Delémont : Regards éthiques sur la procréation artificielle (150291)
Delémont 15février(APIC) La première conférence de Carême sur la bioéthique organisée par l’équipe d’animation du Centre Saint-François de Delémont
s’est déroulée jeudi 14 février au Centre Paroissial de Delémont. Le Dr
Thierry Collaud, médecin généraliste et théologien de Peseux (NE), a présenté les techniques d’insémination artificielle et de fécondation in vitro
d’un point de vue éthique. Son regard sur l’enfant lui a permis de définir
des repères éthiques humanistes et chrétiens sur la procréation artificielle: "Cet enfant qui ne vient pas. Qui vient quand on ne l’attend pas. Qui
n’est pas comme on l’aimerait. Mais cet enfant qu’il faut aimer même et
surtout s’il ne correspond pas aux critères de notre réflexion".
Le Dr Collaud se démarque de la réflexion catholique de "Donum vitae" en
ce qu’il ne déclare pas "illicite" la procréation artificielle tant qu’elle
est faite à l’intérieur du couple. Ce faisant il exclut tout "donneur"
d’ovule ou de sperme et tout "porteur". Pour lui, la souffrance du couple
ne jusitfie pas la présence d’une tierce personne. Il ne faut pas oublier,
a-t-il rappellé, la dignité de l’enfant. Selon le médecin, si le progrès
permet plus d’humanité, plus de dignité, il faut l’encourager. En revanche,
s’il blesse l’homme dans ce qu’il a de plus profond, il faut le rejeter. En
disant cela, le Dr Collaud a mis en garde contre la fascination que l’homme
peut éprouver pour le progrès technique.
La première insémination homologue réalisée à l’intérieur d’un couple
eut lieu en Angleterre en 1790. Dès 1874 les chercheurs avaient pensé à
utiliser le sperme d’un donneur. Mais on s’est heurté très rapidement au
problème éthique. Aujourd’hui ce problème demeure. Si la congélation du
sperme permet l’insémination en cas de maladie grave de l’époux, elle est
aussi la porte ouverte à tous les abus.
La fivette, une étape
Elle permet de contourner les problèmes de fécondation à l’intérieur du
corps de la mère. La première naissance eut lieu en 1978 après deux mille
tentatives. Cette technique qui paraît simple comporte en fait un taux
d’échec élevé. Si elle n’est pas un point d’aboutissement en soi, elle est
bien une étape qui ouvre sur des développements ultérieurs en même temps
que sur un certain nombre d’abus.
Les repères éthiques
La stérilité doit-elle être considérée comme une maladie et soignée à
tout prix? A quel prix pour l’enfant, pour le statut juridique des embryons, pour la santé et la morale? Peut-on, d’autre part, dans le contexte
d’une morale humaniste, oublier l’autonomie de décision de la personne au
profit de la société? L’éthique chrétienne, de son côté, fait référence à
des notions bibliques telles que la résurrection de la chair, le pouvoir
que l’homme a reçu sur la Création pour la soumettre mais aussi pour la
faire grandir, la dignité que l’Incarnation du Fils a conférée à la nature
humaine, et enfin la relation de chaque être avec son prochain, en particulier le pauvre, l’étranger, le mal formé. (apic/sic/ecl)