’Etat. Enfin la conscience des médecins et du personnel médical, qui sont tenus d’être au service de la vie, doit être protégée. Les évêques ne peuvent approuver une législation que si ces trois fonctions protectrices sont remplies, souligne la réponse à la consultation.
La solution des délais ? Une pression supplémentaire sur la femme
Aux yeux des évêques, la solution des délais ne peut que provoquer une pression supplémentaire sur la femme en vue d’interrompre sa grossesse. Il est à craindre que des femmes se trouvant dans une situation matérielle ou personnelle difficile ne soient poussées par leur entourage à accepter un avortement.
Le développement du diagnostic prénatal laisse en outre prévoir une nouvelle pression sur les femmes en cas de grossesse anormale. Les femmes qui mettent au monde un enfant handicapé se verront contraintes de se justifier car elles auraient pu avorter sans problème juridique. Les évêques redoutent qu’une solution des délais ne mette encore plus en danger la place des handicapés dans notre société.
En fin de compte, une solution des délais ne favorise en aucun cas la libre décision de la femme.
Une politique familiale digne de ce nom
L’Etat doit protéger la vie humaine en particulier celle des enfants non-nés qui ne peuvent pas se défendre eux-mêmes. Cette obligation découle des principes de l’Etat de droit. Il est donc inadmissible de dépouiller cette protection durant la première partie de la grossesse, estiment les évêques.
Afin de réduire le nombre d’avortements, il est urgent de compléter le droit dans tous les domaines afin que la vie non-née soit protégée de manière optimale. De nombreuses études montrent que le nombre d’avortements se situe en rapport direct avec la qualité de la politique sociale et familiale d’un pays. C’est pourquoi la CES réclame l’assurance maternité, un droit du travail favorable aux familles, une offre élargie pour l’accueil des enfants, des logements suffisants pour les familles, un minimum d’existence garanti à tous les enfants (allocations familiales), une éducation sexuelle à une maternité et une paternité responsables, un conseil pour les femmes enceintes et une aide à l’accueil de l’enfant.
La protection légale de la vie non-née apparaît comme quelque chose à quoi on ne peut pas renoncer. Cela n’est cependant pas suffisant. La CES attend une nouvelle législation qui protège toute la grossesse dans le sens des propositions évoquées, conclut la lettre. (apic/com/mp)