Des laïcs de Suisse Romande prennent au sérieux (190192)
Le dialogue complémentaire de deux évêques au synode sur l’Europe
Relancer l’oecuménisme: une priorité pour l’Europe, selon Mgr Mamie
Lausanne, 19janvier(APIC) La Communauté Romande de l’Apostolat des Laïcs
(CRAL) avait invité samedi à la paroisse Notre-Dame à Lausanne les responsables des mouvements faisant partie de la CRAL à une journée consacrée au
thème de l’Europe. Mgr Pierre Mamie, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, a donné ses impressions personnelles du Synode spécial des évêques à
Rome sur l’évangélisation de l’Europe . Il a rappelé aux 60 participants
que la division des chrétiens "est le principal obstacle à l’édifification
de l’Europe". Il ne s’agit pas d’abord de suivre le pape ou à l’évêque sur
cette question. Il s’agit d’un acte "d’obéissance au Christ."
L’écoute de Mgr Mamie et l’analyse par les participants, lors de cinq
carrefours de travail, de "la mission des chrétiens dans la construction de
la nouvelle Europe solidaire du monde" ont été les deux axes principaux de
dialogue. Un dialogue enrichi, au milieu de la rencontre, par une messe
fervente dont l’homélie a été prononcée par Mgr Gabriel Bullet, évêque auxiliaire à Lausanne. Le repas servi dans les locaux hospitaliers de la paroisse Notre-Dame a donné aussi une ambiance cordiale à cette journée.
Après l’accueil de Bernard Grangier, président du Conseil de communauté
de la paroisse et de Madeleine Rossier , présidente de la CRAL, saluant les
hôtes du jour, Marianne Almonte, secrétaire de la CRAL, a présenté une brève méditation. Malgré des événements symboliques inquiétants survenus récemment (attentat contre un centre de requérant d’asile près de Lausanne,
la pollution autour de la ville de Katowice en Pologne, révélé par un documentaire télévisé et le licenciement d’ouvriers d’une entreprise à Moutier), elle a invité les participants à l’espérance et à l’action en citant
un passage des résolutions du Synode sur "la construction, par les laïcs,
d’une société plus humaine".
L’heureuse rencontre de deux évêques
Dans un langage familier et franc, parsemé de notes d’humour, Mgr Mamie
a dit ensuite sa joie profonde d’avoir participé au Synode des évêques sur
l’Europe. Au début de son exposé, en montrant à tous une photo, il a révélé
un fait qui peut sembler anodin, mais qui s’est révélé pour lui particulièrement précieux. Durant toute la session du Synode, il a eu comme voisin
immédiat un vieil évêque ukrainien, qui a fait 14 ans de prison pour sa fidélité au Christ et à l’Eglise. Les deux évêques, dans un dialogue fraternel, mais parfois exigent, ont pu se dire à eux-mêmes leur vision respective de l’Eglise catholique, vécue dans un contexte historique bien différent. N’oubliez pas, insistait Mgr Mamie, que beaucoup de chrétiens de certaines régions de l’Est ont été coupés de l’Eglise universelle, par le simple fait qu’ils étaient totalement isolés, sans informations religieuses.
Ils n’ont pas vécu le Concile Vatican II. L’une de leurs références ecclésiales, c’est la religion vécue, autrefois au grand jour, avant 1917, par
leurs parents.
Et Mgr Mamie de dire son admiration pour son confrère ukrainien qui durant toute la période de persécution a tenu bon, "grâce à sa foi en JésusChrist. Avant l’Eglise, avant Marie, c’était à cause de Lui qu’il a gardé
l’espérance." Puis ce qui l’a beaucoup réconforté, "c’est l’existence du
pape, quelque soit son nom."
Ce lien avec les successeurs de Pierre est si fort, qu’une prise de position légitime, prononcée publiquement, mais qui pourrait apparaître comme
une divergence avec Rome, semble difficile à avaler pour l’évêque ukrainien. Mgr Mamie a donné un exemple personnel vécu au Synode : il avait contesté, en séance plénière, l’expression du pape "de nouvelle évangélisation", expression pouvant être mal comprise en Europe. Il était aussi intervenu, après l’intervention d’un autre évêque, sur la question du nombre
des avortements dans le monde. Si on aborde cette grave question, avait insisté Mgr Mamie, que l’on parle aussi, avec miséricorde, des femmes concernées, souvent acculées par la civilisation actuelle à de tels actes. Et son
voisin de manifester amicalement mais sérieusement à l’évêque suisse romand
sa réprobation de telles interventions publiques!
