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    Un couvent en HLM

    Des franciscaines restent fidèles aux voeux qu’elles avaient prononcés

    Par Georges Scherrer/APIC

    Bratislava, (APIC) Quelque temps après le printemps de Prague en 1968, la

    soeur Helena entre au noviciat de la congrégation des Filles de Saint-François d’Assise à Bratislava. Le printemps n’a pas été suivi de l’été, mais

    plutôt de l’hiver politique et avec lui le temps de la répression implacable. Deux communautés religieuses ont assuré aux nouvelles soeurs une survie spirituelle dans une société hostile et menaçante.

    L’ancienne résidence du compte de Zoalnay n’est située pas loin du centre historique de Bratislava. La résidence seigneuriale, qui se trouve actuellement dans le quartier de Prievoz, a été achetée par les franciscaines

    en 1933. C’est dans cet édifice pittoresque, cerné d’arbres majestuex, que

    les soeures ont installé leur maison-mère.

    La communauté avait déjà quelques années derrière elle. Elle avait créée

    à Budapest en 1894 par l’autrichienne Anna Bruder. Les soeurs avaient alors

    pour principale mission le soin des personnes âgées et malades, ainsi que

    le service pastoral dans les paroisses. En 1922 a été ouverte la première

    maison en Slovaquie. Aujourd’hui, on recense 350 soeurs dans les quatre

    provinces que sont la Hongrie, la Roumanie, la Slovaquie et les Etats-Unis.

    250 soeurs habitent dans 16 maisons provinciales pour la seule Slovaquie.

    La plupart d’entre elles travaillent à la catéchèse et à la pastorale au

    sein des paroisses. Trois soeurs travaillent en Ukraine.

    La maison-mère à Bratislava s’est dotée d’un nouveau bâtiment en 1933,

    qui a servi tout d’abord de jardin d’enfants. A partir de 1939, cette

    nouvelle dépendance a abrité un hôpital de 90 lits organisé en deux

    services: un service de médecine interne et un pour les malades chroniques

    et les personnes âgées. Aujourd’hui l’hôpital, un bâtiment utilitaire, peut

    accueillir 74 patients.

    Les voies de l’Esprit saint

    Dans le couvent de Bratislava se trouve aussi le noviciat des franciscaines. Actuellement, 28 jeunes femmes s’y préparent à leur voeux pour toute la vie. La soeur Helena est entrée au noviciat en 1970. "Ce sont les

    voies de l’Esprit saint", répond-elle à la question des raisons de son entrée dans la congrégation des Filles de Saint François d’Assise. Après le

    "printemps de Prague", en 1968, l’ordre a pu profiter du dégel politique en

    Tchécoslovaquie et accueillir de nouvelles vocations. Mais dès 1973, les

    jeunes soeurs, qui avaient rejoint l’ordre après 1968, ont dû quitter l’habit sur ordre des autorités. Bannie aussi la vie conventuelle. Dès lors, le

    couvent des franciscaines de Bratislava est dévenu un lieu que la soeur Helena davait éviter.

    Un appartement devient un couvent

    La soeur Helena a trouvé une place dans un hôpital public. "Nous avions

    quitté l’habit certes, mais pas l’esprit de l’ordre", raconte la soeur. Les

    religieuses ont appris à organiser leur vie spirituelle dans la société

    laïque et dans l’ombre. En raison de la situation catastrophique du logement dans de nombreuses villes de l’ancien bloc de l’Est, ell a dû se contenter au départ d’une chambre qu’elle a partagée avec deux autres soeurs.

    Puis une soeur a pu louer un appartement. Une communauté religieuse y a été

    secrètement fondée, dans laquelle la soeur Helena est restée jusqu’en 1989,

    date de son retour à la maison-mère.

    Si quelqu’un avait lancé une pierre...

