«Mon rêve le plus cher serait de témoigner devant le pape», a confié Claire-Marie Rolland, jeune femme trisomique consacrée et engagée dans l’évangélisation, après avoir salué le pontife au terme de l’audience générale du 21 septembre 2022. Cinq des trente participants à une 'session d’écoute synodale' dédiée aux personnes handicapées ont pu remettre au pape un document recueillant les fruits de leurs échanges.
Le dicastère pour les Laïcs, la famille et la vie, en accord avec le Secrétariat général du Synode, avait invité en mai dernier certains fidèles handicapés à participer activement au chemin synodal en apportant leur contribution à travers un dialogue ouvert avec le Saint-Siège. Une trentaine de personnes des cinq continents ont été impliquées, envoyées par des associations et des conférences épiscopales pour témoigner de leurs expériences et de leurs espérances.
«Après une rencontre en ligne qui avait ouvert le processus, elles ont été invitées à envoyer leur propre texte écrit. Cette initiative est née dans le sillage de la réflexion que le dicastère a engagée depuis environ deux ans sur l’inclusion des personnes handicapées et leur pleine participation à la vie de l’Église, avec la conviction que la vocation baptismale est vraiment pour tous, sans exclusion», précise un communiqué.
Transmettre de la joie aux autres
Les mesures proposées visent à faire comprendre qu’il existe un véritable «magistère de la fragilité», comme le pape François le manifeste dans son attitude personnelle, notamment depuis qu’il assume de se montrer en fauteuil roulant en public. Il avait aussi appelé, dans le paragraphe 98 de Fratelli tutti (2020), à avoir «le courage de donner la parole à ceux qui subissent la discrimination à cause de leur handicap, parce que, malheureusement dans certains pays, on peine aujourd’hui encore à les reconnaître comme des personnes de dignité égale».
Les participants invitent à œuvrer pour que «les communautés ecclésiales deviennent accessibles, tant en ce qui concerne l’élimination des barrières architecturales que pour permettre la participation des personnes ayant un handicap sensoriel ou cognitif». Ils réaffirment aussi que «nul ne peut refuser les sacrements aux personnes handicapées», et que les sociétés et l’Église peuvent faire beaucoup pour éviter des discriminations inutiles.
Les personnes trisomiques peuvent montrer la voie de l’écoute
Ils soulignent également que l’enjeu est d’apporter quelque chose de positif aux autres, et non pas de réclamer des droits, ou de se situer dans une posture de besoin. «Nous ne pouvons pas nous limiter à lutter pour la justice et l’inclusion pour nous-mêmes», assurent-ils.
Parmi les participants figuraient Claire-Marie Rolland, une femme trisomique de 37 ans consacrée depuis 2013, sous la juridiction du diocèse de Bayonne. Elle forme une petite communauté à Lourdes avec Annie Rougier, elle aussi consacrée, qui l’accompagne depuis son enfance après qu’elle ait été abandonnée à la naissance.
Très engagée dans l’évangélisation des jeunes, Claire-Marie Rolland a témoigné à l’agence I.MEDIA de l’importance de prendre soin de la vie et de «lutter contre la tentation de l’avortement, car moi-même j’aurais pu être avortée», a-t-elle reconnu. Très joyeuse et avenante, elle vit une existence tournée vers la prière, comme les papes Jean Paul II, Benoît XVI et François, qu’elle a tous rencontrés, le lui ont demandé. Le parcours synodal lui donne l’occasion de témoigner que les personnes trisomiques peuvent montrer la voie de l’écoute de l’Esprit Saint, ce qui est plus facile pour elle, car elle a «un chromosome en plus», a-t-elle confié avec humour.
Demande de participation à la session finale du Synode
Les personnes handicapées «ont envie d’être prises au sérieux et d’apporter de la joie dans les communautés chrétiennes dans lesquelles elles vivent», a confié Vittorio Scelzo, chargé de cette thématique au sein du dicastère. Loin d’une vision motivée par la seule compassion face à leurs limites, c’est à une dynamique de participation pleine et entière à la mission de l’Église que ces personnes handicapées s’engagent.
Dans cette perspective, les participants à cette session d’écoute synodale ont émis la demande qu’au moins une personne handicapée puisse participer à la session finale du Synode sur la synodalité, en octobre 2023 au Vatican. (cath.ch/imedia/cv/rz)