La tentation des "oignons d’Egypte"
Une autre confidence de son confrère ukrainien a frappé Mgr Mamie: Les
chrétiens de l’Est de l’Europe se réjouissent vraiment d’avoir commencé
"leur exode". Après le vendredi-saint de la persécution, dans un régime
honni et qui s’est écroulé, ils traversent maintenant le désert du samedisaint. Les difficultés sont réelles. Mais ils perçoivent aussi des dangers
de la société de consommation venant de l’Occident. "Les Mac Donald, les
cassettes pornographiques et les sectes" sont déjà parmi eux. Faisant allusion aux regrets des Hébreux dans le désert, qui se souvenaient "des oignons d’Egypte", certains se demandent déjà: "Est-ce qu’on n’était pas mieux
avant"?
Relancer l’oecuménisme
L’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg a ensuite insisté pour dire que
le principal obstacle à l’édification de l’Europe, c’est la division des
chrétiens. L’oecuménisme est donc "une obéissance à Jésus-Christ pour
l’évangélisation de l’Europe".
Dans ce contexte, Mgr Mamie a rappelé la grande tristesse du pape devant
l’absence des orthodoxes au Synode. Mais il faut renouer les liens. Car
pour Jean-Paul II, a dit Mgr Mamie, "il n’y a pas de dialogue oecuménique
possible si on ne prie pas ensemble. Prier chez soi pour l’oecuménisme,
c’est bien. Mais il y a une autre étape, c’est prier ensemble. Et l’autre
chose, c’est d’aller les uns chez les autres comme dans un repas fraternel
pour se parler. "Or, comment voulez-vous, leur a dit le pape, qu’on avance
dans l’oecuménisme, si on refuse de prier ensemble, si on refuse de se parler, même si on a des reproches à se faire". Alors des reproches ont été
faits lors du Synode, et d’une manière percutante, par le délégué de
l’Eglise orthodoxe de Constantinople, qui a parlé au nom des absents. Du
côté romain, il y a eu des maladresses à l’occasaion de la création de cinq
diocèses catholiques en Russie. Tout le monde le reconnaît, surtout dans
les formes d’information auprès des autorités des Eglises orthodoxes."
En conclusion, Mgr Mamie a redit la place irremplaçable des laïcs, envoyés, "au nom de l’Esprit, pour construire l’Europe". Il a redit qu’en
Suisse l’oecuménisme en Suisse est plus urgent que jamais. Mais il faut le
faire autrement, en dialoguant, davantage que jusqu’à présent, avec les orthodoxes qui vivent chez nous.
Des questions exigeantes
Les participants, après avoir posé plusieurs questions à l’évêque du
diocèse, se sont réunis en cinq groupes pour réféchir à quelques interrogations principales: L’Europe et la coopération spirituelle Est-Ouest: quelles recherches et quels partages de nos richesses spirituelles respectives?
L’Europe et l’oecuménisme: comment sommes-nous appelés au renouveau spirituel de l’Europe, quelque soit l’Eglise à laquelle nous appartenons ? L’Europe et la dimension Nord-Sud: notre continent va-t-il s’isoler dans sa
propre histoire en oubliant la pauvreté croissante du Sud ?; L’Europe socio-culturelle: comment permettre à l’homme d’être acteur d’un vrai développement humain pour lui-même et pour tous ?. Enfin le cinquième carrefour
parlait de l’Europe socio-économique: si seul fonctionne le rouleau compresseur qu’est l’économie, y aura-t-il une place pour tout le monde? Durant deux heures, les participants ont commencé à réfléchir sur quelques
points forts et certains ont proposé quelques pistes d’actions concrètes.
Tout à la fin de la journée, dans son mot de remerciement, Mgr Mamie, a
encouragé les mouvements qui se rattachent à la CRAL à donner une dimension
européenne à leur action. Il est temps "d’entrer dans le marché commun de
l’apostolat des laïcs", a-t-il lancé en souriant. (apic/ba)