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Ingérence dans les affaires de l’Etat?
Rome, 30 janvier 2002 (APIC) L’appel du pape Jean Paul II adressé le 28 janvier aux avocats de refuser de plaider dans les procès en divorce en invoquant l’objection de conscience a provoqué de nombreuses critiques en Italie, au lendemain de son intervention. Selon les principaux quotidiens du pays l’Eglise ne peut imposer sa "vision éthique" dans un Etat "laïc".
Jean Paul II a ouvert le 28 janvier l’année judiciaire de la Rote romaine (l’équivalent d’un tribunal d’appel, qui entre autres instruit les demandes d’annulation de mariage), en rappelant "l’indissolubilité" du mariage.
Un "sondage à chaud" a montré que 87,5% des Italiens n’étaient pas "tellement d’accord" voire "pas du tout d’accord" avec le pape.
Le journal Corriere della sera" (Milan) commente ainsi ces paroles: "Sauf tout le respect que l’on doit à un grand pape, qui encore ces jours, à Assise, a lancé un message de paix et de fraternité, et malgré toutes les différences morales et politiques évidentes du cas, son appel à l’objection de conscience contre le divorce aux juges et avocats peut être logiquement assimilé à l’extrême résistance des ’étudiants du Coran’ (talibans) en Afghanistan".
Pour "La Stampa" (Turin), "La force morale de l’Eglise et de ce pape ne sont pas remises en question; et il n’appartient aux laïcs d’indiquer quand et comment l’Eglise doit se moderniser. Mais il ne sert vraiment à personne de rouvrir une polémique que le bon sens considère close pour toujours".
Le journal faisait référence à ce qui s’était passé en 1974. Quatre ans auparavant, le parlement avait approuvé une loi qui autorisait, dans certains cas, le divorce. Certains partis politiques (comme la Démocratie chrétienne, alors premier parti du pays), approchés aussi par le Vatican et la Conférence épiscopale italienne, ont fait en sorte de lancer un référendum (prévu par la constitution) pour abolir la loi sur le divorce.
La consultation eut lieu le 12 mai 1974; et dans un pays qui, selon les statistiques du Vatican, est catholique à 98%, environ 40% ont voté pour l’abolition de la loi, mais 60% pour la confirmation. L’Eglise catholique, avaient alors écrit les journaux italiens, avait perdu "la croisade".
"Préparons-nous au pire, écrit aujourd’hui "La Repubblica" (Rome). Préparons-nous à une République ’fondamentalisée" ou ’talibanée", dans laquelle les principes de la religion se retrouvent transformés en lois d’Etat, dans laquelle tout ce qui est ’péché’ pour l’Eglise est aussi ’délit’ pour le tribunal."
Menace pour les libertés.
Pour sa part, le théologien de l’Eglise vaudoise Paolo Ricca, l’un des oecuménistes les plus connus d’Italie, a déclaré à l’agence ?cuménique ENI que ce "qu’a dit le pape est inacceptable sur le plan civil. Aucune Eglise, et encore moins l’Eglise catholique romaine, ne peut demander à l’Etat laïc d’adopter intégralement ses propres lois ecclésiastiques. Mais les thèses du pape sont graves surtout du point de vue évangélique, et elles font apparaître l’Eglise comme une menace pour la liberté."
"Jean Paul II, a poursuivi Paolo Ricca, pouvait certainement dire aux catholiques: ’Je vous lance cet appel, pour que vous preniez au sérieux les paroles de Jésus sur le mariage, et pour que vous donniez un témoignage d’amour fidèle, indissoluble, dans le mariage.’ De telles paroles seraient tout à fait licites. Mais le pape ne pouvait pas demander au législateurs civils, aux juges et aux avocats de saboter une loi de l’Etat! Un Etat laïc et pluraliste".
Enfin, selon Paulo Ricca, les paroles du pape contre le divorce pourraient aussi avoir un rapport avec l’événement d’Assise du 24 janvier. En fait une partie de "l’establishment" ecclésiastique catholique s’oppose aux initiatives du "dialogue interreligieux" voulues par le pape. C’est pourquoi, a conclu le théologien vaudois: "La réaffirmation intransigeante par le pape du principe de l’indissolubilité du mariage, aussi dans la législation civile, pourrait être une manière choisie par Jean Paul II de dire aux milieux conservateurs catholiques que le pape ne cédera jamais sur les principes de sa théologie et de son éthique." (apic/eni/pr
Genève: Dossier de "Choisir" en faveur de l’adhésion de la Suisse à l’ONU
Argumentaire
Genève, 30 janvier 2002 (APIC)