    A Bratislava ont surgi plusieurs communautés de ce type. Elles entretenaient d’étroites relations entre elles. La messe était célébrée chaque matin, à six heures, dans l’église du monastère capucin de Bratislava. "Si

    quelqu’un avait lancé une pierre à cette heure dans l’église, il aurait

    certainement touché un frère ou une soeur", raconte aujourd’hui la soeur

    mHelena en riant et libérée de tous ces soucis. Presque tous les religieux,

    qui continuaient à vivre leur vie communautaire à l’issu du reste de la société, venaient à cet office matinal. Tout ceci devait cependant rester secret. Toute personne se livrant à des activités religieuses interdites

    s’exposait à des sanctions allant dans certains cas jusqu’aux peines d’emprisonnement, sans parler de la restriction de l’accès au marché du travail. Après la messe matinale, les religieux allaient vaquer à leur tâche

    civile.

    La maison-mère dans son auguste parc est restée toutefois le centre de

    la communauté. Les franciscaines qui vivaient dans la clandestinité prenaient part à la messe tous les samedis et dimanches. Elles se rendaient séparément à Prievoz, habillées de vêtements civils bien sûr. Elles étaient

    conduites par les soeurs plus âgées, qui depuis 1970 pouvaient de nouveau y

    vivre, à travers d’un passagequi débouchait sur église. Quelque peu à

    l’écart et à l’abri du regard des curieux, elles pouvaient suivre la messe.

    Mais il a été trop dangereux qu’elles pénètrent dans l’église-même. Les religieuses se souvniennent: "la loi loi di silence était la règle: Car des

    femmes communistes étaient en faction autour de notre maison et savaient

    très bien qui venait chez nous les samedis et dimanches. Et pourtant, aucune ne nous a jamais trahies."

    Silence dans la ville

    Les soeurs pouvaient aussi compter sur une complicité muette de nombreuses personnes en ville. Ses collègues de travail avaient remarqué que la

    soeur Helena ne fréquentait pas les hommes, n’allait pas au cinéma, mais

    vivait retirée. D’où tirait-elle la force de supporter cette tension permanente et cette menace? "De la prière à genoux", répond la soeur Helena le

    plus sérieusement du monde. Et aussi de la profession de foi de Saint Françoic d’Assise: pauvreté et union dans l’amour de Dieu.

    Solidarité spirituelle

    Des gens l’ont assistée aussi spirituellement: son confesseur d’alors

    est l’actuel cardinal slovaque Jan Korec. Le jésuite a été sacré évêque

    clandestinement en 1951 et oeuvrait dans l’ombre. La soeur Helena se rendait régulièrement à confesser dans son appartement. Les responsables de

    son ordre lui ont été également d’un grand secours à l’époque de la persécution.

    Entre 1973 et 1990, 90 franciscaines ont vécu ainsi leur credo dans le

    secret, éparpillées à travers toute la ville. Aujourd’hui, elles ont regagné la maison-mère - et avec elles 28 novices: du temps de la persécution,

    la foi, terreau des vocations religieuses, avait en effet continué a se à

    travers les contacts humains. L’oeuvre de l’Aide à l’Eglise en Détresse

    soutient la formation des novices avec environ 10’000 francs. Entre-temps,

    la soeur Helena travaille de nouveau à l’hôpital des franciscaines. Avant

    de se rendre au travail, elle troque l’habit noir contre la tenue de travail blanche des infirmières. (apic/gs/fs)

    Encadré

    Regard

    (APIC) Le respect de Dieu, de soi-même, du prochain et de la création, ainsi que le dépassement de soi-même doivent être et continueront d’être au

    dessus de tout dans la vie de l’ordre. Tout aussi important, aux yeux de la

    Mère supérieure Irenea, est le service rendu aux malades et aux pauvres. A

    cet égard, il s’agit aussi de guider les âmes vers Dieu. Parmi les perspectives à plus long terme, elle cite la réorganisation des provinces de Hongrie et de Roumanie. Là-bas, les soeurs vivent encore dispersées et sans

    porter l’habit. Dès que les couvents seront restitués, les communautés

    devront être resoudées.

    Actuellement, trois soeurs travaillent en Ukraine. Leur travail est trés

    dur. Comme jadis la fondatrice de l’ordre, Anna Bruder, celles-ci vont de

    maisons et soignent les malades et les personnes âgées. Cette mission doit

    être renforcée. Mais la Mère supérieure veut aussi porter sa congrégation

    jusqu’en Europe centrale et y fonder des communautés. 34 soeurs vivent aujourd’hui dans la province des Etats-Unis. (apic/gs/fs)

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